Chapelle Notre-Dame de Pitié

Patrimoine religieux • La Roche-Jaudy

Chapelle Notre-Dame de Pitié

Haut lieu historique de La Roche-Derrien, la chapelle Notre-Dame de Pitié évoque la bataille de 1347, considérée comme la première bataille de la guerre de Succession du duché de Bretagne.

Elle s’élève sur le coteau dit des Mézeaux, à l’emplacement d’un moulin à vent au pied duquel Charles de Blois fut fait prisonnier lors du combat. La tradition veut qu’un if séculaire, déraciné par la tempête de 1999, y ait été planté par Du Guesclin en souvenir de Charles de Blois.

Pour saisir toute la portée de ce lieu, il faut remonter à la guerre de Succession de Bretagne, ce long conflit ouvert en 1341 à la mort du duc Jean III, disparu sans héritier direct. Deux prétendants s’affrontèrent alors : Jean de Montfort, soutenu par le roi d’Angleterre, et Charles de Blois, époux de Jeanne de Penthièvre, appuyé par le roi de France. Imbriquée dans la guerre de Cent Ans qui opposait les deux couronnes, cette querelle dynastique ensanglanta la Bretagne durant plus de vingt ans. La Roche-Derrien, place forte du Trégor commandant le passage sur le Jaudy, se trouva au cœur de ces déchirements. C’est dire si la colline qui domine la cité porte la mémoire d’un épisode décisif, où se jouèrent à la fois le destin du duché et l’équilibre des forces entre la France et l’Angleterre.

La bataille livrée en 1347 sous les murs de la ville reste l’un des affrontements les plus marquants de cette guerre fratricide. Charles de Blois avait mis le siège devant la place avec plusieurs milliers d’hommes, établissant des camps retranchés autour de la cité. Mais l’attaque nocturne des troupes anglo-bretonnes, conjuguée au sursaut des habitants assiégés qui prirent les armes, renversa le cours du combat. Le prétendant fut blessé, capturé et emmené captif, événement retentissant qui ébranla durablement son camp. La tradition situe précisément le lieu de sa prise au pied d’un moulin à vent dressé sur le coteau, là même où s’élève aujourd’hui la chapelle. Ce point du paysage, modeste en apparence, fixa pour les siècles le souvenir d’un retournement militaire qui fit basculer le rapport de force au profit de la maison de Montfort.

La figure de Charles de Blois ajoute une dimension singulière à ce lieu de mémoire. Neveu du roi de France, ce prince réputé pour sa profonde piété poursuivit sa cause après sa libération, jusqu’à trouver la mort sur le champ de bataille d’Auray en 1364, qui scella la fin de la guerre de Succession. Sa réputation de sainteté lui valut plus tard une grande vénération populaire en Bretagne. Que l’on ait choisi d’élever un sanctuaire marial à l’endroit de sa capture n’a donc rien d’anodin : il s’agissait de sanctifier un site chargé de drame et de sang, de transformer le théâtre d’une défaite en lieu de prière et de recueillement. Cette transmutation du souvenir guerrier en dévotion religieuse est caractéristique de la sensibilité bretonne, qui savait inscrire dans le paysage la mémoire des grandes heures de son histoire.

Le coteau dit des Mézeaux offre, par ailleurs, un point de vue qui aide à comprendre l’importance stratégique de La Roche-Derrien au Moyen Âge. Perchée au-dessus de l’estuaire du Jaudy, la cité contrôlait un axe de circulation essentiel entre la côte et l’intérieur du Trégor, ce qui explique sa convoitise par les belligérants. En gravissant la colline jusqu’à la chapelle, le visiteur embrasse le bourg médiéval, ses ruelles pentues et les méandres de la rivière, et mesure combien le site se prêtait à la guerre comme à la surveillance. Cette lecture du paysage prolonge utilement la visite du sanctuaire : elle relie la pierre de l’édifice à la géographie qui en explique l’emplacement, et fait de la promenade une véritable plongée dans la Bretagne médiévale, là où l’histoire militaire a façonné jusqu’au relief des collines.

Au fil des siècles, la chapelle a su préserver son rôle de gardienne de cette mémoire collective, devenant un repère affectif pour les habitants de la cité. Édifiée puis restaurée par les générations successives, elle perpétue le lien entre la dévotion à Notre-Dame de Pitié et le souvenir des événements de 1347. Les légendes qui s’y rattachent, transmises de bouche à oreille, ont enrichi peu à peu l’aura du lieu et nourri l’imaginaire local. Aujourd’hui, gravir le coteau pour atteindre ce sanctuaire, c’est accomplir un geste à la fois historique et spirituel, dans le sillage de tous ceux qui, depuis des siècles, sont venus s’y recueillir. C’est dans cet esprit que l’on comprend pourquoi un oratoire aurait précédé la chapelle, comme si le site avait, de tout temps, appelé à la prière.

Un oratoire dédié à Notre-Dame de Pitié aurait précédé l’édification de la chapelle sur ce site chargé de mémoire.

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