Pointe de Pen-Hir et les Tas de Pois
Sites naturels & littoral • Camaret-sur-Mer

À l’extrémité occidentale de la presqu’île de Crozon, la pointe de Pen-Hir — « la longue pointe » en breton — plonge ses falaises de grès armoricain à 70 mètres au-dessus de la mer d’Iroise. Cette roche de quartzite, formée il y a près de 475 millions d’années à l’ère ordovicienne puis durcie sous la pression de l’orogenèse hercynienne, résiste à l’érosion là où les schistes plus tendres ont depuis longtemps cédé. C’est cette résistance différentielle qui a sculpté le profil spectaculaire du site : d’un côté un plateau remarquablement plat couvert de landes rases balayées par le vent, de l’autre une muraille verticale qui s’ouvre sur l’Atlantique comme une proue de navire. Par temps clair, le regard porte jusqu’à la pointe du Raz, la baie de Douarnenez, la pointe de Saint-Mathieu, et même les silhouettes de Molène et d’Ouessant à l’horizon.
Dans le prolongement immédiat des falaises émergent les six îlots des Tas de Pois — « Ar Berniou Pez » en breton — dont les noms évocateurs disent quelque chose de la personnalité des lieux : Grand Dahouët et Petit Dahouët, Penn-Glaz (« la tête verte »), Chelott, Ar Forc’h (« la fourche ») et Bern-Id (« le tas de céréales »). Ces pitons rocheux sont des témoins isolés de l’ancienne continuité des falaises, des fragments que l’océan a progressivement détachés mais n’a pas encore eu le temps d’effacer. Une légende bretonne voulait que des géants aient tenté de bâtir un pont vers l’Angleterre à cet endroit, édifice que des forces surnaturelles auraient détruit — récit qui dit bien la puissance que ce paysage inspire depuis des siècles. Ces mêmes récifs ont causé de nombreux naufrages tout au long de l’histoire maritime de Camaret.
Sur le plateau dominant les falaises se dresse la Croix de Pen-Hir, une croix de Lorraine en granit bleu de quinze mètres de haut érigée entre 1949 et 1951 par l’architecte Jean-Baptiste Mathon et le sculpteur François Victor Bazin, à la mémoire des Bretons de la France Libre. Le général de Gaulle l’inaugura en juillet 1951, et l’inscription bretonne gravée dans la pierre — « Kentoc’h mervel eget em zaotra » (Plutôt mourir que me souiller) — témoigne de l’engagement de milliers de Bretons qui rejoignirent les Forces Françaises Libres depuis la Grande-Bretagne dès 1940. Classée monument historique en 1996, cette croix est devenue un lieu de mémoire et de recueillement autant qu’un repère visible de loin par les navigateurs. Un musée mémorial consacré à ce chapitre de l’histoire se trouve à proximité, à Camaret.
Le site s’inscrit dans le Parc naturel régional d’Armorique et dans le Parc naturel marin d’Iroise, premier parc marin de France créé en 2007. Cette double protection est justifiée par la richesse écologique des lieux : les falaises abritent des colonies de craves à bec rouge — un passereau au plumage noir et au bec rouge corail, espèce protégée — ainsi que des pétrels fulmars, des guillemots de Troïl, des cormorans huppés et des goélands bruns. Les faucons pèlerins nichent parfois dans les anfractuosités de la roche, observables à la jumelle depuis le chemin. En mer, des phoques gris fréquentent occasionnellement les environs des Tas de Pois. La végétation du plateau, composée de landes à bruyère et d’herbes rases adaptées aux embruns, abrite elle aussi une biodiversité végétale rare.
Pour les amateurs de randonnée, le GR®34 longe le bord des falaises depuis la pointe du Toulinguet jusqu’à Pen-Hir, offrant une marche d’environ 13 kilomètres aller-retour avec des points de vue permanents sur l’Atlantique. Les sentiers sont praticables par des marcheurs en bonne condition physique, mais leur caractère escarpé et rocheux les rend peu adaptés aux jeunes enfants et aux personnes à mobilité réduite. Pour ceux qui viennent simplement contempler le panorama, un grand parking gratuit est aménagé à quelques centaines de mètres du belvédère, d’où l’accès aux falaises se fait à pied en moins de dix minutes par un chemin plat. Le site compte par ailleurs plus de cent voies d’escalade équipées, de tous niveaux, sur la paroi de grès armoricain. Pour une visite sans foule, les matinées de printemps et d’automne offrent les meilleures conditions : la lumière est plus belle et les horizons plus nets qu’en plein été. L’entrée sur le site est libre et gratuite toute l’année.
À quelques kilomètres de là, les alignements mégalithiques de Lagatjar datant de 3 000 ans avant notre ère rappellent que ce territoire était habité et sacré bien avant l’époque historique. La plage de Pen-Hat, en contrebas de la pointe, constitue un arrêt naturel pour ceux qui souhaitent terminer leur journée les pieds dans l’eau après l’effort des falaises. Camaret-sur-Mer, bourg de pêcheurs devenu cité des peintres, se trouve à moins de cinq kilomètres : son port, sa chapelle Notre-Dame de Rocamadour et sa tour Vauban — inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO — complètent idéalement une journée consacrée à l’histoire et aux paysages de la pointe de Crozon.
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