Cathédrale Saint-Étienne de Saint-Brieuc

Patrimoine religieux • Saint-Brieuc

Cathédrale Saint-Étienne de Saint-Brieuc

Plantée sur la place du Général-de-Gaulle, la cathédrale Saint-Étienne intrigue d’emblée par sa silhouette peu ordinaire : deux tours crénelées flanquent une façade massive qui évoque davantage une citadelle qu’un lieu de culte. Ce n’est pas un hasard. Construite à partir de la fin du XIIe siècle dans un contexte de tensions récurrentes, l’édifice a été délibérément fortifié. La tour nord, dite tour Brieuc, remonte au XIIIe siècle et s’élève à vingt-huit mètres ; la tour sud, baptisée tour Marie, fut érigée entre 1431 et 1436 après une donation du duc Jean V et culmine à trente-trois mètres. Ensemble, elles donnent à ce monument l’une de ses particularités les plus frappantes parmi les cathédrales bretonnes.

L’histoire de l’édifice est traversée d’épreuves et de reconstructions. Les Anglais l’endommagèrent en 1346, un incendie la ravagea en 1353, les troupes d’Olivier de Clisson la laissèrent en piteux état en 1394. À chaque fois, les évêques successifs relevèrent les murs. La nef menaçait à nouveau de s’effondrer en 1712 : l’évêque Louis Frétat de Boissieux vendit une précieuse tapisserie commandée aux Gobelins et fit reconstruire l’ensemble selon les plans de Jean Poullié entre 1712 et 1715. Pendant la Révolution, le bâtiment servit tour à tour de temple de la Raison, de salle de bal, d’étable et de théâtre, avant d’être rendu au culte en 1799, à l’état de quasi-ruine. Classée monument historique depuis le 30 octobre 1906, elle fait l’objet de restaurations continues : les derniers grands travaux intérieurs se sont étalés de 2009 à 2019.

La cathédrale recèle une curiosité architecturale que peu de visiteurs anticipent : construite sur un ancien marécage reposant sur des piliers en bois, la nef est accessible non pas par des marches montantes comme dans la plupart des cathédrales, mais par deux volées de marches descendantes. L’effet est saisissant — l’espace intérieur paraît bien plus vaste qu’on ne l’imaginait depuis le parvis. Le plan intérieur déploie sept travées de nef, un transept avec déambulatoire entouré de sept chapelles rayonnantes, et un chœur gothique sobre. La chapelle de l’Annonciation, construite entre 1462 et 1472 sous l’évêque Jean Prigent, est un beau spécimen du flamboyant breton, avec ses proportions harmonieuses et son mobilier de la fin du XVe siècle. Les fonts baptismaux en granit du XVIe siècle, ornés de moulures trilobées, méritent également un arrêt.

Le regard est aussi attiré par les vitraux qui baignent les chapelles latérales d’une lumière colorée. Six d’entre eux ont été réalisés en 1965 par Hubert de Sainte-Marie, maître verrier installé à Quintin, à une trentaine de kilomètres. Sa technique — peinture sur verres plats colorés, découpés et assemblés par résille de plomb — produit des œuvres à la palette chatoyante et aux formes épurées, très différentes des vitraux du XIXe siècle conservés dans le transept sud. Ce grand vitrail sud, consacré à l’Eucharistie et d’environ soixante mètres carrés, a été entièrement restauré en 2011. L’orgue, joyau de la cathédrale, porte la signature d’Aristide Cavaillé-Coll : inauguré le 15 octobre 1848, il compte quarante jeux et quelque deux mille cinq cents tuyaux. Son buffet, lui, est bien plus ancien — il date de 1540 et est classé monument historique depuis 1975. Des concerts gratuits y sont donnés en juillet et août, le mercredi en fin d’après-midi.

La cathédrale conserve aussi les reliques de saint Brieuc, le moine gallois qui évangélisa la région au VIe siècle et donna son nom à la ville. Ces reliques, ramenées depuis l’abbaye Saint-Serge d’Angers en 1210, font de l’édifice une étape spirituelle du Tro Breiz, le grand pèlerinage qui relie les sept cathédrales de Bretagne historique. Des fragments de la Vraie Croix et une épine de la Couronne y sont également conservés. Le crâne de saint Guillaume, évêque de Saint-Brieuc canonisé en 1247, repose dans la chapelle haute du pignon sud, édifiée à son intention au XVe siècle. L’entrée est libre et gratuite toute l’année. Le parvis ouvre directement sur un ensemble remarquable de maisons à pans de bois médiévales, et les rues Fardel et Quiquet, toutes proches, déroulent un bel inventaire de colombages des XVe et XVIe siècles — de quoi prolonger la promenade dans l’un des cœurs de ville les mieux préservés des Côtes-d’Armor.

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