Tour de l'Horloge
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Dressée au cœur de la cité médiévale depuis la fin du XVe siècle, la Tour de l’Horloge est bien plus qu’un simple clocher : c’est la mémoire vivante d’une ville qui s’est construite sur la fierté de ses marchands et de ses bourgeois. C’est Jehan II de Rosnyvinen, gouverneur de Dinan, qui en pose la première pierre vers 1471 dans la rue alors appelée de la Corduennerye. La tour, de plan carré avec des côtés de huit mètres, s’élève sur quatre étages avant de prendre une forme octogonale, coiffée d’une toiture en ardoise de Sizun. Elle servit longtemps de salle de réunion pour le conseil municipal, de lieu de conservation des archives, et de tour de guet contre les incendies qui ravageaient régulièrement les villes médiévales.
Le tournant dans l’histoire de l’édifice arrive au début du XVIe siècle, lorsque la duchesse Anne de Bretagne accorde aux Dinannais le privilège insigne de posséder leur propre horloge communale. En 1507, un mécanisme fabriqué à Nantes en 1498 par un horloger d’origine allemande nommé Hamzer est installé dans la tour, qui accède ainsi au rang de beffroi. Dinan devenait alors la troisième ville de Bretagne à posséder un beffroi, après Rennes et Fougères — une distinction qui témoigne du rayonnement économique et politique de la cité à cette époque. Ce mécanisme, bien que remplacé en 1657 et retiré de son rôle actif en 1847, est aujourd’hui exposé au rez-de-chaussée et demeure l’un des plus anciens mécanismes d’horlogerie conservés en Europe.
La visite commence justement au niveau du sol, où le mécanisme et la cloche dite « Duchesse Anne » — une pièce de fonte imposante de plus de deux tonnes refondée en 1905 — se laissent contempler de près. Mais c’est l’ascension qui constitue le cœur de l’expérience. L’escalier en colimaçon, taillé dans la pierre et logé dans la tourelle ouest, compte environ 158 marches. La montée est sportive, les degrés sont étroits et usés par des siècles de passage, mais le jeu en vaut largement la chandelle. À mi-parcours, un palier permet d’observer d’encore plus près les mécanismes intérieurs et les autres cloches de la tour, dont les Françoise et Jacqueline qui sonnaient les quarts d’heure.
Arrivé en haut, le panorama à 360° sur Dinan justifie à lui seul le déplacement. Les toits d’ardoise de la vieille ville se déploient comme une maquette à ses pieds, avec les clochers de la basilique Saint-Sauveur et de l’église Saint-Malo qui percent la ligne d’horizon. Par temps dégagé, le regard porte jusqu’à la campagne bretonne environnante et, selon les conditions, vers la vallée de la Rance qui s’étire en contrebas des remparts. C’est l’un des rares points de vue en hauteur accessibles au public dans la vieille ville — un privilège que les promeneurs du bas de la rue de l’Horloge ne soupçonnent souvent pas.
Classée monument historique depuis le 28 décembre 1910 et ouverte au public depuis 1932, la tour est gérée par la Ville de Dinan. Elle accueille les visiteurs de début avril jusqu’au début novembre, généralement de 10 h 30 à 18 h 30 en haute saison, avec une tranche horaire réduite certains jours en mi-saison. L’entrée est tarifée à 4 euros pour un adulte, 2,50 euros en tarif réduit (moins de 18 ans, étudiants, demandeurs d’emploi, personnes en situation de handicap). La capacité est volontairement limitée à 19 personnes simultanément, ce qui préserve une atmosphère intime et confidentielle. L’accès n’est pas adapté aux personnes à mobilité réduite ni à celles sujettes au vertige. La tour se trouve rue de l’Horloge, à deux pas de la place des Merciers et des maisons à colombages de la vieille ville, dont elle est indissociable.
Pour tirer le meilleur de la visite, mieux vaut arriver à l’ouverture ou en fin d’après-midi : la lumière dorée de fin de journée habille les toits d’ardoise d’une belle teinte cuivrée et les files d’attente se font rares. En redescendant, la rue de l’Horloge elle-même mérite qu’on s’y attarde : ses façades médiévales et ses commerces artisanaux forment un prolongement naturel de la visite. Les familles avec des enfants suffisamment grands pour gérer l’escalier apprécieront particulièrement l’aspect concret et sensoriel de la montée — les pierres froides, la cloche imposante, le vent en haut — bien plus qu’une simple exposition. À proximité immédiate, la basilique Saint-Sauveur et les remparts complètent idéalement la découverte du patrimoine médiéval de Dinan.
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