Sanctuaire de Sainte-Anne-d'Auray

Patrimoine religieux • Sainte-Anne-d'Auray

Sanctuaire de Sainte-Anne-d'Auray

Tout commence dans la nuit du 7 au 8 mars 1625, lorsqu’un paysan breton nommé Yvon Nicolazic suit une lueur mystérieuse jusqu’à son champ du Bocenno et y découvre une ancienne statue de bois de sainte Anne, mutilée mais encore reconnaissable à ses traces de polychromie bleue et blanche. Depuis 1623, il reçoit des apparitions de la sainte — mère de la Vierge Marie et grand-mère de Jésus — qui lui demande de reconstruire en ce lieu une chapelle en sa mémoire. Le 25 juillet 1624, la sainte lui avait révélé son identité en breton : « Me zo Anna, mamm Mari » — Je suis Anne, mère de Marie. Cette première pierre posée le 26 juillet 1625 est l’acte fondateur d’un sanctuaire qui allait devenir, quatre siècles plus tard, le site de pèlerinage catholique le plus fréquenté de Bretagne et le troisième de France, après Lourdes et Lisieux.

La basilique actuelle, œuvre de l’architecte Édouard Deperthes, est construite entre 1866 et 1872 dans un style néo-gothique de grande ampleur, mêlant références gothiques et Renaissance. Sa première pierre est posée le 4 septembre 1866 ; elle reçoit le titre de basilique mineure par bref pontifical du pape Pie IX le 22 mai 1874, puis est solennellement consacrée le 8 août 1877. À l’intérieur, les vitraux retracent les scènes des apparitions et les grandes étapes du pèlerinage breton. L’orgue Cavaillé-Coll, joyau acoustique de l’édifice, a fait l’objet d’une restauration complète achevée en 2010 après trente mois de travail en atelier. La basilique abrite également des reliques de sainte Anne, dont un fragment du bras offert en 1639 par Louis XIII et Anne d’Autriche, ainsi qu’une relique de Jean-Paul II — un cheveu — déposée après sa canonisation en 2014.

L’ensemble du sanctuaire forme un complexe de plusieurs édifices répartis sur un parc de sept hectares. Le Cloître, bâti par les pères Carmes entre 1638 et 1641, est le plus ancien monument du site et figure à l’inventaire des monuments historiques après une restauration en 1993 ; son trésor, accessible au rez-de-chaussée, expose des siècles de dons votifs et d’objets de dévotion. La Scala Santa, escalier sacré érigé en 1662 et déplacé à son emplacement actuel entre 1870 et 1871, peut être gravie à genoux par les pèlerins dans la tradition catholique romaine. Un chemin de croix aux quatorze stations en fonte, réalisé entre 1900 et 1904, constitue une pièce rare en Europe par son unité stylistique et sa facture. La maison reconstituée d’Yvon Nicolazic offre, quant à elle, un aperçu saisissant de la vie paysanne bretonne du XVIIe siècle.

Jouxtant le sanctuaire côté nord, le Mémorial breton de la Grande Guerre est un monument à part entière, inauguré en 1932 après dix années de construction menées par les cinq diocèses bretons. Haute tour de 52 mètres dessinée par l’architecte René Ménard, elle honore les soldats bretons morts pendant la Première Guerre mondiale — la Bretagne étant la région de France proportionnellement la plus endeuillée du conflit, avec entre 110 000 et 130 000 morts. Une esplanade en fer à cheval porte des plaques de marbre gravées de noms, et une crypte-rotonde de 12 mètres de diamètre abrite cinq chapelles dédiées aux diocèses de Bretagne. Une nécropole nationale borde le site, où reposent notamment des soldats belges et des victimes d’hôpitaux militaires de la région.

Chaque 25 et 26 juillet, le Grand Pardon réunit entre 20 000 et 30 000 pèlerins pour la fête de sainte Anne, avec processions aux flambeaux, célébrations pontificales en plein air et bénédictions des eaux de la fontaine miraculeuse. Le sanctuaire accueille également une célébration pour l’Assomption les 14 et 15 août. En 1996, Jean-Paul II est venu en pèlerinage — première visite d’un pape en Bretagne — et a rassemblé environ 150 000 personnes sur l’esplanade ; un espace commémoratif avec un cercle de granit et douze menhirs représentant les diocèses rappelle cet événement. Sur l’année, le sanctuaire accueille entre 600 000 et 800 000 visiteurs, pèlerins ou simples curieux. Sainte-Anne-d’Auray se trouve à seulement 7 kilomètres d’Auray, accessible par la D17 ; un parking est disponible à proximité de l’entrée. Que l’on vienne pour la spiritualité, l’histoire ou simplement la sérénité d’un grand parc arboré, le sanctuaire constitue l’une des étapes les plus saisissantes du Morbihan.

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