Gorges du Stangala
Nature & parcs • Ergué-Gabéric

À moins de dix minutes du centre de Quimper, les gorges du Stangala constituent l’un des sites naturels les plus saisissants du Finistère. L’Odet, paisible dans les plaines bocagères en amont, se transforme ici en torrente impétueux qui a sculpté, au fil des millions d’années, un défilé encaissé entre des parois de schiste. Brusquement, la rivière se taille un fossé étroit et profond, décrivant autour de la falaise du Grifonnez un surprenant virage en épingle à cheveux. Ce spectacle géologique, rare en Bretagne, a valu au site son classement parmi les « sites et monuments naturels de caractère artistique » dès le 6 juillet 1929, faisant des gorges du Stangala l’une des premières réserves naturelles protégées de la région.
Le site s’étend sur 90 hectares à cheval sur trois communes : Ergué-Gabéric, Quimper et Briec. Géré depuis 1990 environ par le Conseil départemental du Finistère en partenariat avec l’ONF (Office National des Forêts), il est entretenu avec le souci de préserver deux espèces protégées remarquables. La première est l’osmonde royale (Osmunda regalis), une fougère géante qui peut atteindre deux mètres de hauteur, symbole des zones humides préservées. La seconde est l’escargot de Quimper (Elona quimperiana), mollusque endémique de l’extrême ouest de la péninsule ibérique et du Finistère, considéré comme un vestige de la faune tertiaire. Sa présence dans les gorges témoigne de l’ancienneté et de l’intégrité écologique des lieux. Les pentes, autrefois couvertes de landes, sont aujourd’hui entièrement boisées et forment un couvert dense propice à une flore variée : hêtres, chênes pédonculés, frênes, fougères aigle et jacinthes des bois qui tapissent les sous-bois au printemps.
Le nom même du site est chargé d’histoire : « Stangala » signifie en breton « vallée de saint Alar », un saint du VIe siècle, que la tradition locale désigne comme le troisième évêque de Cornouaille. Invoqué pour protéger les chevaux, il a laissé son empreinte dans la fontaine Saint-Éloi et le pont Saint-Éloi, deux points d’intérêt jalonnant les sentiers. Le site est également marqué par des vestiges industriels : les ruines du moulin de Meil Poul, immortalisé sur des cartes postales du début du XXe siècle, et les vestiges de l’ancienne papeterie Bolloré témoignent d’une période où l’Odet faisait tourner moulins à grains et fabriques de papier. Un autre lieu chargé d’histoire est le Toull ar Veleien — littéralement « le trou des prêtres » — une anfractuosité rocheuse qui servit de refuge aux prêtres réfractaires pendant la Révolution française, contraints à la clandestinité pour continuer à exercer leur ministère. Les gorges ont également inspiré de nombreux artistes : le peintre Louis Noël y a situé en 1861 sa « Vue de la Vallée du Stangala », conservée au Musée des Beaux-Arts de Quimper ; le poète Adolphe Paban leur a consacré des poèmes (1894, 1899) ; Max Jacob les évoque dans « Le Roi de Béotie » (1921) et ses « Méditations ». L’auteur Jean-Marie Déguignet, qui grandit à Ergué-Gabéric et travailla très jeune comme gardien de bétail au Stangala, raconte dans ses « Mémoires d’un Paysan bas-breton » qu’il rêvait adulte de s’y installer en ermite.
Le point culminant du site reste le belvédère du Grifonnez, perché en surplomb de la rivière. De là, la vue plonge sur le méandre serré que l’Odet décrit entre les falaises : un panorama vertigineux qui justifie à lui seul le déplacement. La descente vers la rivière révèle les chaos rocheux, les vasques creusées dans le schiste et les « anfractuosités » évoquées dans les textes anciens. Le lieu est aussi peuplé de légendes : un dragon du Grifonnez, une Groac’h (sorcière des eaux) hantant le Stang Odet, des lutins du manoir de Coatbily, une grotte des Korrigans et les mystérieuses perles de l’Odet — autant de récits qui nourrissent l’imaginaire breton attaché à ce canyon hors du commun.
Pour découvrir les gorges, le sentier principal part du parking de Kerjestin, accessible depuis la route qui relie Quimper à Ergué-Gabéric (adresse de départ : Chemin de Keridoret, 29000 Quimper). La boucle la plus couramment pratiquée mesure environ 10 à 12 km, avec un dénivelé positif d’environ 220 mètres et une durée estimée à 3h à 4h pour un marcheur au rythme tranquille. Le niveau est qualifié de moyen : les berges rocheuses exigent un minimum d’attention, notamment en période humide où les pierres glissantes demandent de la prudence. Des passerelles et une signalétique moderne ont été installées par le Département, rendant les passages les plus délicats accessibles au plus grand nombre. Le site accueille également des pratiquants de VTT (circuit n°6, 25 km environ) et des grimpeurs qui s’exercent sur les parois de schiste. L’accès est libre toute l’année et gratuit.
Quimper, préfecture du Finistère, se situe à une dizaine de kilomètres au nord-ouest des gorges. La combinaison des deux en une journée est idéale : une matinée dans la ville — cathédrale Saint-Corentin, musée des Beaux-Arts, quartier de Locmaria et ses faïenceries — et un après-midi à arpenter les gorges du Stangala, où la minéralité des schistes bretons répond aux lumières changeantes de l’Odet. À proximité, les communes de Briec et d’Ergué-Gabéric offrent d’autres itinéraires nature et de petits bourgs tranquilles pour prolonger l’immersion dans la Cornouaille intérieure, loin des circuits balnéaires et des foules estivales.
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