Chapelle Saint-André de la Ville Blanche
Patrimoine religieux • Rospez

La chapelle Saint-André de la Ville-Blanche, aussi appelée chapelle de Kergwen, se situe à la limite de la paroisse de Rospez, non loin de Brélévenez. Une croix et une fontaine complètent l’ensemble.
Dédiée d’abord à saint André puis à Notre-Dame-de-Pitié, elle est de fondation seigneuriale : en 1628, le seigneur de Boisguezennec y est associé, ses armoiries figurant sur la maîtresse-vitre.
La chapelle Saint-André de la Ville-Blanche se découvre à Rospez, petite commune des Côtes-d’Armor située aux portes de Lannion, dans le Trégor. Tout proche, le quartier de Brélévenez, ancienne paroisse aujourd’hui rattachée à Lannion, est lui-même réputé pour son église perchée et son grand escalier de pierre qui grimpe vers le sanctuaire. Dans ce paysage de campagne trégorroise, fait de talus, de chemins creux et de hameaux dispersés, la chapelle occupe une position discrète, à la limite de la paroisse. Loin des grands axes, elle compose avec sa croix et sa fontaine un ensemble caractéristique du petit patrimoine religieux breton, où chaque pierre raconte la dévotion des habitants et la longue histoire spirituelle de ce coin de Bretagne.
L’édifice conserve des éléments architecturaux anciens qui témoignent de plusieurs siècles de construction. La porte occidentale, en arc brisé et chanfreinée, remonterait à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle, tandis qu’une porte méridionale en plein cintre, ornée de griffes, daterait plutôt de la fin du XVIe ou du début du XVIIe siècle. La maîtresse-vitre, percée au chevet, présente un remplage gothique caractéristique de la fin du XVe siècle. Le sol lui-même recèle des trésors discrets : il réemploie d’anciennes dalles funéraires médiévales, dont l’une porte une croix pattée et des entrelacs d’inspiration celtique. Cet assemblage d’époques différentes fait de la chapelle un petit livre de pierre, où se lisent les remaniements successifs et la patiente histoire du lieu.
Le statut de fondation seigneuriale de la chapelle éclaire son histoire et son rôle dans la communauté. En 1628, le seigneur de Boisguezennec y est associé, signe que de grandes familles locales avaient à cœur d’entretenir et de marquer de leur empreinte ce sanctuaire. Leurs armoiries figuraient ainsi sur la maîtresse-vitre, affirmant à la fois leur piété et leur rang. Ce lien entre noblesse et lieu de culte était fréquent dans la Bretagne d’Ancien Régime, où chapelles et fondations témoignaient du prestige des lignages. Pour le visiteur d’aujourd’hui, ces traces héraldiques offrent une plongée dans la société rurale d’autrefois, rappelant que ces modestes édifices étaient aussi des lieux de mémoire familiale, soigneusement transmis et embellis de génération en génération.
La double dédicace de la chapelle, d’abord à saint André puis à Notre-Dame-de-Pitié, raconte l’évolution de la dévotion locale. Saint André, l’apôtre pêcheur, est une figure familière des chapelles bretonnes, tandis que Notre-Dame-de-Pitié, représentation de la Vierge éplorée tenant le corps du Christ, incarne une piété tournée vers la compassion et le réconfort. Ce glissement d’un patronage à l’autre illustre la vitalité des cultes populaires, qui se transforment au fil des siècles selon les sensibilités. Près de l’édifice, la fontaine de dévotion ajoute une dimension supplémentaire : selon la tradition, son eau aurait eu le pouvoir de soulager les enfants atteints de la coqueluche. Ces croyances guérisseuses, attachées aux sources sacrées, sont une caractéristique forte du patrimoine religieux du Trégor.
Approcher cette chapelle, c’est donc embrasser d’un même regard l’architecture, la fontaine et la croix qui forment un ensemble cohérent, posé au fil des chemins de Rospez. Le lieu se prête à une halte paisible, propice à la contemplation, loin de l’effervescence des sites les plus fréquentés du littoral tout proche. On y mesure le soin avec lequel les communautés rurales ont, au fil des siècles, érigé et préservé ces édifices au cœur de la campagne. Pour qui aime sortir des sentiers battus et goûter l’atmosphère intime du petit patrimoine breton, la chapelle Saint-André de la Ville-Blanche offre une parenthèse de calme et d’histoire. Reste un rendez-vous singulier qui rythme la vie du sanctuaire et lui rend, le temps d’une journée, toute son animation.
Discrète le reste de l’année, la chapelle n’ouvre généralement qu’une fois par an, à l’occasion de son pardon.
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