Chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour

Patrimoine religieux • Camaret-sur-Mer

Chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour

Posée à l’extrémité du Sillon, cette mince langue de galets qui referme le port naturel de Camaret-sur-Mer, la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour occupe un site qui paraît surgir de la mer elle-même. Ce n’est pas une illusion : jusqu’au XVIIe siècle, l’édifice était encore isolé du rivage à chaque marée haute, accessible seulement par bateau ou à pied lors des grandes basses eaux. Son nom breton, « Roc’h a ma dour » — le rocher dans les eaux — dit tout de cette relation intime avec l’élément marin qui en a toujours fait bien plus qu’un simple lieu de culte.

Les premières traces d’une chapelle sur ce rocher remontent à 1183, lorsqu’un curé de Camaret fit le pèlerinage jusqu’au sanctuaire lotois de Rocamadour et décida d’ériger ici un lieu d’étape pour les pèlerins nordiques qui traversaient la presqu’île de Crozon par voie de mer. Une nouvelle chapelle fut fondée en 1527, comme en témoigne une inscription gravée dans la pierre noire du mur extérieur. Mais l’édifice que l’on visite aujourd’hui fut construit plus lentement, entre 1610 et 1683, sur la roche même qui arme le sillon de galets, avec son clocher achevé en 1685. La construction en pierre de Logonna — un calcaire clair extrait localement — lui confère cette teinte lumineuse caractéristique des monuments du Finistère. L’ensemble fut classé Monument Historique le 4 mars 1935.

Le 24 février 1910, un incendie ravagea la toiture et la quasi-totalité du mobilier intérieur. La reconstruction fut confiée à François Keraudren, charpentier de marine camarétois, qui reconstruisit la charpente en lui donnant la forme d’une coque renversée, lambrissée et peinte en bleu. Ce geste n’avait rien d’anodin : dans ce port qui vécut des décennies durant au rythme de la pêche à la morue et de la langoustière, habiller la voûte d’une église en carène de bateau était une façon de rappeler que les hommes d’ici ne savaient vivre qu’entre ciel et mer. Keraudren sculpta également le buffet d’orgue en 1914-1915. La grande fenêtre ogivale du chevet fut murée pour protéger l’édifice des projections d’embruns lors des tempêtes.

Ce qui retient le regard à l’intérieur, ce sont les huit ex-votos marins qui témoignent de la dévotion des gens de mer envers Notre-Dame de Rocamadour. Trois maquettes de navires sont suspendues à la voûte bleue : le langoustier Belle-Étoile (CM 2705), réplique d’un navire de 1932 construit aux chantiers Péron de Camaret, et deux goélettes morutières aux noms évocateurs, Souvenir et Stella Matutina (l’étoile du matin, épithète mariale). Quatre bouées avec leurs rames complètent l’ensemble : elles rappellent des naufrages où l’équipage en réchappa de justesse, parmi lesquels le Saint-Christophe coulé aux Îles Scilly en octobre 1907, la chaloupe Notre-Dame-de-Bon-Secours torpillée par un sous-marin en novembre 1916, ou encore le sloop Notre-Dame-de-Lourdes d’Ouessant perdu dans le redoutable raz du Fromveur en 1916. Une maquette sous vitrine, placée devant un paysage peint, et le fanion du Rocamadour Yacht Club complètent ce petit musée de fortune suspendu à la voûte.

Chaque premier dimanche de septembre, la chapelle redevient le cœur battant de Camaret lors du Pardon de Notre-Dame-de-Rocamadour, qui se conclut par la bénédiction de la mer — une cérémonie où la communauté maritime rend hommage à ses disparus. Par temps de brouillard autrefois, la cloche Marie-Baptiste, coulée à Brest en 1823 par le fondeur Alphonse Viel, sonnait pour guider les bateaux vers le port. Hors des cérémonies, la chapelle accueille aussi des concerts et des mariages, ses proportions modestes — 25 mètres de long sur 13,5 de large — donnant à ces événements un caractère particulièrement intime.

La visite s’inscrit naturellement dans une promenade sur le Sillon, l’une des plus belles du Finistère. À quelques pas se trouvent la Tour Vauban, fortification du XVIIe siècle classée au Patrimoine mondial de l’Unesco, et le cimetière de bateaux, où les carcasses rouillées des vieux langoustiers finissent leur vie dans la vase. L’ensemble forme un triptyque maritime unique en Bretagne. La chapelle est ouverte aux visiteurs en saison, selon des horaires variables ; il est conseillé de se renseigner auprès de la mairie de Camaret-sur-Mer avant de s’y rendre. L’accès se fait à pied depuis le port, en une dizaine de minutes le long du quai Gustave-Toudouze, sans difficulté particulière.

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