Pont Canada
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À Tréguier, le pont Canada porte un nom intrigant dont l’origine reste un mystère. Dès 1619, ce nom apparaît associé au bac qui reliait alors Tréguier à Paimpol, sans que l’on sache précisément pourquoi cette appellation lointaine s’est imposée à cet endroit du Trégor.
L’histoire du franchissement est faite de constructions et de destructions successives. Un premier pont est érigé en 1835, puis en 1885 on lui adjoint une travée tournante permettant le passage des bateaux. En 1921, un pont de chemin de fer vient compléter l’ouvrage, témoignant de l’essor des transports à cette époque.
La Seconde Guerre mondiale marque un tournant brutal : en 1944, le pont est détruit afin d’empêcher les troupes allemandes de reprendre la ville. La même année, la reconstruction du pont ferroviaire est entreprise, mais l’ouvrage s’effondre. Il faut attendre 1951 pour que le pont routier soit relevé et que la liaison soit durablement rétablie.
Un détail mérite d’être souligné : le tout premier pont édifié ici, inauguré en 1834, fut le premier pont suspendu mis en service en Bretagne. Il succédait à un bac, attesté dès le XVIIe siècle, qui constituait jusque-là le seul moyen de traverser sans remonter la rivière jusqu’à La Roche-Derrien. Franchir le Jaudy d’un seul tablier représentait alors une véritable prouesse, qui désenclava le secteur et facilita les échanges entre les deux rives, de Tréguier à Trédarzec.
L’ouvrage relie en effet Tréguier à la commune voisine de Trédarzec, en enjambant l’estuaire du Jaudy sur l’actuelle route départementale 786. Cet axe constitue un maillon important de la circulation sur la côte du Trégor, entre Lannion et la presqu’île de Lézardrieux. Le pont actuel, un arc en béton armé édifié au début des années 1950, a succédé aux ouvrages précédents et a fait l’objet d’une restauration plus récente, qui lui permet d’assurer encore aujourd’hui le passage routier au-dessus de la rivière.
Le pont se contemple depuis Tréguier, ancienne cité épiscopale et capitale historique du Trégor. Dès 848, le roi de Bretagne Nominoë y fixa le siège d’un évêché qui s’étendait de Morlaix à Lézardrieux, conférant à la petite ville un rayonnement considérable. Au XVIIe siècle, au plus fort de la Contre-Réforme, de nombreux couvents — Récollets, Capucins, Ursulines — vinrent s’y établir. Cette histoire religieuse et marchande explique la richesse patrimoniale d’une cité longtemps tournée vers sa rivière et le commerce maritime.
La balade autour du pont se prolonge naturellement par la découverte de Tréguier, dominée par la majestueuse cathédrale Saint-Tugdual et son cloître gothique, l’un des plus beaux de Bretagne. La ville natale de l’écrivain Ernest Renan séduit par ses maisons à pans de bois, ses ruelles en pente et son port de plaisance niché au fond de l’estuaire. Autant de richesses qui font de la halte au pont Canada bien plus qu’une simple traversée : une véritable porte d’entrée vers l’une des plus belles petites cités du nord de la Bretagne.
Aujourd’hui, le pont Canada offre un beau point de vue sur la rivière de Tréguier et son trafic. Son histoire en fait un témoin discret mais parlant des bouleversements traversés par cette cité épiscopale au fil des siècles.