Eglise Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle
Patrimoine religieux • Plouaret

L’église paroissiale de Plouaret est placée sous le vocable de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, ou Notre-Dame-de-Consolation. Fondée par l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean, elle remonte dans son état originel à la fin du XVe siècle.
Son architecture hétérogène témoigne d’une histoire multiséculaire, faite d’agrandissements et de remaniements successifs.
Lorsque l’on franchit le seuil de l’édifice, on comprend vite que cet héritage hospitalier appartient à un vaste réseau qui maillait jadis toute la Bretagne. Les commanderies de l’ordre de Saint-Jean accueillaient pèlerins, voyageurs et malades sur les chemins menant vers les grands sanctuaires de l’Occident chrétien. Ici, au cœur du Trégor, l’église conservait cette double vocation d’accueil et de prière, à la croisée des routes terrestres qui reliaient les paroisses environnantes. Cette origine charitable, encore lisible dans la sobriété du plan, donne au lieu une profondeur particulière. On y devine plusieurs siècles de fréquentation populaire, de processions et de fêtes votives, dans un bourg qui fut longtemps chef-lieu de canton et carrefour de tout le pays de Plouaret.
L’observation attentive de la pierre raconte cette longue histoire. L’édifice est bâti en granite de taille, couvert d’ardoise, matériaux nobles et durables du Trégor qui ont traversé les siècles sans rien perdre de leur caractère. À l’intérieur, la nef à plusieurs travées repose sur des piliers octogonaux soutenant de grandes arcades, sous une charpente de bois apparente qui réchauffe l’ensemble. Le chevet plat s’ouvre par de belles baies de style gothique flamboyant, où le réseau de pierre dessine des motifs étoilés d’une grande finesse. Chaque campagne de travaux a laissé son empreinte, de la fin du Moyen Âge aux remaniements plus récents, si bien que l’architecture se lit comme un livre ouvert sur l’évolution des goûts.
Le clocher mérite à lui seul que l’on s’attarde. Son édification débuta au milieu du XVIe siècle, comme l’atteste une inscription gravée portant la date de 1554, témoignage précieux d’un savoir-faire local. On reconnaît dans son dessin l’influence des maîtres d’œuvre de la Renaissance bretonne, avec des colonnes et des chapiteaux d’inspiration antique qui répondent à la rigueur des proportions. Frappée plus tard par la foudre, sa partie haute fut reconstruite, perpétuant la silhouette qui domine encore le bourg et sert de point de repère dans la campagne. Levant les yeux vers cette tour élancée, on mesure l’ambition d’une communauté paroissiale qui voulut doter son église d’un signal visible de très loin, par-delà les talus et les vallons.
Le mobilier et le décor intérieur réservent de belles surprises à qui prend le temps de regarder. Les sablières sculptées d’une chapelle latérale déroulent un répertoire de motifs où la verve des imagiers bretons s’exprime sans retenue. On y croise des fonts baptismaux anciens richement ornés, une chaire à prêcher accompagnée de sa statue d’ange, des stalles ouvragées et de touchantes représentations de la Pietà ou du Christ aux liens, autant de jalons de la dévotion populaire. Les verrières plus récentes apportent leur lumière colorée et content, à leur manière, des épisodes de la vie des saints chers à la région. L’ensemble compose un véritable conservatoire de l’art sacré trégorrois, où chaque génération a ajouté sa pierre à l’édifice spirituel.
La curiosité la plus singulière se cache sous le porche méridional, où veille depuis la fin du XIXe siècle un groupe sculpté hérité de l’Antiquité : un cavalier dit « à l’anguipède », figure d’un guerrier triomphant d’un être à queue de serpent. Ce vestige gallo-romain, réemployé et conservé par la communauté, fait dialoguer de manière saisissante les croyances anciennes et la foi chrétienne, et passe pour l’un des témoignages les plus remarquables de ce type en Bretagne. Sa présence rappelle que le sol trégorrois fut habité bien avant l’élévation de l’église, et que ce lieu condense, en quelques mètres carrés, plus de deux millénaires de mémoire. Une raison de plus de venir contempler ce sanctuaire au passé exceptionnellement riche.
Le cimetière, d’abord établi autour de l’église, fut déplacé à la périphérie du bourg en 1860-1861. Le sculpteur lannionnais Yves Hernot réalisa alors un calvaire pour le nouveau cimetière, tandis que l’ancien, abandonné, était rasé en 1872 pour agrandir la place.
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