Chapelle de Saint Méen
Patrimoine religieux • Saint-Quay-Perros

Datant de la première moitié du XVIe siècle, la chapelle Saint-Méen de Saint-Quay-Perros est un édifice seigneurial de style gothique régional, élevé en granit. Un acte de 1538 mentionne la concession de deux tombes aux seigneurs de Kerhingant, en remerciement de leur contribution à sa réédification.
Dotée d’une aile au sud, elle présente à l’ouest un mur-pignon couronné d’un clocher à baie unique, accessible par un escalier.
Le clocher-mur occidental abrite une chambre de cloche et constitue l’élément le plus soigné de l’édifice. Son portail s’orne de deux pinacles surmontant des rampants à crochets, motifs caractéristiques du gothique régional que l’on retrouve sur bien des chapelles du Trégor. Cette ornementation, à la fois sobre et élégante, signale l’ambition des commanditaires malgré les dimensions modestes du sanctuaire. La pierre de granit, abondante sur la Côte de Granit Rose, autorisait ces effets de relief tout en assurant la longévité de la construction face aux embruns. Le grand appareil employé pour le mur-pignon, par opposition au moellon des autres parties, hiérarchise les façades et concentre l’effort décoratif sur la face d’entrée, celle que découvraient d’abord les fidèles arrivant pour les offices ou les pardons.
À l’intérieur, la chapelle a conservé une ancienne porte de tabernacle figurant saint Méen, ainsi que plusieurs statues anciennes représentant le saint patron, la Vierge et saint Sébastien. Ce dernier, invoqué contre la peste et les épidémies, figurait fréquemment dans les sanctuaires bretons en raison des fléaux qui frappaient les campagnes. La présence conjointe de ces effigies illustre la double fonction de la chapelle : lieu de mémoire seigneuriale et foyer de dévotion populaire. À proximité jaillit une fontaine dédiée à saint Méen, réputée pour guérir les affections de la peau telles que la gale ou l’eczéma. Cette association d’une chapelle, d’une fontaine sacrée et d’un saint guérisseur est l’un des traits les plus constants de la religion populaire en Bretagne, où l’eau de source était investie d’un pouvoir thérapeutique.
Saint Méen, dont la chapelle perpétue le nom, fut l’un des moines venus évangéliser la Bretagne au VIe siècle. Disciple de saint Samson et associé au roi Judicaël de Domnonée, il aurait fondé le monastère de Gaël, dont est issue la ville de Saint-Méen-le-Grand. Son culte s’est largement diffusé en Armorique, en particulier comme protecteur contre les maladies de peau, ce qui explique l’attachement des populations rurales à ses fontaines. À Saint-Quay-Perros, des reliques du saint étaient conservées dans l’église principale de la paroisse, ce qui ancrait localement sa vénération. La chapelle prolongeait ainsi un dispositif dévotionnel cohérent, où le sanctuaire seigneurial complétait le rayonnement du saint guérisseur auprès des fidèles du Trégor venus implorer la guérison.
Le manoir de Keringant, qui détenait des droits de prééminence dans la chapelle, est attesté de longue date dans l’histoire de la paroisse. La famille Estienne de Kerhingant y est mentionnée dès le début du XVe siècle parmi la noblesse locale : un Yvon Estienne figure en 1426, un Alain en 1481, puis un Charles en 1503, comparaissant aux montres et aux fouages. Ces seigneurs disposaient dans le sanctuaire d’honneurs et de tombes, signes tangibles de leur rang dans la communauté paroissiale. Cette imbrication étroite entre une lignée nobiliaire et son lieu de culte est caractéristique de la Bretagne d’Ancien Régime, où la chapelle servait à la fois de nécropole familiale, de marqueur de prestige et de cadre de la piété quotidienne des seigneurs et de leurs gens.
Bâtie en grand appareil de granit et entourée de son enclos, la chapelle Saint-Méen demeure un témoin précieux de l’architecture religieuse de la Côte de Granit Rose, où chaque village conservait son sanctuaire de quartier. Son intérêt patrimonial a d’ailleurs été reconnu officiellement au XXe siècle, l’ensemble formé par l’église, le cimetière et le presbytère ayant fait l’objet d’une protection au titre de l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Aujourd’hui intégrée aux promenades patrimoniales de Saint-Quay-Perros, la chapelle se découvre au fil des chemins qui sillonnent la commune, entre bourg et campagne. Elle illustre l’art des bâtisseurs trégorrois, capables de conjuguer la rusticité du granit et la finesse du décor sculpté pour donner à ces petits édifices une présence durable dans le paysage.
Bâti en grand appareil de granit et cantonné de deux contreforts angulaires, ce mur-pignon s’ouvre par une porte en arc surmontée d’une archivolte. Une croix, probablement du XVIIe siècle, complète l’ensemble.
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