Pont Suspendu du Bono
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La décision de jeter un pont suspendu sur la rivière du Bono remonte à 1835, lorsque le conseil municipal d’Auray, sous l’impulsion du préfet Édouard Lorois, mandate l’ingénieur des Ponts et Chaussées Laurent pour concevoir l’ouvrage. Avant lui, c’est un bac à traille — une embarcation guidée par un câble — qui assurait la traversée depuis plusieurs siècles, au bon vouloir des marées et d’un passeur qui percevait son droit au passage. Le chantier débute en 1838 et le pont est inauguré le 1er octobre 1840, après le règlement d’une concession de 98 ans accordée au constructeur, financée à parts égales par une subvention royale de 10 000 francs et les recettes du péage. L’ouvrage relie depuis lors les communes de Baden et de Plougoumelen aux bourgs d’Auray et de Lorient, en enjambant le bras de mer en amont du golfe.
La structure a traversé les décennies non sans épreuves. En décembre 1865, de violentes tempêtes fragilisent les câbles et forcent la fermeture du tablier. La reconstruction est confiée aux ateliers Forget de Paris, qui livrent en 1870-1871 un ouvrage rénové — câbles renforcés, tablier entièrement refait en métal — pour 33 812 francs. En 1925, c’est la maison Arnodin qui remplace à nouveau les câbles et consolide les pylônes pour permettre le passage automobile. Quand le pont Joseph-Le-Brix ouvre à 300 mètres en aval en 1969 et reprend le trafic motorisé, le vieux pont retrouve une vocation plus légère. Déclaré Monument Historique le 17 novembre 1997, il est néanmoins fermé en 2003 pour cause de détérioration avancée. Une campagne citoyenne réunit 50 000 euros de dons pour compléter les 720 000 euros du chantier de restauration confié à l’entreprise Freyssinet, et le pont rouvre ses 97 mètres aux promeneurs en 2005.
Aujourd’hui réservé aux piétons et aux cyclistes, le pont est l’un des deux derniers exemplaires de son type encore en place en France. Traverser ce tablier métallique tendu entre ses deux pylônes de pierre, c’est sentir la légère oscillation caractéristique des ponts suspendus et découvrir, d’un coup, la vue la plus photographiée du secteur : en contrebas, le vieux port du Bono s’étale avec ses cabanes ostréicoles, ses pontons en bois et ses quelques bateaux au mouillage. À marée basse, les vasières luisantes encadrent le chenal, et l’on comprend pourquoi peintres et photographes reviennent ici à chaque saison.
Le village qui s’étend de part et d’autre a longtemps vécu de la mer. Au XIXe siècle, le port du Bono comptait plus de 400 marins et une centaine d’embarcations — pêcheurs, caboteurs et surtout ostréiculteurs qui approvisionnaient tout le golfe. La grande maladie de l’huître à la fin des années 1970 a porté un coup sévère à cette économie, et le port n’en a jamais entièrement retrouvé l’intensité. Il reste néanmoins vivant et authentique, avec sa maison du passeur aux volets bleus et ses cabanes à l’abandon qui forment, un peu plus loin sur la rive nord, un véritable cimetière de bateaux : coques de bois enfoncées dans la vase, membrures à nu, algues et rouille mêlées — un spectacle à la fois mélancolique et fascinant, très prisé des amateurs de photographie.
Le pont est le point de départ naturel de plusieurs itinéraires de randonnée balisés. Vers le nord, une boucle d’environ 6,7 km longe la rivière jusqu’à l’étang de Kervilio et rejoint la chapelle Notre-Dame de Béquerel. Vers le sud, une autre boucle de 7,4 km traverse les bois pour atteindre le tumulus de Kernours, monument mégalithique vieux de cinq millénaires niché dans une pinède au-dessus de la rivière, avant de continuer vers la chapelle de Saint-Avoye. Pour ceux qui préfèrent l’eau à la marche, la base nautique À la dérive loue des canoës-kayaks et des paddles permettant de voir le pont depuis le fleuve — perspective radicalement différente et tout aussi spectaculaire. L’accès au pont est libre toute l’année, sans tarif d’entrée ; le parking se trouve à quelques minutes à pied, au centre du village. Depuis Auray, le Bono est à moins de dix minutes en voiture, ce qui en fait une halte idéale lors d’un séjour dans le golfe du Morbihan.
La meilleure heure pour visiter reste la marée montante, quand l’eau remonte progressivement le chenal et enveloppe les coques échouées d’un miroir changeant. En été, les lumières de fin d’après-midi dorent le métal et la pierre des pylônes ; en automne ou en hiver, la brume matinale qui stagne sur la rivière donne à l’ensemble un caractère presque irréel. Romantique pour les uns, aventure familiale à portée de poussette pour les autres, le vieux pont suspendu du Bono est de ces curiosités qui, sans être spectaculaires au sens touristique du terme, laissent une impression durable — celle d’un endroit qui a traversé le temps sans perdre son âme.
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