Aqueduc du Guindy
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C’est Adrien d’Amboise, évêque de Tréguier, qui initia au XVIIe siècle la construction de cet aqueduc, près du village du Guindy, afin d’approvisionner la ville en eau courante.
Inscrit au titre des monuments historiques depuis 1931, l’ouvrage déploie huit arches en plein cintre. C’est l’élément le plus visible d’un réseau d’adduction long de huit kilomètres.
La décision de bâtir cet ouvrage remonte à 1610, sous le règne de Louis XIII, et les plans en furent confiés au peintre Charles Symons. Les travaux s’étalèrent sur plus d’une décennie : le réseau fut opérationnel vers 1623, date que confirment les inscriptions portées sur les fontaines associées. Mené à bien sous la direction de personnalités locales, le chantier représentait pour l’époque une prouesse technique considérable, destinée à doter la cité épiscopale d’une alimentation en eau fiable. Le financement reposa notamment sur les revenus de l’octroi, ces taxes prélevées sur le commerce du vin et sur le trafic du port. L’aqueduc témoigne ainsi de l’ambition d’une ville prospère, soucieuse de son confort et de son rayonnement.
L’ouvrage qui franchit la vallée se distingue par sa robustesse autant que par son élégance. Long d’une cinquantaine de mètres, il s’élève jusqu’à une quinzaine de mètres au-dessus du lit de la rivière au niveau de sa pile centrale, à marée basse. Ses huit arches reposent sur des piles massives, équipées d’avant-becs triangulaires destinés à fendre le courant et à protéger la maçonnerie. Les bâtisseurs ont eu recours à un appareillage mêlant le schiste, le granit et le grès, matériaux disponibles dans les environs immédiats. À son sommet courait le chenal qui acheminait l’eau, sur une largeur réduite. Cette silhouette à la fois trapue et rythmée par la succession des arches en fait l’un des ouvrages d’art les plus photographiés de la vallée.
L’aqueduc n’est en réalité que la partie émergée d’un système d’adduction plus vaste et ingénieux. L’eau captée cheminait à travers une succession de réservoirs de pierre munis de portes verrouillables, qui permettaient de réguler la pression sur le parcours. Une partie du tracé se faisait à ciel ouvert, à travers champs, tandis que des conduites souterraines, plus tard en fonte, distribuaient l’eau dans les rues de la ville. Ce dispositif témoigne d’une maîtrise hydraulique remarquable pour le XVIIe siècle, capable de compenser les dénivelés et de maintenir un débit régulier jusqu’au centre urbain. L’ensemble illustre la manière dont les ingénieurs de l’époque savaient tirer parti du relief et de la pente naturelle pour conduire l’eau sur plusieurs kilomètres sans pompe.
Tout près de l’aqueduc se dressait le moulin de l’Évêque, qui devait son nom à son ancien propriétaire, le seigneur évêque de Tréguier, avant la Révolution. Sa roue tournait au fil du Guindy et le moulin demeura en activité jusqu’au milieu du XXe siècle, vers 1958. Ce voisinage rappelle que la vallée concentrait autrefois de nombreux usages de l’eau, entre adduction, mouture du grain et travail du lin. Non loin, le moulin de Kerousy moulait encore le grain et le lin au XIXe siècle. La présence de ces installations confère au site une épaisseur patrimoniale particulière, où l’ouvrage monumental dialogue avec une activité artisanale plus modeste mais tout aussi représentative de l’économie rurale d’antan.
L’aqueduc connut au fil des siècles plusieurs campagnes d’entretien, parmi lesquelles d’importantes réparations au début des années 1760, puis une restauration au tout début du XIXe siècle. Sa fonction première s’éteignit au milieu du XXe siècle, lorsque de nouvelles ressources en eau, captées notamment du côté de Camlez, prirent le relais pour desservir la ville. Délaissé par les usages quotidiens, l’ouvrage est aujourd’hui apprécié pour sa valeur patrimoniale et paysagère, et constitue l’un des points de mire des sentiers qui suivent les méandres boisés de la rivière. Niché dans un écrin de verdure, à courte distance du hameau du Guindy, il offre un but de promenade autant qu’un sujet d’admiration pour les amateurs d’histoire et d’architecture.
Ce réseau reliait le réservoir de la fontaine de Créven, à Plouguiel, à celui de la fontaine du Martray, à Tréguier, à proximité de la cathédrale Saint-Tugdual.