Calvaire monumental de Guéhenno

Patrimoine religieux • Guéhenno

Calvaire monumental de Guéhenno

Au centre du bourg de Guéhenno, à quelques kilomètres de Josselin, se dresse l’un des monuments religieux les plus singuliers de toute la Bretagne. Érigé en 1550 par un artisan nommé Guillouic, comme l’atteste une inscription gravée dans la pierre — « J. GUILLOVIC A FAICT CESTE CROUEX DE PAR LES PAROISSIEN 1550 » — ce calvaire monumental est l’unique représentant de cette catégorie dans le Morbihan. Il fait partie de l’association des sept calvaires monumentaux de Bretagne, fondée en 2004, aux côtés de Pleyben, Guimiliau, Saint-Thégonnec ou encore Plougastel-Daoulas. Sa matière première est le granit beige à grain fin tiré des carrières locales, une roche qui autorise un travail de sculpture particulièrement précis et qui a traversé les siècles avec une belle résistance.

La grandeur du monument tient autant à son histoire qu’à son architecture. En décembre 1794, en pleine Terreur révolutionnaire, des soldats en route vers Josselin s’en prirent à l’enclos paroissial, brisant les statues, renversant les croix, jouant, dit la tradition, aux boules avec les têtes des Saintes Femmes. Les paroissiens de Guéhenno, loin de se résigner, recueillirent les fragments et les dissimulèrent dans l’ossuaire, les greniers et les chemins creux du village. Un demi-siècle plus tard, en 1853, l’arrivée de l’abbé Charles-Marie Jacquot allait changer la donne. Ne pouvant pas payer les sculpteurs professionnels qui réclamaient entre 1 200 et 2 000 francs, Jacquot apprit lui-même la sculpture avec son vicaire Laumailler. Il recolla les pièces d’origine à l’aide d’un mélange de soufre, de résine et de cire d’abeille, et ajouta de nouvelles figures entre 1856 et 1864, notamment les prophètes hébreux, les évangélistes et la colonne au coq — portant l’inscription « HAEC PASSUS EST PRO NOBIS » — érigée en 1862.

Le résultat est un véritable livre de pierre sur la Passion du Christ, conçu à l’origine pour enseigner l’histoire sainte à des paroissiens qui ne savaient pas lire. La composition s’articule autour de deux masses de pierre superposées reposant sur des paliers à deux marches. On y découvre, en tournant autour du monument, les scènes de l’agonie au jardin des Oliviers, de la flagellation et du couronnement d’épines en bas-reliefs, tandis que la partie haute présente le Christ portant sa croix, flanqué de soldats romains et de Véronique. La crucifixion centrale est entourée des deux croix polygonales des larrons. À la croisée des chemins du récit biblique et de la foi populaire bretonne, un ossuaire jouxtant le calvaire abrite notamment une sculpture du Christ gisant, œuvre de Laumailler, et une représentation de la Résurrection.

Classé Monument historique depuis 1927, le calvaire a traversé deux nouveaux épisodes marquants : la tempête de 1999, qui décapita le Christ en croix, et une restauration complète en 2004 menée pour combattre la prolifération des algues et le vieillissement des joints. Cette restauration a redonné au monument tout son relief et sa lisibilité. Le site attire aujourd’hui entre 15 000 et 20 000 visiteurs par an, preuve que la curiosité pour ce patrimoine de granit reste vivace. Des spectacles de mise en lumière ont également été organisés à plusieurs reprises par l’association des sept calvaires, teintant la pierre de bleu, de rouge et de jaune pour rappeler les couleurs originelles du monument.

L’accès au calvaire et à l’enclos paroissial est libre et gratuit toute l’année. Des visites commentées gratuites sont organisées de mi-juin à mi-septembre, du mardi au dimanche, par l’office de tourisme du Centre Morbihan. Un audioguide gratuit est également disponible à la mairie ou à l’office de tourisme pour les périodes hors saison. Un parking se trouve à proximité immédiate. Comptez une bonne demi-heure pour en faire le tour attentif, davantage si l’on s’attarde sur chaque scène sculptée. Pour prolonger la visite, le village de Guéhenno propose un circuit pédestre d’environ 800 mètres intitulé « Quand le granit raconte des histoires », et des itinéraires vélo de 13 à 23 kilomètres sillonnent le bocage environnant vers les étangs et les manoirs alentour. Le château de Josselin, la maison des Chouans de Bignan et le manoir de Lemay complètent agréablement la découverte de ce coin de Bretagne intérieure.

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