Fort des Capucins

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Fort des Capucins

Perché sur un bloc de schiste surgissant des flots à l’entrée du goulet de Brest, l’îlot des Capucins doit son nom à un rocher voisin dont la silhouette évoque un moine en prière. C’est ici, face au Fort du Minou implanté sur la rive nord, que Vauban préconisa dès 1694-1696 l’installation d’une batterie pour créer un feu croisé et interdire tout accès non autorisé à la rade. Faute de crédits, les plans restèrent lettre morte pendant un siècle et demi. Ils furent finalement exécutés entre 1847 et 1849, pour un budget initial de 116 000 francs-or, ce qui explique l’inscription « 1848 » encore lisible sur la maçonnerie. Un pont reliant l’îlot à la falaise fut construit en 1861 par le génie militaire, en schiste et en kersantite — cette pierre sombre caractéristique du Finistère —, et une voie ferrée miniature permettait d’acheminer vivres et munitions depuis le plateau côtier.

Pour installer le fort, le rocher fut attaqué à la mine afin de dégager deux plates-formes superposées. La plate-forme haute, invisible depuis la mer, abritait un casernement pouvant loger une soixantaine de soldats avec cuisine, réserves et quartiers d’officiers. La plate-forme basse, côté goulet, accueillait l’artillerie lourde. L’armement évolua considérablement au fil des décennies : de premiers canons de côte aux années 1848-1870, puis, en 1888, deux imposants canons de rupture de 320 mm creusant des galeries sous la roche — transformant l’îlot en véritable gruyère selon les observateurs de l’époque. Un système électrique alimentant des projecteurs puissants (60 cm d’abord, puis 150 cm après 1900) fut installé dès 1889-1891, faisant du fort l’un des premiers sites militaires bretons à bénéficier de l’électricité. Les deux canons géants furent démontés et expédiés sur le front de l’Est en 1917, et des pièces de 75 mm et 95 mm les remplacèrent après la Grande Guerre.

La Seconde Guerre mondiale laissa des traces profondes sur l’édifice. Les forces allemandes occupèrent l’îlot et en firent un point de résistance lors de la libération de Brest à l’été 1944. Le général Ramcke, commandant de la place forte de Brest, s’y réfugia dans les dernières heures avant de capituler le 19 septembre 1944. Les bombardements alliés endommagèrent sérieusement les structures, laissant les bâtiments dans l’état de ruine que l’on observe encore aujourd’hui. Transféré au Conservatoire du Littoral en 2009, l’ensemble — îlot, fort et pont — a été classé monument historique par arrêté du 27 janvier 2016. L’accès à l’îlot reste interdit au public pour des raisons de sécurité, la structure présentant des risques de chutes de pierres et d’effondrement.

C’est depuis les falaises de la presqu’île de Roscanvel que le fort se révèle dans toute sa singularité. En suivant le sentier côtier qui longe la D355 depuis Kerguinou, on atteint en une dizaine de minutes à pied des belvédères naturels qui surplombent le site. En contrebas, l’îlot et ses bâtiments en partie éventrés se découpent sur la surface de la rade : le pont de pierre, les casemates, les trouées dans la roche restent parfaitement lisibles malgré les dommages. En face, de l’autre côté du goulet, on distingue le Fort du Minou sur la rive nord, et le champ visuel s’étend de la Pointe du Grand Gouin à l’ouest jusqu’au Fort de Bertheaume au nord-ouest. Une vue qui donne la pleine mesure du système défensif breton.

La lumière joue un rôle essentiel dans l’expérience : en fin de journée, le soleil couchant illumine les roches sombres de l’îlot et dore les ruines d’une teinte ocre qui efface un siècle et demi d’histoire militaire pour n’en garder que la beauté brute. Les photographes et les amoureux du littoral sauvage affectionnent particulièrement cet endroit, peu fréquenté comparé aux sites plus connus de Morgat ou de la Pointe de Pen-Hir. Prévoir des chaussures de marche adaptées au sentier côtier, parfois étroit et pentu, et surveiller les enfants en bas âge à proximité des à-pics. Le fort s’intègre naturellement dans une demi-journée de découverte de la presqu’île de Roscanvel, qui mérite amplement le détour pour ses panoramas exceptionnels sur la rade de Brest — avec, en toile de fond, la silhouette de l’Île Longue où mouillent les sous-marins nucléaires de la Marine nationale, rappel discret que ce territoire reste, encore aujourd’hui, au cœur de la défense maritime française.

Pour rejoindre le site, emprunter la D355 depuis Camaret-sur-Mer en direction de Roscanvel et se garer sur le bas-côté à la hauteur du chemin en terre menant vers Kerguinou. Le GR 34 ne passe pas directement par le fort, mais les chemins côtiers permettent de l’approcher aisément. À combiner avec la batterie de Kerbonn, la chapelle Saint-Julien de Roscanvel et la Pointe des Espagnols, toutes situées sur la même presqu’île, pour une exploration complète d’un des secteurs les plus préservés et les plus militairement chargés d’histoire de la Bretagne.

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