Base sous-marine de Brest

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Base sous-marine de Brest

Dressée sur les berges de la Penfeld, dans le quartier de Recouvrance, la base sous-marine de Brest est l’un des ouvrages de génie militaire les plus impressionnants que la Seconde Guerre mondiale ait laissés en France. Sa construction est décidée à l’automne 1940, peu après la capitulation française, sur ordre de l’amiral Dönitz qui cherche à installer ses flottilles de U-boote au plus près des routes atlantiques. L’Organisation Todt mobilise des dizaines de milliers d’ouvriers — en grande partie des travailleurs requis — et les travaux débutent en janvier 1941 sur un site stratégiquement choisi : le lieu-dit des « 4 pompes », au pied de l’ancienne École Navale, là où la Penfeld rejoint la rade.

En à peine cinq cents jours, un bunker d’une ampleur vertigineuse sort de terre. Les dimensions définitives atteignent 333 mètres de long pour 192 mètres de large, soit près de cinq hectares de surface protégée sous béton. Les murs extérieurs culminent à cinq mètres d’épaisseur, les cloisons intérieures à un mètre et demi, et la dalle de couverture, initialement établie à 4,20 mètres, sera progressivement renforcée jusqu’à dépasser six mètres. Plus de 500 000 mètres cubes de béton armé ont été nécessaires à l’édifice, qui comporte quinze alvéoles — dix formes sèches et dix mouillages flottants — pouvant accueillir simultanément une vingtaine de sous-marins. La 1re Flottille de U-boote s’y installe dès juin 1941 ; la 9e Flottille la rejoint en novembre suivant. Au plus fort de la bataille de l’Atlantique, en mars 1943, jusqu’à vingt-six sous-marins se trouvent en même temps sous ces voûtes. Entre août 1940 et septembre 1944, ce sont environ 134 U-boote différents qui y trouveront refuge, ravitaillement ou réparation, auxquels s’ajouteront deux submersibles italiens et même un sous-marin japonais.

La RAF et l’USAAF n’ont pas ignoré l’importance stratégique du site : la base subira pas moins de 82 attaques aériennes pendant la guerre. Les bombes conventionnelles ne parviennent pas à percer la forteresse de béton, dont les bunkers continuent à fonctionner malgré les raids. Ce sont les bombardiers Lancaster du célèbre Squadron 617 — celui des « Dambusters » — qui, les 5, 12 et 13 août 1944, lâchent des bombes Tallboy de plus de cinq tonnes capables de traverser la couverture. Cinq d’entre elles percent effectivement la dalle, causant des dommages sérieux mais sans parvenir à neutraliser définitivement l’installation. Les bombes dévastent surtout le tissu urbain brestois alentour, contribuant à la destruction quasi totale de la ville.

Après la Libération, la base passe sous contrôle de la Marine nationale française, qui en conserve l’usage jusqu’à aujourd’hui. Elle sert essentiellement au stockage et à l’entretien de navires de moyen tonnage — notamment les goélettes-écoles Étoile et Belle Poule. L’intérieur reste interdit au public pour des raisons de sécurité et de confidentialité militaire, mais l’extérieur du bâtiment se laisse contempler depuis le Quai Commandant Malbert et depuis la rade. La silhouette des immenses hangars gris, massifs et austères, s’impose dans le paysage portuaire de Brest avec une présence qui ne laisse personne indifférent. Les Journées Européennes du Patrimoine, chaque troisième week-end de septembre, sont l’occasion privilégiée pour les curieux de pénétrer dans l’enceinte de la base navale et de découvrir une partie du site habituellement fermé — il convient alors de se munir d’une pièce d’identité et d’arriver tôt, les places étant limitées.

Pour approfondir la visite, le Musée National de la Marine, installé dans le Château de Brest à quelques centaines de mètres, propose des collections riches sur l’histoire maritime de la ville et des expositions régulières sur la bataille de l’Atlantique. Des croisières commentées dans la rade de Brest permettent également de contempler la façade de la base depuis l’eau, dans une perspective qui restitue toute l’échelle de l’édifice. L’ensemble du quartier de Recouvrance, reconverti en secteur culturel et artistique depuis les années 2000, vaut la balade : la Tour Tanguy et ses dioramas sur le vieux Brest, le pont de Recouvrance — plus grand pont levant d’Europe lors de sa construction en 1954 — et les rues en pente qui descendent vers la Penfeld composent un itinéraire de mémoire et de découverte urbaine. Comptez une demi-journée pour conjuguer la visite extérieure de la base, un tour au musée et une promenade dans le quartier.

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