Le Phare des Héaux de Bréhat
Phares & sémaphores • Pleubian

Planté en pleine mer au large du Sillon de Talbert, le phare des Héaux de Bréhat s’élève en granit sur cinquante-sept mètres. Il fut érigé de 1836 à 1839 sur un banc de rochers battu par des courants violents, ce qui rendit le chantier particulièrement délicat.
Décapité en 1944 par l’occupant à hauteur du huitième étage, il fut ensuite réparé puis surélevé d’un niveau. Électrifié en 1979, il fut automatisé en 1982, entraînant le départ de ses derniers gardiens.
La construction fut confiée à l’ingénieur Léonce Reynaud, alors âgé d’à peine trente-deux ans, à qui la Commission des phares avait donné une mission redoutable : élever une tour en haute mer sur un plateau de rochers, les « épées de Tréguier », qui n’émergeaient qu’à marée basse. Pour y parvenir, l’ingénieur fit d’abord bâtir, entre deux rochers, une plateforme maçonnée d’environ quatre-vingts mètres carrés s’élevant à quatre mètres au-dessus des plus hautes eaux, afin de loger sur place la soixantaine d’ouvriers du chantier. Cette base de vie permit de poursuivre les travaux entre deux marées et par tous les temps, dans un isolement complet, au milieu d’un plateau rocheux que les courants recouvraient deux fois par jour.
La technique retenue témoigne d’une grande ingéniosité. Le granit était extrait et taillé à terre, sur la Côte de Granit rose, par le tailleur Henri Mangel, puis chaque bloc était numéroté avant d’être acheminé par mer jusqu’à l’écueil et assemblé sur place comme les pièces d’un immense puzzle de pierre. Ce procédé limitait le temps passé sur le rocher, où la moindre tempête pouvait interrompre le travail pendant des semaines. L’édifice devait en effet résister aux assauts de l’Atlantique sur l’un des passages les plus dangereux de la côte nord de la Bretagne, là où se croisent les courants violents de la Manche.
Le chantier connut d’innombrables difficultés. Plusieurs entrepreneurs renoncèrent à leur marché devant les dangers, la pose de la première pierre fut repoussée à cause du mauvais temps, des arrêts de travail interrompirent les opérations à l’automne 1838 et le budget initial fut largement dépassé. Il fallut près de quatre années pour mener l’ouvrage à son terme, dans des conditions de travail particulièrement éprouvantes pour les hommes du chantier, à la merci de la mer et des intempéries. Le résultat reste l’une des prouesses de l’ingénierie maritime du XIXe siècle, à l’égal des grands phares en mer de la pointe bretonne.
Aujourd’hui, le phare signale l’extrémité ouest de la baie de Saint-Brieuc et marque l’entrée du chenal du Trieux, qui conduit vers l’île de Bréhat. Classé au titre des monuments historiques depuis 2011, il demeure l’un des grands phares en mer emblématiques du littoral trégorrois.
Pour l’apercevoir, le meilleur poste d’observation reste le Sillon de Talbert, longue flèche naturelle de galets et de sable qui s’avance sur près de trois kilomètres dans la mer et constitue l’un des sites protégés les plus singuliers de la région. De son extrémité, par temps clair, la silhouette élancée du phare se dessine à l’horizon, posée au milieu des flots. Les vedettes qui sillonnent l’archipel de Bréhat passent également à bonne distance de l’édifice et permettent d’en mesurer, depuis la mer, l’isolement et la prestance au cœur d’un paysage maritime grandiose.
À l’intérieur, l’escalier compte deux cent quarante-quatre marches de granit et de fonte. Posté en pleine mer, le phare ne se laisse toutefois pas approcher facilement.
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