Chartreuse d'Auray

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Chartreuse d'Auray

Posée sur la commune de Brec’h, à quelques kilomètres d’Auray, la Chartreuse doit son existence à l’une des batailles les plus décisives de l’histoire bretonne. Le 29 septembre 1364, sur les terres qui surplombent le marais de Kerzo, Jean de Montfort et Charles de Blois s’affrontent pour la succession du duché de Bretagne. Charles de Blois y perd la vie, Jean de Montfort devient le duc Jean IV, et la Guerre de Succession de Bretagne prend fin après vingt-trois ans de conflit. Pour honorer les milliers de soldats tombés sur ce sol, le vainqueur fait construire une collégiale sur le champ de bataille dès 1371, puis en érige une nouvelle — la collégiale Saint-Michel du Champ — en 1382. C’est sur ces fondations mémorielles que les moines chartreux s’installent en 1482, à l’invitation du duc François II, pour y développer leur monastère selon les règles rigoureuses de l’ordre fondé par saint Bruno en 1084.

Les bâtiments que l’on peut encore admirer aujourd’hui sont principalement issus des XVIIe et XVIIIe siècles. Le grand cloître, dont la construction débute vers 1574, organisait autrefois la vie des religieux autour d’une vingtaine de cellules individuelles : chaque moine y disposait d’une petite maison avec chambre, atelier et jardin privatif. Le réfectoire, élevé vers 1630, conserve une voûte en caissons peinte et décorée datant d’environ 1750, ainsi que des boiseries d’époque. La chapelle, construite aux alentours de 1720, complète cet ensemble. Mais c’est le petit cloître qui réserve l’une des plus belles surprises du site : dix-sept peintures représentant la vie de saint Bruno y sont conservées, inscrites aux Monuments historiques. L’ensemble témoigne de la sobriété et du recueillement qui caractérisaient l’existence de ces moines contemplatifs, astreints au silence perpétuel et à une vie quasi érémitique.

La Révolution française met brutalement fin à cette vie monastique en 1791 : les chartreux sont expulsés et les bâtiments déclarés biens nationaux. Mais l’histoire de la Chartreuse ne s’arrête pas là — elle rebondit sur un nouveau drame. En juillet et août 1795, à l’issue du désastreux débarquement de Quiberon, 206 royalistes émigrés et Chouans capturés par les troupes du général Hoche sont fusillés aux abords des marais de Kerzo, tout près du site. Leurs corps sont enterrés précipitamment sur place, dans ce qui deviendra le Champ des Martyrs. C’est l’abbé Gabriel Deshayes, natif d’Auray, qui rachète les ruines de la Chartreuse en 1808 et entreprend de lui redonner vie. En 1814, il organise le transfert des restes des fusillés jusqu’à la Chartreuse pour leur offrir une sépulture digne.

La consécration officielle de cette mémoire royaliste intervient le 15 octobre 1829, lors d’une cérémonie réunissant des évêques et quelque quinze mille Bretons. Deux monuments sont alors inaugurés simultanément : la chapelle expiatoire sur le Champ des Martyrs, construite sur les fonds propres de la duchesse d’Angoulême, et la chapelle sépulcrale accolée à l’église de la Chartreuse. Cette dernière abrite un mausolée en marbre blanc — œuvre du sculpteur David d’Angers, l’un des grands maîtres du genre au XIXe siècle, assisté de son élève Louis Petitot — sur lequel sont gravés les noms de 952 victimes. Sous la voûte peinte en ciel étoilé, les murs couverts de marbres blancs et noirs confèrent à l’espace une solennité sobre et recueillie. Le caveau renferme les ossements de ceux qui périrent dans cette tragédie. Les deux monuments, cloître et chapelle-réfectoire-mémorial, sont inscrits aux Monuments historiques respectivement depuis 1928 et 1943.

Aujourd’hui, la Chartreuse est gérée par les Filles de la Sagesse, congrégation fondée par Gabriel Deshayes en 1812 pour l’éducation des sourds et aveugles, qui exploitent sur le site un établissement pour adultes handicapés. La visite guidée proposée en été permet d’accéder au petit cloître avec ses peintures de saint Bruno, à la chapelle sépulcrale et au mausolée de David d’Angers — trois espaces chargés d’une histoire qui traverse sept siècles. Hors saison, il est indispensable de contacter la mairie de Brec’h pour connaître les conditions d’accueil. Le site se prête à une demi-journée de découverte, d’autant qu’il s’inscrit dans un circuit mémoriel plus large incluant le Champ des Martyrs et la chapelle expiatoire voisine, ainsi que le mausolée de Georges Cadoudal — le célèbre chef chouan né à Brec’h même — à Kerléano. Familles curieuses d’histoire de Bretagne, passionnés de patrimoine religieux ou de la contre-Révolution : peu d’endroits condensent autant de couches historiques sur un si petit périmètre.

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