Basilique Notre-Dame du Roncier
Patrimoine religieux • Josselin

Au cœur de Josselin, la basilique Notre-Dame du Roncier s’élève sur un emplacement chargé d’histoire depuis le début du XIe siècle, lorsque Guéthenoc, fondateur du château voisin, y fit bâtir un premier édifice de culte. Mais c’est une légende plus ancienne encore qui donne son nom au lieu : en 808, selon la tradition, un paysan découvrit en fauchant une statue de la Vierge dissimulée dans un buisson de ronces au bord de l’Oust. La statue refusait de quitter l’endroit, revenant toujours à son roncier. L’homme, dont la fille aveugle aurait recouvré la vue après une prière sur les lieux, décida d’y construire un oratoire. La statue miraculeuse, brûlée à la Révolution, fut remplacée par une nouvelle sculpture contenant un fragment de l’ancienne : ce reliquaire du souvenir trône encore aujourd’hui dans la chapelle Nord, construite en 1491 spécialement pour l’abriter.
L’édifice que l’on visite est le fruit de plusieurs siècles de chantier. Après la destruction de 1168 par Henri II Plantagenêt, la reconstruction se fait d’abord en style roman, dont témoignent encore les chapiteaux sculptés de la chapelle du Roncier — l’un d’eux représente un chien, exemple unique en Bretagne, l’autre un renard pillant un poulailler. La grande campagne gothique flamboyante débute en 1460 sous l’impulsion de Jean de Rohan et de l’évêque Jean de l’Épervier, et la nef est achevée vers 1470. Véritable « église halle » bretonne, elle aligne trois vaisseaux de hauteur égale, couverts d’une voûte lambrissée en berceau de bois de châtaignier. Le portail occidental du XVe siècle, avec son arc brisé à triple voussure et ses gâbles ouvragés, donne le ton dès l’extérieur, renforcé par les arcs-boutants, les pinacles et les gargouilles qui courent le long des façades.
L’intérieur réserve plusieurs découvertes majeures. La chapelle Sainte-Marguerite, dans le bras sud du transept, abrite le cénotaphe d’Olivier de Clisson (connétable de France, seigneur de Josselin, mort en 1407) et de sa femme Marguerite de Rohan : deux gisants de marbre noir de la Meuse, attribués à des sculpteurs de Tournai, dont les pleurants furent décapités à la Révolution et restaurés au XIXe siècle. La chaire à prêcher, datée de 1783 et signée de l’artisan local Eustache Roussin, est un chef-d’œuvre de ferronnerie rocaille : ses enroulements de fer forgé supportent une cuve ornée des attributs des quatre évangélistes. L’orgue, créé par Lehelloco en 1674 et restauré en 1990, résonne encore lors des offices et de concerts ponctuels. Les vitraux, quant à eux, constituent un véritable musée sur verre allant du XVe au XXe siècle : on citera notamment la baie du « Combat des Trente » (1931-1933) réalisée par le maître verrier Jacques Gruber dans un style art déco saisissant, et le vitrail des Rohan (1893) représentant six membres de la famille en prière.
Pour les visiteurs qui souhaitent aller plus haut, les 138 marches du clocher — dont la flèche fut reconstruite entre 1923 et 1949 d’après les plans de l’architecte René Ménard — offrent une vue panoramique sur les toits médiévaux de Josselin, le château des Rohan et le canal de Nantes à Brest. La montée est libre et gratuite de mai à octobre, accessible par la Place Alain-de-Rohan. La basilique est par ailleurs un lieu de pèlerinage marial vivant : le Grand Pardon de Notre-Dame du Roncier, célébré chaque 8 septembre, réunit des milliers de fidèles pour une procession aux flambeaux dans les rues de la ville. Ce rassemblement a une histoire insolite : depuis 1728, on l’appelle aussi le « pardon des aboyeuses », en référence à trois enfants épileptiques qui auraient été guéris cette année-là, au cours d’une procession qui avait la réputation de délivrer ceux qui « aboyaient » comme des chiens — une forme de convulsions, selon la médecine de l’époque. Élevée au rang de basilique mineure par le pape Léon XIII en 1891, l’édifice est classé monument historique et constitue, avec le château voisin, l’un des deux piliers incontournables d’une visite à Josselin.
La visite se prête à tous les publics, que l’on soit passionné d’architecture médiévale, curieux de vitraux ou simplement en quête d’un moment de calme au cœur d’une ville d’art et d’histoire. Comptez une petite heure pour en faire le tour sans précipitation, davantage si vous montez au clocher. La basilique s’intègre naturellement dans un itinéraire qui inclut le château des Rohan (à deux pas), les halles du XVIIe siècle et les maisons à pans de bois de la rue des Trente. Parking disponible à proximité de la place Notre-Dame.
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