Musée Emmanuel de la Villéon

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Musée Emmanuel de la Villéon

Au 51 de la rue Nationale, dans ce qui est considéré comme la dernière maison à colombages du XVIe siècle encore debout à Fougères — rescapée des grands incendies du XVIIIe siècle qui rasèrent une grande partie de la ville haute —, se niche un musée consacré à un enfant du pays longtemps méconnu du grand public. Emmanuel de la Villéon est né à Fougères le 29 mai 1858 dans une famille de vieille noblesse bretonne. Son destin pictural ne s’écrit pas à deux pas de son château natal mais bien à Paris, où il s’installe en 1890 et intègre l’Académie Julian. C’est là qu’il aiguise son regard au contact des peintres indépendants de son époque, fréquentant les milieux qui graviteront bientôt autour de Monet, Cézanne et Van Gogh.

Sa peinture s’affirme comme celle d’un paysagiste inlassable : plus des quatre cinquièmes de sa production représentent des paysages, avec une prédilection marquée pour les forêts, les sous-bois, les lisières et les arbres à toutes les saisons. Si les reflets de la Seine voisinaient avec ses chevaux et ses toiles, c’est moins le miroitement de l’eau qui l’attire que la densité charnelle des branchages et la lumière filtrée par les frondaisons. Les sinueux peupliers des bords de Seine qu’il saisit au fusain trahissent une admiration avouée pour Van Gogh. Il cofonde en 1909 la Société moderne avec d’autres peintres, et expose régulièrement au Salon des Indépendants, au Salon d’Automne et au Salon des Tuileries. Sa carrière prend une dimension internationale : expositions aux États-Unis et au Canada en 1918, à Copenhague en 1925, à Tokyo en 1927. Il s’éteint à Paris en janvier 1944, à quatre-vingt-cinq ans.

Ce n’est qu’en 1976 que la famille du peintre décide de faire don à la ville de Fougères de plus de cent vingt œuvres — huiles sur toile, pastels, gouaches, aquarelles, dessins au fusain et à l’encre —, constituant ainsi un fonds exceptionnel qui justifie la création du musée. La scénographie, entièrement rénovée en 2012, organise la visite selon une logique thématique qui parcourt près de soixante-dix ans de création : des paysages bretons et du Val de Loire aux coins boisés de la forêt de Fontainebleau, en passant par les vues rapportées de ses voyages en Hollande, en Suisse et en Allemagne. Le domaine de Salvard, dans la Nièvre, qu’il acquiert vers 1900, représente à lui seul environ un tiers de sa production totale, témoignant de son attachement profond aux paysages ruraux de l’intérieur.

Le bâtiment qui abrite les collections mérite autant d’attention que les œuvres qu’il renferme. La maison à pans de bois, avec ses encorbellements caractéristiques et sa façade en colombages noircis, est l’un des témoins architecturaux les plus précieux du vieux Fougères. La rue Nationale, sur laquelle elle donne, est l’artère historique qui reliait la ville haute à la ville basse médiévale : flâner le long de cette rue avant ou après la visite permet d’inscrire le musée dans le tissu urbain qui a vu grandir le peintre. À quelques pas se trouvent le beffroi du XVe siècle, la place du Marchix et ses marchés du samedi, ainsi que le chemin de ronde conduisant vers le château médiéval.

Le musée est actuellement fermé pour travaux de rénovation ; la ville de Fougères organise en attendant des conférences et présentations d’œuvres issues des réserves — preuve que la collection continue de vivre le temps du chantier. Il est vivement conseillé de vérifier la date de réouverture auprès de l’office de tourisme (destination-fougeres.bzh) avant de prévoir une visite. Lorsqu’il est ouvert, l’entrée est proposée à un tarif très modique — autour de deux euros pour les adultes, gratuit pour les moins de dix-huit ans —, ce qui en fait l’une des haltes culturelles les plus accessibles de la ville. Compter environ une heure pour parcourir les salles avec attention. Le musée convient aussi bien aux amateurs d’art impressionniste qu’aux visiteurs curieux de patrimoine bâti ou simplement désireux de mieux connaître un artiste que sa discrétion a longtemps tenu dans l’ombre des grands noms de sa génération.

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