Passerelle Saint François

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Ce pont suspendu au-dessus du Guindy a remplacé, en 1834, l’ancien bac qui assurait la liaison entre Tréguier et Plouguiel. Le nom du lieu rappelle l’implantation, à proximité, d’un couvent de franciscains, présent jusqu’à la Révolution française.

La passerelle Saint-François est l’un des derniers témoins de l’essor de la charpente métallique en France au XIXe siècle, une prouesse technique pour son époque.

L’histoire du lieu plonge dans un passé bien antérieur à la construction de la passerelle actuelle. Dès le Moyen Âge, un passage permettait de franchir le cours d’eau à cet endroit, et l’on sait qu’un bac, parfois appelé passe-cheval, y était en activité. Ce service de traversée procurait des revenus au couvent des Frères mineurs établi sur la rive opposée, à Plouguiel, dont la présence a durablement marqué la mémoire des lieux et donné son nom à la passerelle. Le souvenir de cette communauté franciscaine, disparue à la Révolution française, témoigne de l’ancienneté de l’occupation religieuse de ce site stratégique, où l’on franchissait depuis des siècles la rivière qui sépare la cité épiscopale de sa voisine.

Tréguier, à laquelle la passerelle conduit, compte parmi les plus belles cités de caractère de Bretagne. Ancienne ville épiscopale, elle s’enorgueillit de sa cathédrale Saint-Tugdual, chef-d’œuvre gothique dont le cloître figure parmi les plus admirés de la région, et demeure indissociable de la mémoire de saint Yves, patron des avocats et des hommes de loi, né tout près de là. Ses ruelles pavées, ses maisons à pans de bois et son port nichés au creux de l’estuaire composent un ensemble d’une grande harmonie. Découvrir la passerelle, c’est donc aussi s’offrir une porte d’entrée vers ce patrimoine urbain remarquable, témoin de la richesse historique du Trégor et de son rayonnement spirituel à travers les siècles.

L’ouvrage lui-même séduit par son intérêt technique autant que par son élégance. Sa structure suspendue, où un tablier de bois est relié par de nombreux suspentes métalliques à des câbles porteurs ancrés sur chaque rive, illustre les progrès accomplis au XIXe siècle dans l’art de la construction en fer. À une époque où ce type d’ouvrage représentait une véritable prouesse, ces ponts suspendus se multiplièrent en France, ouvrant la voie à l’essor de l’ingénierie moderne. La passerelle Saint-François figure parmi les derniers témoins de cette aventure industrielle, ce qui lui confère une valeur patrimoniale particulière. Restaurée à l’identique au début des années 2010 pour assurer sa pérennité, elle continue de relier les deux rives dans le respect de son esprit d’origine.

La position de la passerelle au-dessus du Guindy offre un cadre naturel d’une grande douceur. La rivière, qui rejoint un peu plus loin le Jaudy pour former le large estuaire menant à la mer, dessine ici un méandre paisible bordé de rives verdoyantes. Au gré des marées, le paysage se transforme, alternant miroir d’eau étale et vasières luisantes où s’attardent les oiseaux. Depuis le tablier, la vue embrasse ce décor estuarien apaisant, propice à la flânerie et à la photographie. Ce dialogue permanent entre l’eau, le ciel et la végétation confère au site une atmosphère sereine, très appréciée des promeneurs qui font halte pour contempler ce paysage typique du littoral nord de la Bretagne, entre terre et mer.

Aujourd’hui dévolue à la mobilité douce, la passerelle s’est trouvé une seconde jeunesse au cœur des grands itinéraires de découverte qui sillonnent la région. Elle s’inscrit à la fois sur le tracé du GR34, le célèbre sentier des douaniers prisé des randonneurs, et sur celui de l’EuroVelo 4, également connue sous le nom de Vélomaritime, longue véloroute qui suit le littoral de la Manche. Cette double vocation en fait un point de passage privilégié pour les marcheurs comme pour les cyclistes en quête d’authenticité, qui y trouvent une étape chargée d’histoire au fil de leur périple. Franchir la passerelle, c’est ainsi relier le plaisir de l’effort à celui de la découverte patrimoniale, dans un esprit de tourisme doux parfaitement accordé à l’identité du Trégor.

Aujourd’hui réservée aux piétons et aux cyclistes, elle s’inscrit sur les itinéraires du GR34 et de l’EuroVelo 4, tandis que le Pont Noir, non loin de la confluence, assure la circulation routière.