Cathédrale Saint-Corentin

Patrimoine religieux • Quimper

Dressée au cœur du vieux Quimper, la cathédrale Saint-Corentin est l’un des monuments gothiques les plus complets et les plus émouvants de Bretagne. Ses deux flèches élancées, visibles de loin au-dessus des toits de la ville, signalent depuis des siècles la présence d’un chantier qui dura près de six cents ans, de 1239 à 1856. Classée monument historique depuis 1862, elle reste un lieu de culte actif et l’un des sites les plus visités du Finistère.

L’histoire de la cathédrale est indissociable de celle de saint Corentin, premier évêque légendaire de Cornouaille, qui aurait vécu en ermite au Ve siècle près d’une fontaine miraculeuse. La légende lui prête un poisson dont il découpait chaque jour une tranche pour se nourrir, et qui reprenait miraculeusement sa forme entière. Impressionné par la sainteté de l’ermite, le roi Gradlon — fondateur mythique de Quimper — lui confia l’évêché de la ville. C’est à ce saint fondateur que la cathédrale est dédiée, perpétuant un culte vieux de quinze siècles dans la cité de Cornouaille.

La construction débute en 1239 sous l’impulsion de l’évêque Raynaud, qui décide d’élever un édifice gothique inspiré des grandes cathédrales d’Île-de-France. Le chœur et le déambulatoire, de style gothique rayonnant, sont bâtis aux XIIIe et XIVe siècles. La nef et le transept, de style gothique flamboyant, ne s’achèvent qu’au XVe siècle, après une longue interruption due à la guerre de Succession de Bretagne (1341-1364). La façade à deux tours est commencée en 1424, avec la pose de la première pierre par l’évêque Bertrand de Rosmadec, proche du duc Jean V. Les flèches néo-gothiques, elles, attendent encore quatre siècles : c’est l’architecte Joseph Bigot qui les érige entre 1854 et 1856, sur financement des habitants de Quimper. Elles culminent à 75 mètres, faisant de la cathédrale la plus haute de Bretagne.

L’édifice mesure 92 mètres de long, 34 mètres de large en façade, et la voûte du vaisseau central s’élève à plus de 20 mètres. Sa particularité architecturale la plus célèbre est le désaxement de la nef : l’axe de la nef dévie d’environ 10° vers la gauche par rapport à l’axe du chœur, une anomalie unique en Bretagne. Deux explications s’affrontent depuis des siècles : la contrainte du terrain instable au bord de l’Odet, qui aurait empêché de déplacer les fondations romanes, ou une décision délibérée de Jean V pour rendre la façade plus visible depuis la rue principale de la ville. Ce mystère architectural continue de fasciner historiens et visiteurs.

L’intérieur révèle un espace d’une grande cohérence malgré les siècles de chantier. La nef de six travées est scandée par une double rangée de colonnes élancées. Les voûtes à liernes et tiercerons des XVe et XVIe siècles couvrent l’ensemble d’un réseau décoratif savant. Le chœur gothique rayonnant, aux cinq chapelles rayonnantes, conserve un mobilier remarquable : l’autel principal dit « autel d’or », offert par Napoléon III et réalisé par l’orfèvre Poussielgue-Rusand ; une chaire à prêcher sculptée datant de 1679-1680 ; et un grand orgue construit par Robert Dallam entre 1643 et 1646, remanié par le célèbre facteur Aristide Cavaillé-Coll en 1846 et restauré entre 1995 et 2003. L’orgue est classé monument historique depuis 1992 et sert régulièrement pour des concerts.

Les vitraux constituent l’autre grand trésor de la cathédrale. Les verrières hautes du chœur, datées vers 1415-1417, représentent des Calvaires et des saints avec leurs donateurs. Celles de la nef et du transept, postérieures à 1493, forment une suite de portraits de saints bretons sous des dais architecturés. La plupart ont traversé la Révolution, qui saccagea pourtant l’édifice en 1793 — détruisant notamment la statue originale du roi Gradlon et une partie du mobilier. Les vitraux ont été restaurés au XIXe siècle par les ateliers Lobin et Lusson. Ils diffusent dans le vaisseau une lumière chaude et colorée, particulièrement belle à contre-jour en milieu de journée.

Entre les deux flèches, à mi-hauteur de la façade, trône la statue équestre du roi Gradlon sur son cheval Morvarc’h. L’originale en plomb, datant du XVe siècle, fut fondue pendant la Révolution ; la statue actuelle, en granit, la remplace depuis 1858. Elle reste l’image iconique de Quimper, reproduite sur d’innombrables cartes postales. Chaque année, lors de la fête de la Cornouaille, une cérémonie traditionnelle se déroule à ses pieds.

La cathédrale se visite librement et gratuitement, tous les jours, sauf pendant les offices. La place Saint-Corentin qui la borde au sud forme l’un des ensembles patrimoniaux les plus cohérents de Bretagne : en face, la façade Renaissance du Musée Départemental Breton, ancienne résidence des évêques, referme le tableau. À deux pas, le jardin de l’évêché offre un belvédère sur les flèches et sur le cours de l’Odet. Les ruelles médiévales à colombages du quartier historique — rue Kéréon, rue du Sallé, rue des Boucheries — s’étirent naturellement de part et d’autre, invitant à prolonger la promenade dans la ville close de Quimper. Le dernier dimanche du mois (hors saison estivale) et tous les dimanches en saison, une visite guidée permet de monter à la flèche sud et de découvrir la cathédrale en hauteur, avec une vue imprenable sur les toits et la vallée de l’Odet.

🧭 Lancer le trajet avec le GPS

📸 Photos des membres

Aucune photo pour l'instant — soyez le premier à partager la vôtre !

💬 Donnez votre avis sur Cathédrale Saint-Corentin

Votre avis sera visible après validation par l’équipe.

Aucun avis pour l’instant — soyez le premier à partager votre expérience !