Phare des Triagoz
Phares & sémaphores • Pleumeur-Bodou

Bâti en granit, le phare des Triagoz se dresse au large de Pleumeur-Bodou et culmine à vingt-cinq mètres. Mis en service en 1864, il a veillé sur ces eaux pendant plus d’un siècle avant son automatisation, en 1984, qui marqua le départ de ses derniers gardiens.
L’automatisation s’est accompagnée du remplacement de l’ancienne lanterne par un feu à occultations, blanc et rouge. La lanterne d’origine, qui fonctionnait au pétrole, abritait une optique d’horizon de 920 millimètres de distance focale, d’une portée de quinze milles nautiques, soit vingt-huit kilomètres.
Le phare des Triagoz se dresse au large de Pleumeur-Bodou, sur le rocher de Guen-Bras, dans la partie sud-est du plateau des Triagoz. Ce vaste semis d’îlots bas et d’écueils affleurants, balayé par de forts courants, s’étend à l’ouest du célèbre archipel des Sept-Îles, l’une des plus importantes réserves ornithologiques de France. Posté en pleine mer dans un secteur particulièrement traître, le phare avait pour mission de baliser ce labyrinthe de rochers et de protéger les navires qui croisaient au large de la Côte de Granit rose, sur l’une des routes maritimes les plus fréquentées de la Manche.
Sa construction répond à une décision prise au plus haut niveau. C’est un décret de l’empereur Napoléon III, signé le 12 mai 1860, qui ordonna l’édification d’un feu destiné à sécuriser la route des paquebots entre Perros-Guirec et la baie de Morlaix, au milieu de ces parages redoutés. Le chantier débuta en 1861 sous la direction de l’ingénieur Pelaud, et il fallut composer avec l’isolement, les marées et la difficulté d’accoster sur un rocher que les courants rendaient presque inabordable. Le feu fut finalement allumé le 15 novembre 1864, après plusieurs années d’un travail aussi méthodique que périlleux.
L’édifice se distingue par son architecture soignée. La tour, de section carrée, est dotée d’une tourelle d’angle en encorbellement, l’échauguette, et d’un escalier extérieur en hélice qui épouse sa façade. Elle est bâtie en moellons, avec des chaînages, des soubassements et des encadrements en pierre de taille de granit de Ploumanac’h et de l’Île Grande, ces granits roses si caractéristiques du littoral trégorrois. Ce choix de matériaux nobles, extraits non loin de là, ancre le phare dans son territoire et lui confère, malgré sa fonction strictement utilitaire, une élégance que l’on remarque depuis le large comme depuis la côte.
La vie au phare fut longtemps celle d’hommes solitaires. Alimenté au pétrole à partir de 1875, il assurait aussi bien la puissance de son feu que l’éclairage et le chauffage des gardiens, qui se relayaient pour veiller dans cet isolement absolu, coupés de la terre durant des semaines lorsque la mer se déchaînait. C’était l’un de ces phares dits « en enfer », par opposition à ceux du rivage, où le métier exigeait sang-froid et endurance. L’automatisation, intervenue en 1984, mit un terme à cette présence humaine, refermant un long chapitre de la vie de la station.
Aujourd’hui encore, son feu balise fidèlement le plateau des Triagoz et compte parmi les phares emblématiques de la Côte de Granit rose, fidèle sentinelle d’un littoral à la beauté aussi spectaculaire que redoutable.
Cette optique n’a pas disparu : elle est aujourd’hui exposée au port de plaisance de Lézardrieux.
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