Phare de Mean Ruz
Phares & sémaphores • Perros-Guirec

À l’entrée de la passe menant au port de Ploumanac’h, le phare de Mean Ruz s’élève sur un promontoire de granit rose. Haut de quinze mètres et bâti en pierre locale, il a été automatisé en 1947 et diffuse un feu rouge à occultations, complété d’un secteur blanc visible de nuit sur une vingtaine de kilomètres.
Construit entre 1946 et 1948 pour remplacer l’ouvrage de 1860 détruit en 1944, il a été conçu par les architectes Henry Auffret et Joël Hardion pour s’harmoniser avec le chaos granitique environnant.
Le nom du phare dit déjà toute son identité : en breton, Mean Ruz — ou Maen Ruz — signifie « pierre rouge », en écho au granit rose dans lequel il a été taillé et qui colore tout ce littoral. Édifié directement parmi les blocs de la pointe, l’édifice semble jaillir du chaos rocheux plutôt que s’y poser. Ce chaos granitique, l’une des signatures du paysage, résulte de la lente altération puis de l’érosion de la roche : les arêtes s’émoussent, les blocs s’arrondissent et se désolidarisent, formant cet entassement spectaculaire de masses aux formes douces que la mer et le vent continuent de sculpter au fil des millénaires.
On rejoint le phare à pied, par le célèbre sentier des douaniers, aujourd’hui intégré au GR 34. Ce chemin littoral doit son nom à la surveillance que les douaniers exerçaient autrefois sur ces côtes découpées, propices à la contrebande : ils arpentaient le rivage pour traquer les marchandises débarquées en fraude. Devenu sentier de randonnée, il serpente entre les amas de granit rose, les criques et les landes, offrant à chaque détour de nouveaux points de vue. La promenade qui mène à Mean Ruz, courte et accessible, compte parmi les plus prisées de toute la Côte de Granit Rose.
Depuis les abords du phare et le rocher de Squewel, le regard embrasse un panorama d’exception. Au large se dessine l’archipel des Sept-Îles, sanctuaire d’oiseaux marins, tandis qu’en contrebas se découpe la silhouette romantique du château de Costaérès, posé sur son îlot. Côté est s’étend l’île Renote, presqu’île rattachée à Trégastel, dont les pointes prolongent ce festival de granit. L’ensemble forme le Grand Site de France de Ploumanac’h, un label qui distingue les paysages les plus remarquables et les plus fréquentés, et confirme la valeur exceptionnelle de ce coin de littoral breton suspendu entre terre et mer.
L’histoire récente de l’ouvrage rappelle aussi les soubresauts du XXe siècle : le phare d’origine, daté de 1860, fut détruit en 1944 lors du conflit, avant que l’édifice actuel ne soit reconstruit dans l’immédiate après-guerre. Le parti pris des architectes fut alors de fondre la tour dans son environnement, en reprenant le granit local et des lignes sobres, afin que le bâtiment dialogue avec les rochers plutôt que de s’y imposer. Le résultat séduit toujours autant les promeneurs, qui s’arrêtent volontiers à ses pieds pour contempler la mer et immortaliser la scène.
Le phare ne se visite pas à l’intérieur, mais sa silhouette mariée aux rochers roses en fait l’un des points de vue les plus photographiés de Ploumanac’h.
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