Fort Montbarey – Mémorial des Finistériens

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Fort Montbarey – Mémorial des Finistériens

Érigé entre 1777 et 1784 à l’initiative de Louis XVI, le fort Montbarey devait former le maillon principal du dispositif de défense terrestre de l’arsenal de Brest. Conçu selon les principes de la fortification bastionnée héritée de Vauban, il se présente comme un carré régulier ceint de douves, construit en maçonnerie de gneiss avec des chaînes de granit. Sa naissance coïncide avec la réorganisation des défenses de la rade confiée au marquis de Langeron à partir de 1776, et c’est à l’ingénieur Pierre-Jean de Caux de Blacquetot qu’on doit ses plans. Initialement baptisé fort Saint-Pierre, il reçoit son nom actuel après une visite du prince de Montbarrey — secrétaire d’État à la Guerre sous Louis XVI — en 1779. Prévu pour accueillir cinq à six cents soldats, il représentait à l’époque la plus imposante des fortifications avancées de la place de Brest.

Deux siècles plus tard, ce même fort porte une mémoire radicalement différente, celle de la Seconde Guerre mondiale. Dès l’occupation de la ville en 1940, les forces allemandes en font une caserne logistique abritant quelque trois cents soldats. Les douves, elles, servent à une autre fin : des milliers de républicains espagnols, réfugiés en France après la Guerre civile puis livrés aux occupants par le gouvernement de Vichy, y sont internés et contraints de travailler pour l’Organisation Todt à la construction du Mur de l’Atlantique et des bases sous-marines de Brest. Ce pan de l’histoire, souvent méconnu, illustre l’ampleur tragique de la collaboration et de l’exploitation de main-d’œuvre forcée en Finistère.

Le siège de Brest, qui se déroule du 7 août au 18 septembre 1944, marque l’un des épisodes les plus violents de la Libération en Bretagne. Dans les ultimes jours des combats, un bataillon de parachutistes allemands s’installe dans le fort et en fait un point de résistance. La garnison ne capitule que le 16 septembre 1944, après de multiples assauts et l’intervention de chars Churchill britanniques équipés de lance-flammes. Cette date marque la fin d’un des sièges les plus meurtriers de l’Ouest de la France ; elle reste au cœur du récit proposé aux visiteurs d’aujourd’hui.

C’est en 1984, à l’initiative de Charles Le Goasguen — Français Libre et Compagnon de la Libération, engagé dès le 1er juillet 1940 aux côtés du général de Gaulle — que la Marine nationale met le fort à disposition de l’association qu’il vient de créer, le Mémorial des Finistériens. L’objectif : entretenir la mémoire des quelque 10 000 Finistériens morts pour la France, rendre hommage aux réseaux de résistance locaux et ne pas laisser sombrer dans l’oubli les noms de ceux qui ont payé la guerre de leur vie. Depuis lors, le musée est géré par des bénévoles passionnés qui ont réuni plus de 10 000 dossiers et documents sur des résistants, des déportés, des militaires et des victimes civiles du département.

La visite offre un parcours à la fois émouvant et pédagogique. Dans la cour intérieure trône un char Churchill anglais, vestige tangible des combats de Libération, accompagné d’un half-track américain M3 et de plusieurs véhicules militaires d’époque en état de marche. À l’intérieur des salles voûtées, on découvre uniformes, armes légères, cartes d’état-major et documents d’occupation, avant de pénétrer dans le temps fort du parcours : un wagon de déportation authentique, de ceux qui transportaient cent à cent cinquante personnes sur des trajets de plusieurs jours vers les camps. Sa présence silencieuse, dans la pénombre d’une salle du fort, frappe durablement. Un blockhaus allemand aménagé dans l’enceinte complète la compréhension des couches successives d’occupation militaire. Une salle de projection permet également de visionner des témoignages filmés et des documentaires de l’époque.

Labellisé dans le cadre de la politique culturelle de Brest, Ville d’art et d’histoire, le fort est ouvert principalement lors des vacances scolaires (après-midi, hors vendredi, samedi et lundi) ainsi que les mercredis et dimanches après-midi hors vacances. L’entrée est payante — environ 6 euros pour les adultes, tarif réduit pour les étudiants et les 9-18 ans, gratuit pour les moins de 9 ans — et des tarifs de groupe sont disponibles sur réservation. Le site est accessible en fauteuil roulant à plus de 90 %, dispose d’un parking intérieur et se trouve à quelques minutes à pied du tramway (arrêt Médiathèque). Comptez entre une heure et demie et deux heures pour explorer l’ensemble du site dans les meilleures conditions. C’est une sortie incontournable pour les familles, les groupes scolaires et tous ceux qui souhaitent comprendre ce que la guerre a représenté pour les habitants du Finistère.

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