Phare de Bodic
Phares & sémaphores • Lézardrieux

Le phare de Bodic, à Lézardrieux, s’élève sur vingt-trois mètres. Il a remplacé un édifice de 1867, détruit par l’occupant en 1944. Avec le phare de la Croix, au large de Ploubazlanec sur l’autre rive, il signale l’entrée de la rivière du Trieux.
Particularité du lieu : le phare a été bâti en plein champ. Sa lanterne culmine néanmoins à quarante-neuf mètres au-dessus de la mer, ce qui lui assure une portée de dix milles marins, soit dix-huit kilomètres.
Le phare de Bodic veille sur l’entrée de la rivière du Trieux, l’un des plus beaux estuaires de la côte nord bretonne. C’est ici que le fleuve, après avoir serpenté entre des rives boisées et secrètes, vient rencontrer la mer dans un dédale de chenaux et d’écueils. Pour les marins remontant vers le port de Lézardrieux, le passage exige des repères fiables, car les courants et les roches affleurantes rendent la navigation délicate. Le phare joue précisément ce rôle de guide depuis plus d’un siècle et demi, jalon rassurant dressé à l’aplomb de l’estuaire. Sa présence rappelle combien cette côte, aujourd’hui paisible et touristique, fut d’abord un territoire de marins et de pêcheurs pour qui chaque feu comptait. Comprendre le Trieux, c’est saisir tout le sens de ce phare planté à sa porte.
L’histoire de l’édifice épouse les soubresauts de la grande Histoire. Un premier phare avait été élevé au XIXe siècle à l’emplacement d’une ancienne tour de guet, témoignant déjà de l’importance stratégique du site. Durant la Seconde Guerre mondiale, la tour fut détruite par les troupes d’occupation, comme tant d’autres ouvrages du littoral jugés trop précieux pour l’ennemi. Il fallut attendre l’après-guerre pour qu’un nouveau phare renaisse de ces décombres et reprenne sa veille sur l’estuaire. Cette continuité, par-delà la destruction, raconte l’attachement profond des hommes à leurs repères maritimes et la nécessité vitale de baliser une côte aussi exigeante. Le visiteur d’aujourd’hui contemple donc un monument reconstruit, dont la silhouette porte en elle la mémoire d’une époque douloureuse et la volonté de renaissance qui suivit.
Le phare de Bodic présente une particularité qui ne manque pas de surprendre : il n’a pas été bâti sur un récif ni au bord de la falaise, mais à l’intérieur des terres, posé en plein champ sur un plateau. Cette implantation insolite s’explique par la fonction du feu, conçu en alignement avec un autre phare pour tracer dans la nuit une route sûre vers le chenal. La tour se double d’un vaste mur-façade clair qui fait office de repère de jour, un amer aisément identifiable depuis le large. Malgré sa position reculée par rapport au rivage, la lanterne domine la mer d’une hauteur considérable, ce qui lui assure une portée remarquable. Cette astuce d’ingénierie illustre toute la science des constructeurs de phares, capables d’adapter chaque ouvrage à la géographie singulière du lieu qu’il devait éclairer.
Le phare ne fonctionne pas seul : il forme un tandem avec un second feu situé sur l’autre rive du Trieux, et c’est l’alignement de ces deux repères qui permet aux navires de trouver la bonne passe. Ce principe d’alignement, vieux comme la navigation, repose sur une logique simple et ingénieuse : tant que le marin voit les deux feux superposés, il sait qu’il tient le bon cap entre les dangers. Cette complémentarité fait de Bodic et de son comparse les sentinelles jumelles de l’estuaire, indissociables dans l’esprit des gens de mer. Les techniques ont évolué et l’éclairage moderne a remplacé les anciennes lampes, mais la mission demeure inchangée : sécuriser l’accès à la rivière et au port. C’est cette permanence de la fonction, par-delà la modernisation des moyens, qui frappe lorsqu’on découvre l’histoire récente du site.
Comme nombre de phares français, Bodic a connu le grand tournant de l’automatisation, qui a peu à peu rendu inutile la présence humaine permanente. Les feux pilotés à distance et l’électronique ont remplacé les gestes quotidiens des gardiens, dont le métier appartient désormais au passé. Cette page tournée n’a rien retiré au charme du lieu, bien au contraire : le promeneur d’aujourd’hui peut s’approcher librement de la tour, l’admirer dans son écrin champêtre et profiter, alentour, des paysages doux de l’estuaire. La balade jusqu’au phare se conjugue volontiers avec la découverte des chemins et des points de vue qui dominent le Trieux. Reste alors à trouver son chemin, car ce repère maritime se gagne par les terres plutôt que par la mer.
Entièrement automatisé, il a vu partir ses derniers gardiens en 2015. Pour le rejoindre, on se dirige vers le lieu-dit de Bodic.
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