Chapelle Saint-Joseph
Patrimoine religieux • Lannion

Au XIXe siècle, la petite chapelle de l’ordre des Capucins, édifiée au début du XVIIe siècle, est utilisée par les Frères des écoles chrétiennes et leurs élèves.
Au début du XXe siècle, les Frères sont expulsés en application des lois de laïcité. En 1907, les prêtres séculiers du Petit séminaire de Tréguier, confisqué par l’État, viennent s’installer dans les locaux vacants de Lannion, donnant naissance à l’institution Saint-Joseph.
La chapelle Saint-Joseph de Lannion occupe une place à part dans le patrimoine religieux breton, car elle ne relève pas de l’architecture ancienne mais d’une création résolument moderne du XXe siècle. Édifiée au cœur des années 1930, à l’emplacement d’un édifice plus ancien lié à l’ordre des Capucins, elle est l’œuvre majeure de l’architecte James Bouillé, installé à Perros-Guirec. Lannion, capitale du Trégor blottie dans la vallée du Léguer, offre à ce monument singulier un écrin urbain riche d’histoire. Loin des chapelles rurales de granite gris semées dans la campagne, Saint-Joseph propose une expérience visuelle inattendue, fruit d’une ambition artistique forte et d’une volonté de renouveler en profondeur l’art sacré en terre bretonne.
James Bouillé n’était pas un architecte isolé : membre depuis 1928 des Seiz Breur, ce mouvement artistique breton cherchant à concilier tradition et modernité, il cofonda en 1929 l’Atelier breton d’art chrétien avec le peintre Xavier de Langlais. Cet atelier fonctionnait à la manière d’une confrérie de bâtisseurs médiévale, réunissant tous les corps de métier et donnant la priorité aux artisans locaux. La chapelle de Lannion porte la marque de cette démarche collective : autour de Bouillé se rassemblèrent peintres, sculpteurs, maîtres verriers, ébénistes et ferronniers, chacun apportant son savoir-faire. Cette aventure artistique illustre le bouillonnement créatif de la Bretagne de l’entre-deux-guerres, soucieuse d’affirmer une identité culturelle propre tout en s’ouvrant aux formes nouvelles de son époque.
L’intérieur de la chapelle surprend par ses formes, sa lumière et ses couleurs, bien éloignées de la gravité habituelle des sanctuaires. La voûte elliptique, réalisée en béton armé d’un bleu pervenche lumineux, crée un univers frais et joyeux, particulièrement adapté à un public de jeunes élèves. Cette audace technique et chromatique faisait de l’édifice une véritable expérimentation pour son temps. Les vitraux, conçus par les frères Rault de Rennes, mettaient en œuvre une technique alors totalement inédite, tandis que Xavier de Langlais réalisait un chemin de croix d’une grande force expressive ainsi qu’une vaste fresque au chevet. L’ensemble compose une œuvre d’art totale, où architecture, peinture, verre et mobilier dialoguent dans une cohérence remarquable, propre à la philosophie de l’Atelier breton.
Cette réalisation s’inscrit dans le renouveau de l’art breton qui marqua les années précédant la guerre, dans une veine proche de l’Art déco mais nourrie d’inspiration régionale. James Bouillé y déploya une sensibilité conjuguant lignes épurées, recherche de luminosité et références à l’identité bretonne. Autour de lui gravitèrent des figures majeures de ce mouvement, parmi lesquelles le sculpteur Le Bozec et des artisans lannionnais qui contribuèrent à la maçonnerie, à l’ébénisterie et à la ferronnerie. Cette collaboration entre talents complémentaires donna naissance à l’une des œuvres les plus abouties de l’architecte. La chapelle Saint-Joseph apparaît ainsi comme un manifeste, témoignant de la vitalité d’une génération d’artistes déterminés à inventer un art sacré moderne et profondément enraciné dans leur région.
Reconnue pour sa valeur patrimoniale et inscrite au titre des Monuments historiques, la chapelle demeure le cœur de l’institution scolaire née au début du XXe siècle. Sa découverte offre au visiteur une perspective rare sur l’art breton du XXe siècle, complément précieux aux innombrables édifices anciens qui parsèment le Trégor. À Lannion, ville d’art et d’histoire dont le bâti ancien séduit déjà les promeneurs, Saint-Joseph ajoute une note singulière et lumineuse, témoignant de la capacité de la Bretagne à se réinventer sans renier son héritage. Pour qui s’intéresse à la création contemporaine autant qu’au patrimoine traditionnel, ce sanctuaire constitue une étape éclairante, à la croisée de la foi, de l’art et de l’identité régionale.
L’établissement prospérant, la chapelle existante s’avère trop petite : on fait alors appel à l’architecte local James Bouillé, installé à Perros-Guirec.
À découvrir aussi
📸 Photos des membres
Aucune photo pour l'instant — soyez le premier à partager la vôtre !
💬 Donnez votre avis sur Chapelle Saint-Joseph
Votre avis sera visible après validation par l’équipe.
Aucun avis pour l’instant — soyez le premier à partager votre expérience !
Dans la même catégorie
Chapelle des UrsulinesLannion · à 150 m
Eglise Saint-Jean du Baly et son calvaireLannion · à 500 m
Eglise de la Trinité de BrélévenezLannion · à 750 m
Eglise Saint-Ivy de Loguivy-lès-LannionLannion · à 1 km
