Basilique Saint-Sauveur

Patrimoine religieux • Dinan

Basilique Saint-Sauveur

La basilique Saint-Sauveur doit son existence à une légende de croisé : Riwallon le Roux, seigneur de Dinan, aurait fait vœu d’élever une église dédiée au Saint-Sauveur s’il revenait vivant de la Première Croisade où il avait été capturé. Qu’on croie ou non à cette tradition — qu’aucun document ne confirme formellement —, l’édifice est attesté dès 1123 dans une charte et constitue l’un des témoignages romans les plus anciens de la ville. Sa construction s’est poursuivie sur plus de cinq siècles, ce qui explique l’étonnante diversité des styles qu’on y découvre aujourd’hui.

La façade occidentale résume à elle seule cette longue histoire : la moitié inférieure, avec ses trois arcades en plein cintre et ses chapiteaux ornés de dromadaires et de monstres marins, appartient au XIIe siècle et trahit des influences venues du Poitou et de la Saintonge, bien au-delà de la Bretagne. La moitié supérieure, en revanche, est gothique flamboyant, construite à partir de 1480 quand la communauté paroissiale décida de reconstruire et d’agrandir l’édifice vers le nord. Le mur méridional roman, avec ses arcatures aveugles superposées sur deux niveaux, est considéré comme l’un des plus beaux exemples de décoration murale du style roman en Bretagne. L’intérieur confirme ce dualisme : le côté sud reste plus sombre et massif, tandis que la nef nord gothique, voûtée d’ogives, baigne dans une lumière plus généreuse, notamment grâce aux verrières de l’atelier Louis Barillet réalisées entre 1939 et 1951.

Parmi tous les trésors que recèle la basilique, c’est indéniablement le cénotaphe du cœur de Bertrand Du Guesclin qui retient le plus l’attention des visiteurs. Le grand connétable de France, né vers 1320 dans le pays dinannais, mourut en 1380 lors du siège de Châteauneuf-de-Randon. Sa renommée était telle que plusieurs villes revendiquèrent ses restes ; son corps fut finalement inhumé à Saint-Denis, mais son cœur, selon ses volontés, fut ramené à Dinan. Il repose dans le bras nord du transept dans une urne surmontée d’une dalle gravée du XIVe siècle et encadrée d’un retable baroque. Cette présence confère à l’édifice une charge émotionnelle particulière : on n’est plus seulement dans une église, mais dans un lieu de mémoire national.

L’inventaire des richesses intérieures est long. Un unique vitrail ancien a survécu aux siècles dans la baie 29 : ses fragments Renaissance, datés des années 1480-1490, représentent les quatre évangélistes — on y voit saint Marc coiffé de ses besicles, détail délicieux et rare pour l’époque. La cuve baptismale romane du XIIe siècle, portée par quatre cariatides aux robes plissées, est d’une finesse remarquable. Le maître-autel et son baldaquin, dessinés en 1718 par l’architecte Siméon Garangeau — le même qui travailla à Saint-Malo — affichent un bois doré de belle facture. Les douze autels latéraux avec leurs retables du XVIIIe siècle complètent un ensemble mobilier d’une rare cohérence pour une église bretonne de cette taille. L’édifice a été classé Monument historique dès 1862, après l’inspection de Prosper Mérimée en 1835, et a reçu le titre de basilique mineure du pape Pie XII en 1954.

Depuis lors, la basilique subit une restauration régulière, mais s’offre au visiteur sans billet ni réservation : l’entrée est libre et gratuite toute l’année, de 9h à 18h environ en semaine. En juillet et août, des visites guidées sont organisées pour ceux qui souhaitent comprendre en profondeur le palimpseste architectural. La Place Saint-Sauveur, pavée et calme, invite à prendre le temps d’observer la façade sous différents angles avant d’entrer. Juste derrière l’édifice, le Jardin Anglais, aménagé sur l’ancienne cour du prieuré, offre une terrasse panoramique sur la vallée de la Rance et les toits de la vieille ville — une transition naturelle et apaisante après la pénombre de la nef. L’église Saint-Malo, les remparts médiévaux et la rue du Jerzual sont à moins de dix minutes à pied, faisant de ce secteur le noyau historique incontournable de Dinan.

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