Chapelle de Saint-Ivy
Patrimoine religieux • Loguivy-Plougras

D’après la tradition, l’église tréviale de Saint-Ivy, à Loguivy-Plougras, aurait été fondée par les Templiers. Un second édifice fut reconstruit à la fin du 15e siècle par l’atelier Beaumanoir de Morlaix. Les seigneurs de Trogorre, considérés comme les premiers seigneurs de la trêve de Loguivy, y détenaient un droit de prééminence.
Le saint qui donne son nom au lieu éclaire l’histoire de la chapelle. Saint Ivy, parfois nommé Ivi, fut un moine venu des îles Britanniques, qui rejoignit l’Armorique pour évangéliser la péninsule. Son nom se retrouve dans plusieurs toponymes du Trégor commençant par « Loguivy », forme issue du breton « loc », qui désigne un lieu consacré, suivi du nom du saint. Loguivy-Plougras s’inscrit dans cette série de fondations ou d’extensions de son culte, aux côtés de Loguivy-lès-Lannion et de Loguivy-de-la-mer. Pour le visiteur, ce simple nom de commune raconte déjà une histoire : celle d’un moine itinérant des premiers temps chrétiens dont la mémoire s’est inscrite, durablement, dans la géographie même du pays.
La reconstruction de l’édifice par l’atelier Beaumanoir mérite que l’on s’y attarde, car ce nom désigne l’une des grandes écoles de l’architecture bretonne. Cette dynastie de tailleurs de pierre, établie à Morlaix à partir de la seconde moitié du XVe siècle, diffusa dans le Trégor et le Léon un style flamboyant immédiatement reconnaissable. Leurs sanctuaires se distinguent par un clocher-mur élancé flanqué d’une tourelle d’escalier, un chevet à pans coupés et une ornementation riche : chimères, fleurons, crochets et remplages ouvragés des baies. Travailler avec leurs réalisations à l’esprit permet de mieux apprécier la chapelle de Saint-Ivy, qui appartient à cette famille d’édifices essaimés à la fin du Moyen Âge à travers tout le Bas-Trégor.
L’attribution traditionnelle de la fondation aux Templiers s’inscrit dans un imaginaire fréquent en Bretagne, où l’ordre du Temple a laissé une empreinte tenace dans la mémoire locale. Si ces récits relèvent souvent de la légende plus que de l’archive, ils témoignent de l’ancienneté que les communautés prêtaient à leurs sanctuaires et du prestige attaché à ces ordres militaires médiévaux. Le visiteur retiendra surtout que la chapelle actuelle, fruit de la reconstruction de la fin du XVe siècle, succéda à un édifice plus ancien dont l’origine se perd. Cette stratification, entre tradition orale et réalité bâtie, fait partie intégrante du charme des chapelles bretonnes, où l’histoire documentée et la mémoire populaire se mêlent sans toujours se laisser démêler.
La notion de trêve, centrale dans l’histoire du lieu, mérite une explication. Dans l’organisation paroissiale bretonne, une trêve était une section de paroisse dotée de sa propre église, mais dépendant administrativement d’une paroisse mère. Loguivy fut longtemps une trêve de Plougras avant d’accéder, à la Révolution, au statut de paroisse autonome. Quant au droit de prééminence que détenaient les seigneurs de Trogorre, il leur réservait une place d’honneur dans l’église et le privilège d’y faire figurer leurs armoiries. Ces prérogatives traduisaient le rang d’une lignée au sein de la communauté. Pour le visiteur, ces notions éclairent la façon dont l’espace sacré reflétait jadis fidèlement la hiérarchie sociale et les rapports de pouvoir du monde rural.
Loguivy-Plougras appartient au Trégor intérieur, aux confins des Côtes-d’Armor, non loin de la forêt de Beffou, l’un des plus vastes massifs boisés du département. Ce territoire de moyenne campagne, vallonné et forestier, contraste fortement avec le littoral rose et fréquenté de la côte. Le voyageur qui s’y aventure découvre une Bretagne plus secrète, faite de bourgs discrets, de bois profonds et de chemins peu courus. La chapelle s’intègre naturellement à ce paysage paisible, propice aux promenades à l’écart des grands flux touristiques. C’est dans ce cadre préservé, entre patrimoine bâti et nature, que le sanctuaire trouve tout son sens, offrant au curieux une halte authentique loin des sentiers les plus battus de la région.
En 1790, la trêve de Loguivy devint paroisse et l’église tréviale, église paroissiale ; mais en 1856, elle perdit ce statut pour devenir une simple chapelle. Elle se visite sur demande auprès de la mairie, et une fiche patrimoine est disponible à l’Office de tourisme.
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