Chapelle Saint-Goulven

Patrimoine religieux • Lanvellec

Chapelle Saint-Goulven

L’actuelle chapelle Saint-Goulven, à Lanvellec, date du XVIIe siècle mais réemploie des éléments de la fin du XVe ou du début du XVIe siècle. Chapelle seigneuriale, elle fut fondée par la famille de Quemper de Lanascol, originaire de Ploumilliau, dont les armoiries sont visibles sur le chevet.

Restaurée en 1843 puis en 1983, elle conserve un retable exceptionnel en bois sculpté et peint du XVIIe siècle, figurant la Cène en haut-relief.

La chapelle est placée sous le patronage de saint Goulven, figure vénérée de la Bretagne ancienne, que la tradition rattache à l’évêché de Saint-Pol-de-Léon aux temps lointains de l’évangélisation. La légende lui prête une vie d’ermite consacrée à la prière et à la charité, ainsi qu’un rôle protecteur auprès des populations menacées par les incursions venues de la mer. En reconnaissance de ses bienfaits, il aurait reçu un domaine dont l’étendue correspondait à la distance qu’il pouvait parcourir en une journée. Cette dévotion à un saint guérisseur et bienveillant explique l’attachement durable des fidèles, qui se manifeste encore aujourd’hui lors du pardon célébré chaque année, perpétuant une ferveur populaire enracinée dans l’identité spirituelle du Trégor.

Le retable de la Cène constitue assurément le trésor le plus saisissant de la chapelle. Sculpté et peint dans le bois au XVIIe siècle, il met en scène le dernier repas du Christ avec un relief profond et un grand sens du mouvement, dans la tradition des retables baroques bretons qui ornent tant de sanctuaires de la région. La particularité de cette œuvre tient au nombre inhabituel de personnages représentés : neuf seulement, là où la scène en compte habituellement treize. Ce détail intrigant, sur lequel s’interrogent volontiers les visiteurs, ajoute une part de mystère à la contemplation de l’ensemble. Les couleurs préservées et la finesse du travail témoignent du talent des imagiers qui œuvraient alors au service de la piété populaire bretonne.

Chapelle seigneuriale par excellence, l’édifice porte la marque de la famille de Quemper de Lanascol, qui en assura la fondation et dont les armoiries se lisent encore sur le chevet. Ces chapelles privées, élevées par la noblesse locale, illustrent une pratique répandue dans la Bretagne d’Ancien Régime, où les grandes familles affirmaient leur rang et leur dévotion en dotant la paroisse de lieux de culte richement ornés. Restaurée au XIXe siècle, puis de nouveau dans les années 1980, la chapelle a traversé les époques en conservant son caractère et son atmosphère recueillie. Sa fontaine, datée du milieu du XVIIe siècle, complète l’ensemble et rappelle l’importance des sources sacrées dans la tradition bretonne, souvent associées à la guérison et à la protection.

Lanvellec jouit par ailleurs d’une renommée musicale qui dépasse largement les frontières du Trégor. Le bourg abrite en effet un orgue exceptionnel construit au milieu du XVIIe siècle par Robert Dallam, facteur d’orgues anglais qui trouva refuge en Bretagne durant les troubles religieux de son pays. Cet instrument remarquable, l’un des plus anciens conservés en France, est au cœur d’un festival de musique ancienne créé dans les années 1980 et désormais reconnu bien au-delà de la région. Chaque automne, des interprètes venus de toute l’Europe font revivre les répertoires baroques dans une ambiance d’exception. Visiter la chapelle Saint-Goulven s’inscrit ainsi dans la découverte d’une commune au patrimoine d’une densité surprenante, où histoire, art sacré et musique se répondent.

Située au cœur du bocage trégorrois, dans un environnement rural paisible parsemé de talus, de chemins creux et de hameaux anciens, la chapelle invite à une halte hors du temps. Le calme des lieux, la qualité de l’air et la douceur des paysages alentour en font une étape idéale pour qui souhaite mêler découverte patrimoniale et promenade dans la campagne bretonne. Loin de l’agitation des sites les plus fréquentés, ce sanctuaire discret récompense le visiteur curieux par son authenticité et la richesse de ses détails. Il témoigne de ce maillage dense de chapelles qui ponctue le territoire breton, héritage d’une foi populaire vivace dont chaque édifice raconte un fragment, offrant aux amateurs de patrimoine une succession de découvertes toujours renouvelées.

Curiosité de l’œuvre, ce dernier repas du Christ avec ses apôtres n’y compte que neuf personnages, détail intrigant qui retient l’attention des visiteurs.

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