Chapelle Saint-Gildas
Patrimoine religieux • Tonquédec

Ancienne chapelle seigneuriale dédiée à saint Gildas, l’édifice de Tonquédec est datable de la fin du XVe ou du XVIe siècle, à l’exception de son mur-clocher ouest, reconstruit dans le troisième quart du XVIIIe siècle. Ce mur-clocher porte les armoiries de la famille de Coëtmen.
La chapelle conserve un maître-autel réutilisant des panneaux du XVIe siècle qui figurent la vie de saint Gildas, classé au titre des objets dès 1911.
L’édifice, qui adopte un plan en croix latine, déploie un vocabulaire architectural composite caractéristique des chapelles bretonnes de transition. Les baies du flanc sud, comme la porte du croisillon méridional, relèvent encore d’un gothique flamboyant tardif, tandis que l’entrée du croisillon nord s’ouvre dans un esprit déjà Renaissance. Cette cohabitation de styles, fréquente sur la Côte de Granit Rose, traduit les longues campagnes de construction qui s’étalent du XVe au XVIe siècle, lorsque les chantiers progressaient au gré des dons des familles seigneuriales. Le granit local, taillé en grand appareil, donne à l’ensemble cette teinte chaude et cette robustesse propres au Trégor. Le visiteur attentif remarquera des motifs sculptés discrets, dont un fer à cheval intégré aux moulures, témoin du goût des bâtisseurs pour les détails symboliques.
Le mur-clocher occidental, reconstruit au troisième quart du XVIIIe siècle, conserve une inscription gravée qui en fixe la mémoire. On y lit notamment la date de 1756, accompagnée de la mention de personnages liés à la paroisse de Tonquédec, ainsi que les armoiries de la lignée seigneuriale. Cette manière de dater et de signer un édifice par une inscription lapidaire était courante en Basse-Bretagne : elle inscrivait dans la pierre le souvenir des commanditaires et des recteurs qui avaient porté le chantier. Le clocher-mur, ou mur-pignon couronné d’un campanile, constitue une signature de l’architecture religieuse rurale bretonne, plus économique qu’une tour mais tout aussi soignée. Il rythme la silhouette de la chapelle et l’ancre dans le paysage de bocage qui environne le bourg de Tonquédec.
Outre le martyre de sainte Apolline, l’intérieur conserve un ensemble statuaire d’une grande richesse iconographique. On y rencontre un groupe sculpté évoquant un miracle de résurrection attribué à saint Nicolas, ainsi que des représentations de saint Éloi, patron des forgerons et des chevaux, d’une Trinité et d’une Vierge à l’Enfant. Cette accumulation de figures saintes, typique des chapelles bretonnes, formait jadis un véritable répertoire de protections : chaque saint répondait à une demande précise des paysans et des pêcheurs venus en pèlerinage. La dévotion populaire associait volontiers chaque effigie à un mal à guérir ou à un métier à protéger. Conservées dans un même lieu, ces statues offrent aujourd’hui un panorama vivant de la piété rurale du Trégor aux XVIe et XVIIe siècles.
La chapelle doit son vocable à saint Gildas, l’une des grandes figures du christianisme breton du haut Moyen Âge. Surnommé le Sage, Gweltaz en breton, il serait né au tournant des Ve et VIe siècles dans le nord de l’île de Bretagne, avant de gagner l’Irlande puis l’Armorique. Auteur d’un célèbre traité latin sur l’histoire des Bretons insulaires, il termina sa vie en ermite dans la presqu’île de Rhuys, au sud du golfe du Morbihan, où il fonda l’abbaye qui porte son nom. Son culte rayonna très tôt sur toute la Bretagne : on l’invoquait contre la rage, la folie et les maux de tête, et on le tenait pour protecteur des chevaux et des porcs. D’innombrables chapelles et lieux-dits perpétuent aujourd’hui sa mémoire.
Le souvenir de saint Gildas est partout présent dans le paysage breton, depuis Ouessant jusqu’aux îles du Morbihan, ce qui témoigne de la ferveur exceptionnelle suscitée par ce missionnaire dès le VIIe siècle. À Tonquédec, l’implantation de la chapelle dans le périmètre de l’ancienne seigneurie rappelle que ces édifices privés servaient autant à la dévotion qu’au prestige des grandes familles, qui y faisaient figurer leurs armoiries et y entretenaient leurs sépultures. Un calvaire complète d’ailleurs l’ensemble aux abords de l’édifice, prolongeant la fonction de halte de prière sur le chemin. Après une importante campagne de restauration menée au tournant des années 2010, la chapelle a retrouvé son intégrité et reste un jalon précieux du circuit patrimonial qui relie le château médiéval de Tonquédec aux nombreuses chapelles de la commune.
Elle abrite aussi plusieurs statues remarquables, dont un groupe sculpté du XVIIe siècle représentant le martyre de sainte Apolline entre ses bourreaux, également protégé au titre des monuments historiques.
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