Chapelle Sainte-Noyale
Patrimoine religieux • Noyal-Pontivy

À quelques kilomètres à peine du centre de Pontivy, le lieu-dit Sainte-Noyale offre l’un des ensembles de patrimoine religieux les plus complets et les mieux conservés du Centre-Bretagne. Tout commence par une légende fondatrice : Noyale, princesse originaire de Cornouailles britannique qui aurait vécu au VIe siècle, fuit un mariage imposé par son père et traverse la mer pour se consacrer à Dieu en Armorique. Non loin de Bignan, un tyran local du nom de Nizan — séduit par la jeune femme — essuie un refus catégorique et la fait décapiter sur-le-champ. Selon la tradition hagiographique bretonne, Noyale ramasse alors sa propre tête et marche jusqu’à l’endroit où elle veut reposer : c’est ce motif de la céphalophorie, porté à la voûte peinte de la chapelle, qui a traversé les siècles et continue d’habiter les murs du sanctuaire. Là où son sang tomba, trois fontaines auraient jailli. La sainte est depuis lors invoquée pour guérir les maux de tête.
La chapelle elle-même fut construite à partir de 1423, date gravée dans le porche d’entrée, sur l’emplacement présumé du martyre. L’édifice gothique adopte un plan en croix latine avec une longue nef s’achevant sur un chœur à chevet plat. Ce qui frappe en premier le regard, avant même de passer le seuil, est le clocher du XVIIe siècle couronné de douze clochetons dorés — une silhouette absolument unique dans le paysage architectural breton. Cette couronne de flèches dorées scintille au soleil rasant et marque le site depuis la campagne environnante. Une sacristie fut ajoutée en 1719 dans l’axe du chœur, témoignant de la vitalité du lieu de pèlerinage bien après la construction médiévale.
L’intérieur réserve une surprise d’une grande qualité artistique : la voûte et les lambris sont entièrement recouverts de panneaux peints du XVIIe siècle narrant la vie et le martyre de sainte Noyale. La palette chaude des ocres, des rouges et des bleus passés confère à l’ensemble une atmosphère enveloppante, presque intime malgré les dimensions de la nef. Ces peintures, classées parmi les plus beaux exemples de lambris peints de Bretagne, ont fait l’objet d’une restauration complète amorcée en 1974 et toujours en cours par phases successives. Observer ces scènes narratives avec leurs personnages en costume du Grand Siècle, c’est lire une bande dessinée de pierre et de bois dont chaque panneau apporte un épisode de la légende.
Autour de la chapelle, le site compose un ensemble typique du pèlerinage breton rural que l’on ne trouve plus souvent aussi intact. L’oratoire Saint-Jean-Baptiste, édifié dans la première moitié du XVe siècle, est muni de volets ouvrants qui permettaient jadis aux foules rassemblées dans le placître d’assister à la messe depuis l’extérieur. Sa voûte intérieure conserve elle aussi des panneaux peints illustrant le récit de sainte Noyale. Le calvaire, dont le plus ancien élément date de 1424, présente un Christ en croix flanqué des deux larrons ; les personnages sculptés, originellement en bois peint, ont été remplacés par des figures en fonte. La fontaine gothique, au sud de la chapelle, a conservé sa statue de la sainte : ses eaux étaient réputées guérir les migraines, prolongeant dans le geste dévotionnel concret le motif fondateur de la céphalophorie. L’ensemble de la chapelle, de l’oratoire et de la fontaine est classé monument historique depuis le 19 mai 1965 ; la croix du XVe siècle l’était déjà depuis 1925.
La vie du site ne s’est pas arrêtée au Moyen Âge. Le pardon annuel, qui se tenait traditionnellement le jour de la Saint-Jean le 24 juin, se célèbre aujourd’hui le dimanche suivant le 24 juin. La procession réunit les habitants de Noyal-Pontivy et les pèlerins venus de la région dans une déambulation autour des différents éléments du site. Depuis 2009, la tradition de l’ange qui « descend » après la messe pour allumer le feu de joie a été renouée, donnant à la cérémonie une théâtralité particulièrement émouvante à la tombée de la nuit. En dehors du pardon, l’accès aux abords extérieurs est libre ; la chapelle elle-même s’ouvre selon les saisons et les festivités locales. Un lavoir aménagé en 2007 complète le tableau pastoral.
Le site se prête parfaitement à une halte en dehors des grandes routes touristiques, à environ 5 km au nord-est du centre de Pontivy. La commune de Noyal-Pontivy propose d’ailleurs un circuit de randonnée pédestre balisé « Sur les traces de sainte Noyale » qui permet de relier le site aux bocages et aux paysages de la Bretagne intérieure. Pour les amateurs de patrimoine religieux, l’ensemble forme un contrepoint rural idéal aux grandes basiliques urbaines : ici, pas de tourisme de masse, mais la quiétude d’un placître ombragé, le murmure de la fontaine et une architecture gothique qui s’est constituée siècle après siècle autour d’une légende de femme et de foi.
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