Abbatiale Saint-Sauveur de Redon
Patrimoine religieux • Redon

Au confluent de l’Oust et de la Vilaine, au cœur de Redon, l’abbatiale Saint-Sauveur dresse une silhouette que l’on reconnaît de loin : un clocher gothique élancé, haut de 57 mètres, flèche hexagonale ornée de crochets, séparé de l’église depuis l’incendie de 1780 qui ravagea cinq travées de la nef. Cette singularité architecturale — deux bâtiments distincts, l’un roman, l’autre gothique — est le premier signe que le monument a traversé plus d’un millénaire d’histoire mouvementée. L’abbaye fut fondée en 832 par le moine Conwoïon, qui quitta Vannes avec cinq compagnons pour établir une communauté bénédictine en ce lieu stratégique, à la croisée des voies fluviales de Bretagne. Deux ans plus tard, Nominoë, premier roi de Bretagne, et l’empereur carolingien Louis le Pieux confirmaient officiellement la fondation, garantissant à l’abbaye une protection royale qui allait durablement assurer son rayonnement.
Tout au long du Moyen Âge, Saint-Sauveur de Redon fut l’un des foyers religieux et culturels les plus puissants de la péninsule armoricaine, supervisant jusqu’à 27 prieurés et 12 paroisses dispersés sur tout le territoire breton. La communauté possédait des marais salants à Guérande, des terres agricoles, des droits seigneuriaux. Elle attira également des pèlerins venus vénérer les reliques de saint Marcellus, un pape martyr dont la présence renforçait le prestige de l’abbaye dans toute la chrétienté occidentale. Le cartulaire de l’abbaye, conservé précieusement, recense quelque 2 100 noms de personnes et 800 noms de lieux du IXe siècle : une source exceptionnelle pour comprendre la société carolingienne en Bretagne.
L’architecture de l’édifice est un véritable palimpseste de siècles superposés. La nef romane remonte au XIe siècle, réduite à six travées après le sinistre de 1780 ; ses arcs en plein cintre et ses proportions massives respirent la solidité des premières constructions monastiques. Le transept, édifié vers 1100-1130, est considéré comme unique en Bretagne : sa tour de croisée s’inspire directement des grandes constructions d’Aquitaine, avec une coupole sur trompes qui étonne par sa parenté avec les monuments du Périgord. Le chevet gothique, reconstruit après un incendie en 1230 et achevé dans le dernier tiers du XIIIe siècle, déploie une élégante abside entourée d’un déambulatoire et de cinq chapelles rayonnantes. C’est depuis le Cours Clemenceau que l’on perçoit le mieux cet ensemble, les contreforts saillants et les lignes tendues du chevet se détachant sur le ciel.
L’intérieur réserve plusieurs trésors à qui prend le temps de les chercher. Le maître-autel baroque (1634-1636), monumental retable de dix-huit mètres de hauteur, fut commandé sous l’abbatiat du cardinal de Richelieu, nommé abbé commendataire en 1622 : c’est lui qui fit reconstruire le cloître du XVIIe siècle, dont les portes sont surmontées de frontons ornés aux armes de France, de Bretagne, de la Congrégation de Saint-Maur et de Richelieu lui-même. Les chapelles latérales méritent une attention particulière : la chapelle Saint-Conwoïon abrite un mausolée des XIVe-XVe siècles ; la chapelle de la Rouardais renferme la sépulture de Pierre de l’Hospital, président du Parlement de Bretagne ; les absidioles présentent de remarquables céramiques Art déco réalisées au XXe siècle par l’atelier Odorico. Une mention spéciale aussi pour le duc Alain Fergent, qui se retira dans l’abbaye en 1112 et y mourut en 1119 : son souvenir imprègne encore les lieux.
La visite est libre et gratuite pour l’abbatiale elle-même, accessible toute l’année. Le cloître, intégré au lycée privé Saint-Sauveur qui occupe les bâtiments conventuels depuis 1839, peut être parcouru pendant la journée. Pour aller au-delà des apparences et comprendre les strates successives du monument, les visites guidées proposées par l’office de tourisme du Pays de Redon sont recommandées ; elles offrent une lecture croisée de l’histoire religieuse, politique et architecturale de Redon. Entièrement couvert, le site se visite par tous les temps, et l’acoustique de la nef — mise en valeur lors de concerts et de répétitions d’orgue — ajoute à l’atmosphère du lieu. Pour les passionnés d’histoire bretonne, l’abbatiale est un point de départ idéal avant d’explorer le centre médiéval de Redon et les bords de la Vilaine.
À découvrir aussi
📸 Photos des membres
Aucune photo pour l'instant — soyez le premier à partager la vôtre !
💬 Donnez votre avis sur Abbatiale Saint-Sauveur de Redon
Votre avis sera visible après validation par l’équipe.
Aucun avis pour l’instant — soyez le premier à partager votre expérience !

