Parc et Jardins du Château de Lanniron
Parcs & jardins • Quimper
À deux kilomètres au sud du centre de Quimper, le domaine de Lanniron occupe 45 hectares en bordure de l’Odet. Ce fleuve côtier finistérien, sensible aux marées, longe les limites du parc et lui confère une atmosphère particulière, entre eaux douces et embruns. Inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques depuis décembre 1992, le domaine compte parmi les sites patrimoniaux les plus complets de Cornouaille : un château, des jardins formels du Grand Siècle, un arboretum exceptionnel et une histoire continue de plus de huit siècles.
La présence des évêques de Cornouaille à Lanniron remonte au moins au XIIe siècle : un texte de 1193 mentionne l’évêque Guillaume, qui y mourut entre 1218 et 1220. Le site devient progressivement la résidence principale des prélats. Entre 1416 et 1444, Monseigneur Bertrand de Rosmadec y fait bâtir un manoir carré flanqué de quatre tourelles. C’est Charles du Liscoët, évêque de 1582 à 1614, qui en fait la résidence permanente et principale de l’évêché de Quimper. La longue présence épiscopale atteint son apogée sous François de Coëtlogon (1668-1706), qui commande la création des célèbres jardins à la française, et prend fin à la Révolution : le 28 janvier 1791, le domaine est confisqué et mis en vente. En 1822, il passe à Emmanuel Calixte Harrington, gentilhomme d’origine anglaise, qui reconstruit le château vers 1825 en façade néo-classique à colonnade et double escalier, dans un style palladien. En 1833, Charles de Kerret de Quillien acquiert le domaine ; ses descendants, la famille Blanchet de la Sablière, en sont toujours propriétaires.
Les jardins à la française sont l’œuvre de Monseigneur François de Coëtlogon, qui les fait aménager entre 1668 et 1706. Contemporains des grandes réalisations du règne de Louis XIV, ils s’inscrivent dans l’esthétique de leur temps tout en intégrant une inspiration italienne visible dans la composition en terrasses qui descend vers l’Odet. La description la plus précise est celle du poète Nicolas de Bonnecamp, qui visite le domaine au XVIIe siècle : il dénombre sept bassins répartis sur trois terrasses. Le premier niveau, dit terrasse haute, s’ouvre sur une grande allée d’ormeaux encadrant un jardin émaillé de fleurs ; le bassin de l’Orangerie y accueille une pyramide entourée de quatre crapauds servant de jets d’eau. La deuxième terrasse est structurée par vingt carrés symétriques bordés de myrtes et de buis, avec des tonnelles aux extrémités ; deux bassins circulaires de 2,60 mètres de diamètre y sont disposés symétriquement. La troisième terrasse, la plus proche de l’Odet, comporte deux bassins elliptiques et le bassin central du Dauphin, ainsi que des cultures maraîchères. L’ensemble est alimenté par un grand canal de 270 mètres de longueur et de 12 mètres de large à son extrémité amont, conçu en perspective accélérée pour paraître plus long qu’il n’est. Coupé en 1955 par des travaux communaux, ce canal fut remis en eau en 1994 grâce à un forage, après un programme de restauration soutenu par la DRAC, le Conseil Général, le Conseil Régional et la Ville de Quimper. La restitution du bassin du Dauphin date de 2005 ; les parterres potagers sont progressivement reconstitués depuis 2018.
Au XIXe siècle, la famille de Kerret enrichit le domaine d’un arboretum qui confère au parc sa deuxième dimension remarquable. Des espèces rapportées de voyages aux quatre coins du monde viennent s’installer sur les rives de l’Odet : séquoias et Wellingtonia d’Alaska, ginkgo biloba (l’arbre aux quarante écus), cryptomeria du Japon, araucaria du Chili (dit désespoir du singe), cyprès chauve de Louisiane (Taxodium distichum), magnolia grandiflora, liquidambar, érable du Japon, chênes verts multicentenaires dont certains constituent un record régional de taille, palmiers d’Himalaya et palmiers nains. Des arbres de Judée de Constantinople, des camélias et des rhododendrons complètent cette collection où chaque saison apporte son propre spectacle : les floraisons de printemps, les verts profonds de l’été, les couleurs enflammées de l’automne sur les feuillages exotiques. Château, orangerie et parc-arboretum bénéficient d’une protection au titre des Monuments Historiques depuis 1986 pour le bâti et 1992 pour les jardins.
La visite du domaine se prête naturellement à la promenade libre. Les allées arborées, les terrasses restaurées et les rives de l’Odet offrent un parcours de découverte en plein air, loin de l’agitation du centre-ville. L’orangerie, bâtiment de la fin du XVIIIe siècle, marque le passage entre les jardins formels et le parc arboré. Le golf de l’Orangerie de Lanniron propose un parcours de 9 trous intégré au parc, ouvert aux non-résidents, avec une école de golf et des stages pour débutants. En été, des hébergements — camping, mobil-homes, gîtes, lodges — permettent de séjourner dans le domaine lui-même. Lanniron accueille également des événements en plein air (spectacles, fauconnerie) qui animent le parc aux beaux jours.
Depuis le centre de Quimper, Lanniron est accessible en une dizaine de minutes en voiture en suivant les bords de l’Odet vers le sud, ou à vélo par les voies longeant le fleuve. Le domaine se visite dans le prolongement naturel d’une journée dans la capitale cornouaillaise : après la cathédrale Saint-Corentin, les ruelles médiévales et le musée des Beaux-Arts, Lanniron offre un contrepoint végétal et historique, hors de la ville sans la quitter vraiment. À une vingtaine de minutes en voiture se trouvent les plages de l’embouchure de l’Odet, à Sainte-Marine et Bénodet, ce qui permet de combiner en une même journée patrimoine épiscopal, jardins classiques et littoral finistérien.
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