Chapelle Notre-Dame de Confort / Eglise paroissiale de Confort-Berhet

Patrimoine religieux • Berhet

Chapelle Notre-Dame de Confort / Eglise paroissiale de Confort-Berhet

La chapelle Notre-Dame de Confort, à Berhet, fut fondée en 1523 par les seigneurs du Perrier. Achevée en 1537 et consacrée en 1549, elle fut placée sous le vocable de Notre-Dame. Après une violente tempête, l’architecte Guillaume Lageat la restaura entièrement en 1886.

Une partie de la statuaire est contemporaine de la construction de la chapelle. Le retable du maître-autel, daté de 1715, constitue une œuvre remarquable du sculpteur Vincent Rivoalan et du peintre François Bahic, de Lannion.

Pour comprendre cet édifice, il faut le replacer dans le Trégor du début du XVIe siècle, cette ancienne terre d’évêché rattachée au diocèse de Tréguier et au doyenné de La Roche-Derrien. La paroisse de Berhet est mentionnée dès le XVe siècle, et les seigneurs du Perrier comptaient alors parmi les familles nobles qui marquaient durablement le paysage religieux de la région. En finançant la construction d’une chapelle, ces lignages affirmaient leur prestige autant que leur dévotion : ils y faisaient sculpter leurs armoiries, y aménageaient des enfeus pour leurs sépultures et liaient ainsi leur mémoire à un sanctuaire fréquenté par tout le voisinage. Visiter Notre-Dame de Confort, c’est donc lire en creux l’histoire d’une seigneurie trégorroise et de son attachement à un lieu de prière qu’elle voulait pérenniser au cœur de la campagne.

Le vocable même de la chapelle mérite qu’on s’y arrête. « Confort » ne désigne pas ici le bien-être au sens moderne, mais renvoie au réconfort spirituel que les pèlerins venaient chercher auprès de la Vierge : Notre-Dame de Confort, c’est-à-dire « consolatrice ». Cette dévotion mariale, très répandue en Bretagne, explique l’affluence dont l’édifice fit l’objet au fil des siècles et la générosité des donateurs qui enrichirent peu à peu son mobilier. Au XVIIe siècle, le sanctuaire devint un but de pèlerinage couru, et des indulgences pontificales y furent accordées, témoignant de la place que la chapelle occupait alors dans la piété populaire du Trégor. Cette ferveur ancienne se devine encore aujourd’hui dans l’atmosphère recueillie du lieu, où la statuaire et les autels rappellent la vie spirituelle intense qui anima la communauté paroissiale.

L’architecture de Notre-Dame de Confort relève du gothique tardif breton, ce style qui s’épanouit dans la région entre la fin du Moyen Âge et la Renaissance. Les chantiers de ce type s’étalaient souvent sur plusieurs décennies, comme l’attestent ici les dates de fondation et d’achèvement : on bâtissait au gré des ressources, des dons et des aléas, ce qui donne à ces édifices leur unité progressive et leur caractère. La pierre locale, le granite du Trégor, donne aux murs cette teinte chaude et cette solidité que les siècles n’ont guère entamées. À l’intérieur, le visiteur attentif remarquera la cohérence d’un ensemble où sculpture, charpente et mobilier dialoguent, fruit du savoir-faire des ateliers bretons qui se transmettaient, de génération en génération, l’art de tailler le bois et la pierre pour la gloire de Dieu.

Le retable du maître-autel mérite une attention particulière, car il illustre l’âge d’or du retable lavallois et trégorrois. Au XVIIe et au XVIIIe siècle, les paroisses bretonnes rivalisaient d’ambition pour orner leur chœur de ces grands ensembles sculptés et peints, mêlant colonnes torses, niches abritant des statues de saints et compositions dorées qui captaient la lumière des cierges. Confier l’ouvrage à des artisans réputés de Lannion, ville voisine au rayonnement artistique reconnu, signait la volonté de la fabrique paroissiale de doter son sanctuaire d’une œuvre à la hauteur de sa réputation. Ces retables n’étaient pas de simples décors : ils servaient de support à la prière, racontant aux fidèles, souvent illettrés, les épisodes de la foi à travers l’image. C’est tout un programme spirituel et esthétique que le regard peut encore déchiffrer aujourd’hui.

La restauration menée à la fin du XIXe siècle s’inscrit, elle aussi, dans une histoire plus large : celle du regain d’intérêt pour le patrimoine religieux breton à cette époque, où l’on entreprit de sauver de nombreux édifices fragilisés par le temps et les intempéries. Faire appel à un architecte lannionnais pour rendre à la chapelle son intégrité témoigne de l’attachement que la population continuait de porter à ce monument. Devenu par la suite église paroissiale et reconnu au titre des Monuments historiques, l’édifice a traversé les siècles en conservant l’essentiel de son âme. C’est dans ce contexte de transmission patiente que prend tout son sens la présence, à l’intérieur, du gisant du seigneur fondateur, ultime trace de la famille qui voulut, voici près de cinq cents ans, ancrer ici son souvenir.

Dans un enfeu repose le gisant de Jean du Perrier, mort en 1499, témoin de l’attachement de la famille fondatrice à cet édifice.

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