La légende de la ville d’Ys, cité engloutie
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Quelque part sous les flots de la baie de Douarnenez, une cité dormirait depuis des siècles. La ville d’Ys est sans doute la plus célèbre des légendes bretonnes : une capitale somptueuse, plus belle que toutes les autres, engloutie par l’océan en une seule nuit de tempête. Entre faute humaine et colère divine, ce récit traverse la mémoire de la Bretagne et continue d’habiter ses côtes sauvages. Voici l’histoire de la cité perdue, ce qu’elle signifie, et où venir en ressentir le souffle aujourd’hui.
La légende de la ville d’Ys
Au temps des rois de Cornouaille régnait Gradlon, souverain pieux et puissant. Pour offrir à son peuple une cité d’exception, il fit bâtir Ys au bord de la mer, en contrebas du niveau des flots. Pour protéger la ville des marées, on éleva de puissantes digues, percées d’écluses que l’on ouvrait à marée basse et que l’on refermait quand l’océan montait. Une seule clé, précieuse entre toutes, commandait ces portes. Le roi Gradlon la portait toujours sur lui, suspendue à son cou.
Ys devint la plus riche et la plus magnifique des cités. Mais la prospérité s’accompagna de démesure. La fille du roi, Dahut, princesse d’une beauté éclatante, entraîna peu à peu la ville dans le luxe, les plaisirs et l’oubli des choses sacrées. Les fêtes se succédaient, l’orgueil grandissait, et la cité se détournait de Dieu.
La nuit de l’engloutissement
Une nuit de fête plus folle que les autres, un mystérieux cavalier vêtu de rouge séduisit Dahut. Pour lui prouver son amour, la princesse déroba à son père la clé des écluses pendant son sommeil. L’inconnu — le Diable lui-même, selon le récit — ouvrit alors les portes face à la mer déchaînée. En un instant, l’océan s’engouffra dans la cité.
Réveillé par le tumulte, le roi Gradlon enfourcha son cheval Morvarc’h et prit Dahut en croupe pour fuir les flots. Mais l’eau le rattrapait. C’est alors qu’intervint saint Guénolé, le moine fondateur de l’abbaye de Landévennec, qui chevauchait à ses côtés. Sa voix s’éleva, terrible : pour que le roi soit sauvé, il fallait abandonner aux vagues le « démon » qu’il portait. Gradlon laissa tomber sa fille dans la mer, et aussitôt les flots refluèrent assez pour le laisser atteindre la terre ferme. Ys, elle, avait disparu sous les eaux.
Le roi gagna ensuite Quimper, qui devint sa nouvelle capitale. Aujourd’hui encore, la statue équestre de Gradlon se dresse entre les deux flèches de la cathédrale Saint-Corentin, gardien de pierre veillant sur la ville depuis les hauteurs.
Où situer la cité engloutie ?
La tradition place Ys dans la baie de Douarnenez, en Finistère. Plusieurs sites se disputent l’emplacement supposé de la cité, notamment du côté de la pointe du Raz et de la baie des Trépassés, dont le nom même semble nourrir l’imaginaire funèbre du lieu. Aucune ruine n’a jamais été retrouvée, et c’est sans doute mieux ainsi : la force de la légende tient à ce mystère intact.
On dit que par temps clair, du haut des falaises, on peut parfois deviner sous l’eau les contours de la ville. Et que celui qui apercevra un jour le clocher d’Ys, ou entendra sonner ses cloches sous les vagues, verra la cité renaître.
Une morale et une symbolique profondes
Au-delà du conte, la ville d’Ys porte une leçon. Comme bien des récits de cités englouties, elle met en scène le châtiment de l’orgueil et de la démesure : une société trop riche, trop sûre d’elle, qui oublie l’humilité et finit punie par les éléments. Dahut incarne la tentation et l’excès ; Gradlon, le pouvoir contraint de sacrifier ce qu’il a de plus cher ; saint Guénolé, la voix du sacré rappelant les limites à ne pas franchir.
La légende dit aussi quelque chose de la Bretagne elle-même, terre façonnée par l’océan, où la mer est à la fois nourricière et menaçante. L’engloutissement d’Ys, c’est la frontière fragile entre la terre et l’eau, le rappel que l’homme ne dompte jamais tout à fait les flots.
Les échos d’Ys dans la culture bretonne
Rares sont les légendes à avoir laissé autant de traces. La ville d’Ys irrigue l’imaginaire breton et bien au-delà :
- Le dicton sur Paris : selon une étymologie populaire, on disait qu’aucune ville n’égalerait jamais Ys, et que la future capitale ne serait que « pareille à Ys ». De là viendrait, dit-on, le nom de Par-Is — Paris. Un jeu de mots savoureux, plus poétique qu’historique, mais profondément ancré dans la fierté bretonne.
- La musique : la légende a inspiré l’opéra Le Roi d’Ys d’Édouard Lalo, ainsi que La Cathédrale engloutie de Claude Debussy, où l’on croit entendre monter des profondeurs les cloches de la cité.
- Les arts et le folklore : peintres, conteurs et écrivains romantiques ont repris le thème, faisant de Dahut une figure tour à tour coupable et tragique, parfois changée en sirène veillant sur les eaux.
Où ressentir la légende aujourd’hui
Nul besoin de plongée pour approcher Ys : il suffit de marcher là où la mer et la roche se rencontrent. Quelques lieux se prêtent particulièrement à l’évocation :
- La baie de Douarnenez : par jour de tempête, face aux vagues qui se brisent sur les rochers, l’imagination fait le reste. C’est ici, dit-on, que dort la cité.
- La pointe du Raz et la baie des Trépassés : ce bout de monde battu par les vents, sur la commune de Plogoff, offre le décor le plus saisissant pour songer à la fin d’Ys.
- Quimper : au pied de la cathédrale Saint-Corentin, levez les yeux vers la statue du roi Gradlon, dernier rescapé de la cité perdue.
- L’abbaye de Landévennec : au bord de la rade de Brest, sur les terres de saint Guénolé, pour prolonger le fil de la légende.
La meilleure période ? L’automne et l’hiver, quand les tempêtes drapent la côte de brume et d’embruns et que l’océan retrouve toute sa puissance légendaire. Pour aller plus loin dans cet univers, explorez les autres légendes de Bretagne, plongez dans l’histoire bretonne qui les a nourries, ou faites connaissance avec les facétieux korrigans, autres habitants de ces terres de mystère.
Questions fréquentes
Où se trouvait la ville d’Ys ?
La légende situe la ville d’Ys dans la baie de Douarnenez, en Finistère, du côté de la pointe du Raz et de la baie des Trépassés. Aucune ruine n’a jamais été retrouvée : son emplacement exact reste un mystère, ce qui fait toute la force du récit.
Pourquoi la ville d’Ys a-t-elle été engloutie ?
Selon la légende, Dahut, fille du roi Gradlon, déroba la clé des écluses qui protégeaient la cité des marées. Séduite par un mystérieux cavalier — le Diable selon le récit —, elle laissa l’océan s’engouffrer dans Ys, punissant ainsi l’orgueil et la démesure de la ville.
Quel est le lien entre Ys et le nom de Paris ?
Une étymologie populaire affirme qu’aucune ville n’égalerait jamais Ys, et que la future capitale ne serait que « pareille à Ys », d’où viendrait le nom Par-Is, Paris. Cette explication est légendaire et non historique, mais elle illustre le prestige attaché à la cité bretonne.
Qui était saint Guénolé dans la légende d’Ys ?
Saint Guénolé est le moine fondateur de l’abbaye de Landévennec. Dans la légende, il accompagne le roi Gradlon lors de la fuite et lui ordonne d’abandonner sa fille Dahut aux flots pour échapper à l’engloutissement et être sauvé.