Histoire de la Bretagne : des menhirs de Carnac à l’union française
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De l’extrémité ouest de la France émerge une terre de caractère, façonnée par la mer, les légendes et plus de sept mille ans d’histoire. L’histoire de la Bretagne, c’est celle d’une péninsule longtemps indépendante, fière de sa langue et de ses symboles, qui a résisté aux Romains, aux Vikings comme aux rois de France. Des alignements de Carnac aux remparts des ducs, partons à la rencontre de cette « ancienne Armorique » — et des lieux où, aujourd’hui encore, on peut toucher du doigt son passé.
Aux origines : la préhistoire et le mystère mégalithique
La présence humaine en Bretagne remonte au Paléolithique, entre 700 000 et 10 000 ans avant notre ère. Les galets aménagés de la vallée de la Vilaine, les abris de Saint-Colomban à Carnac ou les traces de feu du site de Menez Dregan, à Plouhinec, témoignent de ces premiers occupants, chasseurs nomades installés près du littoral.
Mais c’est au Néolithique que la Bretagne entre dans la légende. Vers 5000 av. J.-C., bien avant les pyramides d’Égypte, ses habitants érigent des monuments de pierre colossaux : c’est le mégalithisme. Menhirs dressés vers le ciel, dolmens, tumulus et cairns parsèment encore la région par milliers.
Où voir le mégalithisme breton aujourd’hui
- Les alignements de Carnac (Morbihan) : plus de 3 000 menhirs alignés sur 4 km, le plus grand ensemble mégalithique au monde.
- Le cairn de Barnenez (Finistère) : l’un des plus anciens monuments d’Europe, surnommé le « Parthénon mégalithique ».
- Le grand menhir brisé d’Er Grah, à Locmariaquer : 18,5 m à l’origine, c’était la plus haute pierre jamais dressée par l’homme.
- Le menhir de Kerloas, à Plouarzel : 9,50 m, le plus haut menhir encore debout.
L’Armorique celte, puis romaine
Au Ve siècle av. J.-C., la civilisation celte de La Tène s’installe sur la péninsule. Plusieurs peuples gaulois s’y partagent le territoire et forment une confédération armoricaine : les Vénètes (région de Vannes), les Osismes à l’ouest, les Namnètes autour de Nantes, les Riedones vers Rennes et les Coriosolites au nord. Le nom même d’« Armorique » vient du gaulois are-mori, « le pays devant la mer ».
En 57 av. J.-C., la guerre des Gaules rattrape l’Armorique. Les Vénètes, grands navigateurs, opposent à Jules César une flotte de 220 navires lors d’une bataille navale restée célèbre — avant d’être vaincus, faute de vent. S’ouvre alors une longue période romaine de près de cinq siècles. Durant la Pax Romana, l’Armorique connaît un véritable âge d’or : des villes se structurent à Rennes, Nantes, Quimper et Carhaix (l’antique Vorgium), avec thermes, temples et tribunaux.
La naissance de la Bretagne : d’Armorique à Brittania
Aux Ve et VIe siècles, l’Empire romain s’effondre. Des populations bretonnes venues de l’île de Bretagne (l’actuelle Grande-Bretagne) émigrent en Armorique, fuyant les invasions. Elles apportent leur langue et leurs coutumes : l’Armorique devient peu à peu la Brittania, la Bretagne. C’est de cette migration que naissent le breton et l’identité bretonne — un héritage que l’on retrouve dans le drapeau breton comme dans la culture d’aujourd’hui.
Le haut Moyen Âge voit se former trois royaumes : Broërec, Cornouaille et Domnonée. De 845 à 851, le roi Nominoë, surnommé le « père de la patrie », unifie la Bretagne et la rend indépendante du royaume franc. Son successeur Salomon agrandit le territoire avant que les raids vikings ne plongent la région dans le chaos. En 939, le duc Alain II chasse définitivement les Vikings à la bataille de Trans et réunifie la Bretagne.
L’âge d’or du duché de Bretagne
Du Xe au XVe siècle, la Bretagne devient un puissant duché, jaloux de son indépendance. Sous la dynastie des Montfort (XIVe-XVe siècles), le duché mène une politique d’émancipation face au roi de France. C’est l’époque des grands chantiers : cathédrales, remparts et châteaux financés par le florissant commerce des toiles de lin et de chanvre.
La tension avec la France finit par éclater. Le 28 juillet 1488, le duc François II est défait à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier. Contraint de signer le traité du Verger, il devient vassal du roi Charles VIII et accepte une clause lourde de conséquences : ses filles ne pourront se marier sans l’accord du souverain français.
À visiter sur les traces des ducs
- Le château des ducs de Bretagne, à Nantes : ancienne résidence ducale et musée d’histoire de la ville.
- Les remparts de Vannes, parmi les mieux conservés de Bretagne.
- Le site de la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier (Ille-et-Vilaine).
Anne de Bretagne et l’union avec la France
À la mort de François II en 1488, sa fille Anne de Bretagne, âgée de 11 ans, hérite du duché. Figure majeure de l’histoire bretonne, elle se bat pour préserver l’indépendance de sa terre. Mariée par deux fois aux rois de France — à Charles VIII en 1491, puis à Louis XII en 1499 —, elle obtient des garanties pour les Bretons, mais le destin du duché est scellé.
C’est finalement sous le règne de sa fille, Claude de France, épouse de François Ier, que l’union devient définitive. Le 13 août 1532, l’édit d’union rattache « perpétuellement » le duché de Bretagne au royaume de France, après une assemblée des États de Bretagne tenue à Vannes. La Bretagne conserve toutefois de réels privilèges — fiscalité propre, autonomie administrative et, dès 1554, son propre Parlement de Bretagne à Rennes.
Anne de Bretagne reste si chère au cœur des Bretons que son propre cœur, à sa mort en 1514, fut placé dans un reliquaire d’or — aujourd’hui conservé à Nantes. Pour comprendre toute la symbolique attachée à la duchesse, découvrez aussi l’histoire de l’hermine, l’emblème de la Bretagne.
L’indomptable esprit de résistance breton
Devenue française, la Bretagne n’en perd pas pour autant son caractère. En 1675, sous Louis XIV, l’instauration de nouvelles taxes — sur le papier timbré, le tabac et l’étain — met le feu aux poudres. C’est la révolte des Bonnets rouges (ou « révolte du papier timbré »), du nom de la coiffe portée par les paysans insurgés. Les bureaux de taxes sont pris d’assaut, les châteaux attaqués en Basse-Bretagne.
La répression du Roi-Soleil est brutale : 6 000 hommes déployés sur Rennes, des meneurs pendus, des clochers du pays bigouden détruits en signe de punition, et le Parlement de Bretagne exilé à Vannes. Cet épisode reste l’un des symboles de la fierté et de l’esprit frondeur breton, encore vivace aujourd’hui.
Sur les traces de l’histoire bretonne : 6 lieux incontournables
- Carnac et ses alignements (Morbihan) — plonger aux origines mégalithiques.
- Le cairn de Barnenez (Finistère) — l’un des plus vieux monuments d’Europe.
- Le château des ducs de Bretagne (Nantes) — mille ans d’histoire ducale.
- Le Parlement de Bretagne (Rennes) — joyau du XVIIe siècle.
- Les remparts de Vannes (Morbihan) — l’âme médiévale du duché.
- Locmariaquer (Morbihan) — le grand menhir et la Table des Marchands.
Pour prolonger la découverte, explorez aussi les cinq départements historiques de la Bretagne et la richesse de chacun de leurs territoires.
Questions fréquentes sur l’histoire de la Bretagne
Pourquoi la Bretagne s’appelait-elle l’Armorique ?
« Armorique » vient du gaulois are-mori, qui signifie « le pays devant la mer ». Ce nom celte désignait la péninsule avant qu’elle ne devienne la « Brittania » après l’arrivée des Bretons insulaires, aux Ve et VIe siècles.
Qui était Anne de Bretagne ?
Dernière duchesse souveraine de Bretagne, deux fois reine de France (par ses mariages avec Charles VIII puis Louis XII), elle est restée la figure emblématique de l’indépendance bretonne. Son cœur est conservé dans un reliquaire d’or à Nantes.
Quand la Bretagne est-elle devenue française ?
L’union définitive date de l’édit d’union du 13 août 1532, signé sous François Ier, qui rattache le duché de Bretagne au royaume de France tout en lui laissant d’importants privilèges jusqu’à la Révolution.
Que furent les Bonnets rouges ?
Une grande révolte populaire de 1675, déclenchée en Bretagne par de nouvelles taxes sous Louis XIV. Elle tire son nom des bonnets rouges portés par les paysans insurgés et symbolise l’esprit de résistance breton.