Église Notre-Dame de Croaz-Batz

Patrimoine religieux • Roscoff

Église Notre-Dame de Croaz-Batz

Construite à partir de 1522 à l’initiative des riches armateurs et marchands de Roscoff, l’église Notre-Dame de Croaz-Batz est le témoignage le plus saisissant de la prospérité maritime de cette cité corsaire du Léon. La décision de bâtir un édifice paroissial indépendant remonte à 1515 — une manœuvre audacieuse menée contre l’opposition de l’évêque de Saint-Pol, qui préférait voir les habitants dépendre de sa ville épiscopale. Les armateurs, enrichis par le commerce avec l’Angleterre, l’Espagne et les pays nordiques, financèrent eux-mêmes la construction sur des terres gagnées sur les dunes, près de la croix d’embarcadère qui donnait à l’édifice son nom breton : « Croaz-Batz », la croix du bac vers l’île de Batz.

Le chantier s’étend de 1522 à 1545 pour la nef et les collatéraux, en pur style gothique flamboyant, taillé dans le granit gris de l’île de Batz dont les veines de pegmatite laissent des marques singulières sur les pierres. Ce n’est qu’en 1550 que les habitants obtiennent le droit de baptiser leurs enfants et d’enterrer leurs morts dans l’enclos, et la consécration de l’édifice n’intervient qu’en 1590. Le clocher Renaissance, véritable manifeste d’orgueil maritime, est ajouté entre 1575 et 1576 : ses deux galeries ajourées, ses clochetons finement ciselés dans le granit, sa chambre des cloches surmontée d’un dôme couronné de deux lanternes superposées forment l’une des silhouettes les plus reconnaissables de tout le littoral finistérien. Il s’inspire de la chapelle Notre-Dame-de-Berven et domine le centre historique depuis plus de quatre siècles.

Les façades extérieures sont une leçon de pierre sculptée. Dix-huit crossettes — ces petites consoles structurelles au départ des rampants — représentent des lions, des chiens, des dragons aux ailes de chauve-souris, des angelots tenant des phylactères, des soldats et des notables en costume du temps, sans oublier quelques figures grimaçantes à vocation moralisatrice. Des caravelles de pierre sont encastrées dans les murs, rappel explicite des commanditaires : l’ogive du porche est ornée d’un ange portant un écu aux fleurs de lys et aux hermines de Bretagne. Le plan en croix latine se termine à l’est par un chevet plat, sobre et puissant.

L’intérieur est un cabinet de curiosités de la foi bretonne. La nef et les collatéraux sont couverts d’une fausse voûte lambrissée ; les sablières du chœur portent un décor sculpté foisonnant d’inspiration Renaissance. On y découvre plusieurs retables polychromes datant du XVIIe siècle — du Rosaire, des Agonisants, de Saint-Pierre, de Sainte-Geneviève —, ainsi qu’une chapelle d’albâtre construite en 1634, où sept bas-reliefs en albâtre du XVe siècle, en provenance des ateliers de Nottingham en Angleterre, témoignent des liens commerciaux intenses entre Roscoff et la côte anglaise. Les fonts baptismaux, fondus en 1690 dans un atelier de Landivisiau, sont en étain de Cornouailles. L’orgue actuel, installé en 1888 par le facteur Claus de Rennes et électrifié en 1926, succède à un instrument de 1606 puis à celui du facteur Thomas Harrison (1650). Les quatre cloches sonnantes, coulées en 1939 par la maison Paccard d’Annecy-le-Vieux, portent les noms de Marie-Eugénie, Jeanne, Sainte-Barbe et Sébastienne.

L’enclos paroissial entoure l’église d’un mur de clôture et abrite deux ossuaires dont la présence témoigne de la densité démographique de Roscoff aux siècles passés. Le premier, d’architecture gothique, fut élevé au XVIe siècle pour faire face au manque de place dans le cimetière initial ; le second, dans le style Henri II, date du XVIIe siècle. L’enclos conserve également le monument funéraire de Dorothée Silburne, qui abrita le dernier évêque de Léon réfugié à Londres lors de l’émigration révolutionnaire de 1790. L’ensemble — église, deux ossuaires, enclos et murs de clôture — est classé monument historique par trois décrets successifs : 1886 pour l’église, 1913 pour les ossuaires, 1934 pour l’enclos.

La visite est libre et gratuite pendant les heures d’ouverture diurne, toute l’année. En juillet et août, l’association Sauvegarde du Patrimoine Religieux en Vie propose des visites guidées qui permettent d’accéder aux détails les plus secrets de l’édifice. L’église se trouve au cœur du vieux Roscoff, à deux pas du port, au croisement des ruelles pavées bordées de demeures d’armateurs des XVIe et XVIIe siècles — un ensemble architectural cohérent rare en Bretagne. Depuis la place, le clocher Renaissance offre un cadrage photographique saisissant contre le ciel de la baie de Morlaix. Une messe est célébrée chaque dimanche à 11h pour ceux qui souhaitent vivre l’édifice dans sa dimension vivante.

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