Calvaire de Keringant
Patrimoine religieux • La Roche-Jaudy

Le calvaire de Keringant est inscrit au titre des Monuments historiques depuis 1970. Probablement érigé au XVIe siècle, il porte sur son socle la date de 1691, liée à une restauration postérieure ; son fût a par ailleurs été raccourci au fil du temps.
Taillé dans le granite, il présente un fût rond écoté sur un socle cubique taluté et un soubassement à deux degrés. Le croisillon monolithe forme un bloc compact, orné de petites consoles sculptées dans la masse.
Le calvaire de Keringant se situe sur le territoire de La Roche-Jaudy, commune nouvelle née en 2019 du regroupement de La Roche-Derrien, Pommerit-Jaudy, Pouldouran et Hengoat. Ce vaste ensemble s’étend dans le Trégor, au fil de la vallée du Jaudy, petit fleuve côtier qui rejoint la Manche par une ria verdoyante. Bocage, chemins creux et hameaux dispersés composent un paysage rural typique de cette partie des Côtes-d’Armor. Au gré des routes, croix et calvaires de granite jalonnent les carrefours et les abords des chapelles, témoins d’une piété populaire ancienne dont Keringant offre un exemple particulièrement soigné, sculpté dans la pierre locale.
Le cœur historique de la commune, La Roche-Derrien, fut bâti au XIe siècle sur un éperon rocheux dominant l’estuaire du Jaudy, par Derrien, fils du comte de Penthièvre. Place forte au Moyen Âge, la cité connut une grande prospérité grâce au travail du lin : on la surnommait « Kapital Stoup », la capitale des tailleurs de lin, appellation qui résonne encore dans tout le Trégor. Aujourd’hui classée Petite Cité de Caractère, elle séduit par ses maisons anciennes, ses ruelles pentues et son atmosphère médiévale. C’est dans ce terroir riche d’histoire, marqué par la foi et l’artisanat, que s’inscrit le patrimoine religieux du secteur.
Les calvaires constituent l’un des traits les plus caractéristiques du paysage religieux breton. Érigés du XVe au XVIIe siècle, le plus souvent en granite, ils naissent d’une piété populaire intense et marquent les places, les carrefours et les enclos paroissiaux. Le grand calvaire monumental, peuplé de personnages, voisine avec des croix plus modestes comme celle de Keringant, dont la sobriété n’enlève rien à la force évocatrice. Ces monuments servaient de support à la prière, de halte lors des processions et des pardons, et de repère pour les voyageurs. Leur sculpture, taillée par des ateliers locaux, traduit une foi profondément enracinée dans la vie quotidienne des campagnes bretonnes.
Sur le calvaire de Keringant, la sculpture se concentre sur le croisillon, où les scènes essentielles de la Passion sont disposées de part et d’autre. Les artisans bretons privilégiaient ces images fortes, immédiatement lisibles par les fidèles, afin de rappeler le sacrifice du Christ et la compassion de son entourage. Malgré les outrages du temps et les restaurations successives, l’ensemble conserve sa cohérence iconographique et son pouvoir d’évocation. Taillées dans le granite, les figures se détachent en relief sur les deux faces du monument. Un examen attentif permet d’en identifier chacune et d’en saisir la signification au sein d’un programme religieux soigneusement ordonné.
Sur la face ouest figure une Vierge de Pitié, dont le buste manque, encadrée de Madeleine et de saint Jean ; la face est présente le Christ en croix, composition classique des calvaires bretons.
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