Lutteurs de gouren lors d'une fete bretonne

Gouren : la lutte bretonne, sport et tradition

Imaginez une lice de sciure dorée par le soleil d’été, deux hommes en chemise de toile blanche qui s’agrippent, le souffle court, sous les vivats d’une foule en fête. Soudain, une jambe se faufile, balaie l’autre, et le lutteur bascule d’un coup sur les deux omoplates : c’est le lamm, le résultat parfait. Bienvenue dans l’univers du gouren, la lutte bretonne, l’un des plus beaux héritages vivants de la péninsule. Bien plus qu’un sport de combat, c’est un rituel de loyauté et d’honneur qui se transmet depuis des siècles. Voici tout ce qu’il faut savoir pour comprendre, et surtout aller admirer, ce spectacle authentique.

Le gouren, une lutte celtique au cœur de l’identité bretonne

En breton, le mot gouren signifie tout simplement « lutte ». Cette discipline oppose deux combattants qui cherchent à mettre l’autre à terre, debout, sans jamais combattre au sol. Les historiens comme Le Menn ou Jaouen évoquent des origines celtiques : le gouren serait arrivé en Armorique au IVe siècle, lors de la grande immigration bretonne qui a façonné la histoire de la Bretagne. Les techniques martiales venues d’outre-Manche se sont alors mêlées aux usages locaux.

Le gouren n’est d’ailleurs pas un cas isolé : il appartient à la grande famille des luttes celtiques et reste un proche cousin du backhold écossais. À la fin du Moyen Âge, il devient le combat privilégié des nobles et des gens d’armes ; puis, avec l’arrivée des armes à feu à la Renaissance, le peuple s’en empare pour en faire un divertissement populaire. Au XIXe siècle, les mairies organisent des tournois lors de la fête nationale ou des fêtes paroissiales, tandis que les paroisses rurales conservent leurs propres rituels. Une rencontre marquante eut lieu à Scaër en 1898, racontée par la revue À travers le monde.

Le serment du lutteur et l’esprit du gouren

Ce qui rend le gouren unique, ce sont ses valeurs : loyauté, honneur et sincérité. Avant chaque combat, hommes et femmes prononcent un serment du lutteur, la main posée sur le cœur puis levée, jurant de combattre sans traîtrise ni brutalité. Ce rituel hérité d’autrefois reste scrupuleusement respecté aujourd’hui.

D’autres gestes ponctuent la rencontre :

  • Les deux adversaires se touchent trois fois la joue pour ouvrir le combat, un geste qui en marque aussi la fin.
  • Après chaque chute, le dornad (la poignée de main) confirme la reprise.
  • L’accolade scelle le respect mutuel des combattants.

Cet esprit chevaleresque, on le ressent dans les gradins comme sur la lice : ici, on respecte son adversaire autant que la victoire.

La tenue et les règles, comprendre un combat de gouren

Le lutteur revêt une tenue traditionnelle reconnaissable entre toutes : une veste blanche en toile épaisse, la « roched », serrée par une ceinture sur le côté, et le « bragou », un pantalon noir lacé sous le genou pour faciliter les prises de jambes. Le noir et le blanc rappellent les couleurs du Gwenn ha Du et de l’hermine, emblèmes de la Bretagne. La fédération fait d’ailleurs fabriquer cet uniforme par l’entreprise Armor Lux.

Sur le plan technique, la grande spécificité du gouren est l’autorisation des prises de jambes : les lutteurs s’accrochent à leurs vestes et tentent de faucher ou de balayer l’autre. La technique la plus spectaculaire reste le kilked, qui consiste à enrouler une jambe autour de celle de l’adversaire pour le faire tomber en arrière.

Les chutes jugées par les arbitres

Trois arbitres aux droits égaux jugent chaque combat et se concertent avant de rendre leur verdict. Les chutes se classent ainsi :

  • Lamm : le résultat parfait, une chute sur les deux omoplates en même temps, avant toute autre partie du corps.
  • Kostin : chute sur le dos avec une seule omoplate au sol.
  • Kein : chute sur le bas du dos ou les fesses, un avantage lors des prolongations.
  • Netra (« rien ») : une chute sans conséquence.

Les comportements agressifs sont sanctionnés : un Diwall est un avertissement, un Fazi une faute reconnue, et trois Fazis entraînent la disqualification.

Assister à un tournoi : fêtes, fest-noz et mod-kozh

C’est en assistant à un tournoi que l’on saisit toute la saveur du gouren. La discipline est indissociable des fêtes bretonnes, des pardons et des fest-noz, où elle attire toujours les regards. L’été, les combats se déroulent en plein air sur une lice de sciure ; l’hiver, ils se tiennent en salle sur tapis.

Le rendez-vous le plus pittoresque reste le mod-kozh, la lutte « à la mode ancienne ». Un lutteur s’empare du trophée, fait le tour de l’aire de combat et défie ses concurrents ; celui qui relève le défi lui tape sur l’épaule en lançant « chomed o sav ! » (« reste debout ! »). Pour remporter le trophée, il faut enchaîner trois victoires d’affilée. Un grand moment de convivialité à ne pas manquer.

Le gouren aujourd’hui : une pratique bien vivante

Loin d’être une relique, la lutte bretonne se porte à merveille. La Fédération de gouren rassemble plus de 1 600 licenciés et plus de 40 clubs ou écoles (les skolioù), majoritairement dans le Finistère mais aussi à Paris et en Loire-Atlantique. Cette structuration remonte aux années 1930, lorsque le médecin Charles Cotonnec (1876-1935) modernisa les règles et que naquit la FALSAB (Fédération des Amis des Luttes et Sports Athlétiques Bretons), confédération qui s’est affiliée à la Fédération française de lutte en 1995.

Le gouren se pratique à tout âge : le babigouren initie les enfants dès 4 ans, et depuis 1998 les candidats au baccalauréat peuvent même le choisir en épreuve optionnelle. Les femmes y sont présentes depuis les années 1970. À l’échelle internationale, ce sont des Bretons qui ont fondé la Fédération internationale de luttes celtiques (FILC) en 1985, prolongeant un héritage qui dépasse les frontières de nos départements bretons.

Questions fréquentes

Que signifie le mot « gouren » ?

« Gouren » signifie tout simplement « lutte » en breton. Le terme désigne aujourd’hui la lutte traditionnelle bretonne, une discipline de combat debout aux racines celtiques.

Qu’est-ce que le « lamm » au gouren ?

Le lamm est le résultat parfait : il est accordé lorsqu’un lutteur fait tomber son adversaire sur les deux omoplates en même temps, avant qu’une autre partie du corps ne touche le sol. C’est l’équivalent du tombé.

Où peut-on voir un combat de lutte bretonne ?

On assiste à des tournois de gouren lors des fêtes bretonnes, des pardons et des fest-noz, surtout l’été en Finistère où la pratique est la plus dense. Les rencontres « mod-kozh » en plein air sont les plus spectaculaires.

Le gouren se pratique-t-il encore aujourd’hui ?

Oui, plus que jamais. La Fédération de gouren compte plus de 1 600 licenciés et une quarantaine de clubs. La discipline s’enseigne dès 4 ans avec le babigouren et figure même parmi les options du baccalauréat depuis 1998.

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