Église Saint-Armel de Ploërmel
Patrimoine religieux • Ploërmel

Dressée sur la place qui porte son nom depuis le cœur médiéval de Ploërmel, l’église Saint-Armel est dédiée au moine gallois qui fonda la cité au VIe siècle. Selon la tradition, Armel débarqua en Bretagne vers 518, établit un monastère à la lisière de la forêt de Brocéliande, puis créa la paroisse dite « Plou-Armel » — Ploërmel — vers 525. On le représente invariablement conduisant un dragon par son étole, souvenir d’une légende où il terrassait le monstre avant de le noyer dans la Seiche. C’est à ce fondateur que la ville doit son nom, son blason, et son monument le plus emblématique.
La construction de l’édifice actuel débuta en 1511, après l’effondrement de l’église antérieure en 1508, et se poursuivit pendant près d’un siècle, jusqu’en 1602. Ce long chantier explique le mariage heureux du gothique flamboyant et des premières influences Renaissance que l’on perçoit tant en façade qu’à l’intérieur. La tour carrée, haute de 33 mètres, fut achevée au milieu du XVIe siècle ; frappée par la foudre en 1727, sa partie supérieure fut rebâtie entre 1733 et 1741. De nombreuses gargouilles animent les contreforts extérieurs et rappellent l’esprit médiéval qui préside à l’ensemble.
Le portail nord, achevé vers 1533, constitue l’un des programmes iconographiques les plus ambitieux de la Bretagne de la fin du Moyen Âge. Ses deux registres superposés de bas-reliefs en granite déclinent apôtres, saints et scènes de la Nativité, mais aussi des figures plus insolites : les Vertus chrétiennes écrasant leurs vices opposés, des sibylles et des prophètes, et, sur le contrefort occidental, un bestiaire fantastique peuplé d’anges souffleurs, de singes facétieux et de créatures mi-humaines mi-animales — satire sociale et spirituelle taillée dans la pierre. À l’intérieur, la nef en granite est couverte d’une voûte en berceau de bois dont les neuf poutres portent des têtes de dragons sculptées et dont les sablières fourmillent d’anges, d’animaux fantastiques et de feuillages d’inspiration Renaissance.
Le programme vitré de Saint-Armel comptait, avant les bombardements de 1944, parmi les plus riches de toute la Bretagne. La destruction fut massive, mais la restauration patiente menée par l’atelier Paul et Jacques Bony de 1954 à 1970 a redonné lumière et couleur à l’ensemble. Parmi les vitraux qui ont conservé une part de leur substance ancienne, la Vie de saint Armel (vers 1490, baie 7) retrace en huit panneaux narratifs les épisodes légendaires du fondateur. L’Arbre de Jessé (baie 12), haut de 6,50 mètres, déploie la généalogie du Christ à travers dix-sept rois culminant dans la Vierge à l’Enfant ; ses coloris intenses restent saisissants. La baie de la Passion (vers 1480) et celle de la Pentecôte (1533), offerte en expiation d’un meurtre, complètent un ensemble dont chaque fenêtre raconte une histoire.
L’église abrite également des trésors funéraires de premier rang. Dans la chapelle de Crévy reposent les gisants en marbre blanc de Jean II et Jean III, ducs de Bretagne, dont les effigies du XIVe siècle furent transférées ici en 1820 après avoir erré depuis la Révolution. La chapelle de Malleville conserve le tombeau de Philippe de Montauban, chancelier de la duchesse Anne, mort en 1514, et le gisant de Jeanne de Léon, vicomtesse du XIVe siècle. Ces marbres rappellent que Ploërmel fut longtemps une place forte de la Bretagne ducale. Une série de statues en bois polychrome des XVIe-XVIIIe siècles — sainte Catherine, saint Roch, une Vierge à l’Enfant, une Pietà — ponctuent la visite d’une note plus intime.
L’accès à l’église est libre et gratuit toute l’année. Une demi-heure suffit pour en parcourir les nefs à grands traits, mais les amateurs de sculpture et de vitrail peuvent facilement y passer une heure. La place Saint-Armel, à deux pas de l’Office de tourisme, est le point de départ naturel d’une balade dans le vieux Ploërmel : la Maison des Marmousets et ses façades à pans de bois du XVIe siècle se trouvent à quelques minutes à pied. Pour les familles, Ploërmel est également la porte d’entrée de la forêt de Brocéliande, à une vingtaine de kilomètres vers l’ouest.
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