Chapelle de Kelomad

Patrimoine religieux • Plouguiel

Chapelle de Kelomad

La chapelle de Kelomad, dont le nom signifie « bonne nouvelle » en breton, est une chapelle basse au toit retombant, coiffée d’un clocheton. Elle remplace vraisemblablement un édifice plus important et rappelle la victoire de la population locale contre les Anglais en 1341.

Tombée en ruine durant la Révolution, elle devint bien communal en 1903 avant d’être reconstruite au début du XXe siècle, retrouvant ainsi sa vocation.

Au gré d’une promenade dans la campagne de Plouguiel, la silhouette trapue de la chapelle se devine entre les talus et les haies bocagères du Trégor. Ce coin de presqu’île, étiré entre le Jaudy et le Guindy, a toujours vécu au rythme de la mer et de la terre, et les petits sanctuaires y jalonnent le paysage comme autant de repères familiers. Kelomad appartient à cette famille d’édifices modestes mais attachants, bâtis au plus près des hameaux pour rassembler les habitants. Sa proximité avec Tréguier, ancienne cité épiscopale et capitale spirituelle du Trégor, l’inscrit dans un réseau dense de chapelles, de fontaines et de calvaires qui font de ce pays l’un des plus riches de Bretagne en patrimoine religieux de proximité.

La mémoire locale rattache la fondation de la chapelle à un voeu prononcé après la victoire de 1341, un épisode de la longue guerre de Succession de Bretagne qui déchira le duché entre les maisons de Blois et de Montfort. La tradition prête à un seigneur du lieu la promesse d’élever un sanctuaire pour rendre grâce, édifice qui aurait été construit au début du XVe siècle, une fois les combats apaisés. Cette origine guerrière, transmise de génération en génération, explique l’attachement particulier des Plouguielais à leur chapelle. Sans céder à la légende, on retiendra que Kelomad incarne cette manière bretonne de mêler l’histoire des batailles, la dévotion populaire et le sentiment d’appartenance à une communauté soudée autour de son saint protecteur.

L’architecture de l’édifice mérite qu’on s’y attarde. Sa toiture descendant très bas, presque jusqu’au regard, donne à l’ensemble une allure ramassée et chaleureuse, typique des chapelles rurales construites en moellons de granit du pays. Le clocheton qui la coiffe, discret, abrite la cloche dont la sonnerie rythmait autrefois les pardons et les offices. À l’intérieur, l’espace reste sobre, à l’image de ces lieux pensés pour la prière et le rassemblement plus que pour l’ostentation. Les reconstructions successives ont préservé cet esprit d’humilité tout en consolidant les murs et la charpente. C’est précisément cette simplicité qui fait le charme de Kelomad : on y ressent, sans détour, la patine du temps et la ferveur des paysans qui l’ont entretenue.

Devant l’enclos, le calvaire constitue sans doute l’élément le plus remarquable de l’ensemble. Surmontant une colonne, le bloc sculpté présente sur une face le Christ en croix, et sur l’autre une émouvante Descente de croix où la Vierge, assise, recueille le corps de son fils, entourée d’anges. Ce type de monument, omniprésent dans le Trégor et le Léon, témoigne d’un art statuaire breton d’une grande expressivité, où la pierre se fait récit. Les calvaires servaient de stations lors des processions et offraient au plus humble des fidèles une lecture vivante des Écritures. Prendre le temps d’en faire le tour, d’en détailler les visages et les drapés, c’est entrer dans la sensibilité religieuse de la Bretagne d’autrefois.

Aujourd’hui, la chapelle doit beaucoup au dévouement des associations de sauvegarde et au soutien de la commune, qui veillent à transmettre ce témoin fragile aux générations futures. Les campagnes de restauration menées sur la toiture, les murs et le mobilier ont permis de lui rendre sa dignité, et la cloche a retrouvé sa place après bien des décennies de silence. Visiter Kelomad, c’est donc aussi saluer cet effort collectif de préservation, si caractéristique des petites communes bretonnes attachées à leur héritage. Pour qui souhaite découvrir le Trégor authentique, loin des sites les plus fréquentés, cet ensemble offre une halte paisible et chargée de sens, où patrimoine, paysage et mémoire se rejoignent en quelques mètres carrés.

Devant l’enclos se dresse un remarquable calvaire, qui complète l’intérêt de ce petit ensemble religieux du Trégor.

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