Chapelle Notre-Dame de Trémalo
Patrimoine religieux • Pont-Aven

Nichée à moins d’un kilomètre et demi du centre de Pont-Aven, au débouché du bois d’Amour, la chapelle Notre-Dame de Trémaló s’offre au visiteur sans crier gare, au détour d’un chemin forestier ombragé. L’édifice surprend par ses proportions ramassées et sa toiture imposante, presque dissymétrique, dont les versants plongent si bas qu’ils semblent vouloir toucher le sol pour couvrir la nef et ses deux bas-côtés d’un seul geste. Construit en 1550 — une inscription gravée au-dessus de la porte sud en atteste — par Guillaume du Plessis et son épouse Catherine de Botigneau, il témoigne du goût seigneurial breton pour les fondations pieuses discrètes, loin des grandes cathédrales. Les blasons de la famille fondatrice réapparaissent un peu partout : sur la façade ouest, dans les vitraux de la maîtresse-vitre, jusque dans les sablières sculptées qui courent sous la charpente.
L’intérieur réserve au visiteur attentif une collection de détails savoureux. La nef est divisée en six travées par des colonnes cylindriques sans chapiteaux, reliées par des arcades gothiques en arc brisé, et couverte d’un lambris de châtaignier. Le long des poutres hautes, les sablières sculptées forment une frise continue d’une fantaisie débridée : masques grotesques, visages d’hommes et d’animaux, aigles bicéphales, et même — dit-on — un lapin jouant de la trompette juché sur le dos d’un chien, allusion plaisante aux goûts cynégétiques du seigneur fondateur. Dans le chœur, la maîtresse-vitre conserve deux panneaux du XVIe siècle d’une grande rareté : une Messe de saint Grégoire et les Saintes Femmes au tombeau. L’ensemble a bénéficié d’une restauration complète en 1957, et la Sauvegarde de l’Art français a contribué à plusieurs reprises à sa conservation, notamment pour le drainage en 2008 et la restauration des maçonneries intérieures en 2024.
La renommée mondiale de Trémaló tient à un seul objet, suspendu dans la chapelle depuis la fin du XVe siècle : un Christ en croix polychrome de bois, aux bras légèrement déhanchés, à la facture volontairement naïve et primitive. En 1889, Paul Gauguin, qui séjournait à Pont-Aven dans l’entourage de l’École qu’il y avait contribué à fonder, fut frappé par cette sculpture. Il en tira son tableau Le Christ jaune — une huile sur toile de 73,4 × 92,1 cm aujourd’hui conservée à l’Albright-Knox Art Gallery de Buffalo — dans lequel le Christ prend la couleur de la lumière d’automne filtrant dans la chapelle, entouré de paysannes bretonnes en coiffe. L’œuvre est considérée comme l’un des manifestes du synthétisme, ce mouvement qui cherchait à simplifier les formes et à intensifier les couleurs pour dépasser l’impressionnisme. L’année suivante, Gauguin se peignit lui-même en arrière-plan de l’Autoportrait au Christ jaune (1890–1891), conférant à la sculpture de Trémaló le statut d’icône personnelle. Avant lui, de nombreux artistes allemands, américains, suisses et anglais attirés par Pont-Aven avaient déjà immortalisé la chapelle ou ses abords, mais c’est Gauguin qui en fit un lieu de pèlerinage mondial.
La visite est libre et se déroule dans un silence presque total — la chapelle est privée, appartenant toujours à la famille de Villemarqué, qui l’entretient et l’ouvre quotidiennement. Les horaires varient selon la saison : de 10 h à 17 h d’octobre à juin, et de 10 h à 18 h en juillet-août. L’entrée est libre, une participation aux frais de restauration étant simplement suggérée. Deux messes annuelles y sont encore célébrées, aux alentours du 26 juillet et du 15 août, perpétuant une tradition plusieurs fois séculaire. Comptez vingt à trente minutes pour la visite proprement dite, davantage si vous prenez le temps de déchiffrer chaque sablière ou de vous attarder devant le Christ polychrome. Le site est classé monument historique depuis le 11 mai 1932.
Pour rejoindre Trémaló depuis le centre de Pont-Aven, le plus simple est de suivre à pied le chemin qui longe le bois d’Amour le long de l’Aven — une promenade d’une vingtaine de minutes dans un écrin de verdure que fréquentaient assidûment les peintres de la Belle Époque. La chapelle s’intègre naturellement à un itinéraire culturel qui peut inclure le Musée de Pont-Aven (collections de l’École de Pont-Aven, dont plusieurs toiles liées au Christ jaune), la promenade des Meunières sur les berges de la rivière, et les ruelles du vieux village où ateliers et galeries rappellent l’effervescence artistique du XIXe siècle. Pour les familles, la balade forestière vers Trémaló plaît autant aux adultes passionnés d’art qu’aux enfants intrigués par les personnages fantastiques sculptés dans le bois de la charpente.
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