Dolmen des Pierres Plates

Mégalithes & préhistoire • Locmariaquer

Dolmen des Pierres Plates

Au bout d’un chemin côtier qui serpente entre les ajoncs et les rochers, les Pierres Plates surgissent presque à l’horizon de la plage principale de Locmariaquer. Ce monument néolithique de près de 27 mètres de long est l’une des allées couvertes les plus singulières de Bretagne : contrairement aux grands cairns dressés sur des promontoires, il repose au ras du sol, ses dalles de granit horizontales formant un couloir si bas qu’on ne peut s’y glisser qu’en se courbant. Cette architecture dite « coudée » lui confère un caractère secret et presque minéral — moins un monument dressé vers le ciel qu’une cavité ménagée dans la terre, tournée vers l’océan.

La construction remonte à la fin du IVe millénaire avant notre ère, soit environ 3 000 ans av. J.-C., à la charnière entre le Néolithique récent armoricain et les premières civilisations mégalithiques de l’Atlantique. Trente-huit orthostates — des pierres latérales plantées verticalement — soutiennent douze dalles de couverture, formant un couloir à géométrie variable : l’allée suit d’abord une orientation sud-sud-est sur une quinzaine de mètres, puis pivote vers le sud-sud-ouest. Au coude se loge une petite cellule latérale rectangulaire, et le couloir se termine par une chambre funéraire carrée séparée du reste par une dalle-cloison. À l’entrée, un menhir couché repositionné en 1931 par l’archéologue Zacharie Le Rouzic signale le seuil du monument ; sa face orientale est couverte de cupules.

Ce qui fait la renommée internationale des Pierres Plates, ce sont ses gravures. En 1813, lors des premières fouilles conduites par Maudet de Penhoët, les chercheurs découvrent des ornementations exceptionnelles sur les parois intérieures : douze orthostates portent encore des motifs sculptés en creux. Le style dominant, dit « scutiforme », consiste en des cartouches divisés par des traits verticaux et décorés de cercles et de formes en fer à cheval — motifs que l’on retrouve à quelques kilomètres de là sur les dalles du Cairn de Gavrinis et de la Table des Marchands. Ces parentés visuelles suggèrent l’existence d’un langage symbolique commun aux communautés néolithiques du golfe du Morbihan, peut-être un code funéraire ou cosmologique partagé sur plusieurs générations. En 1814, la première mention écrite de ces gravures constitua la toute première description connue d’art mégalithique dans le Morbihan. Depuis, des estampages réalisés en 1866 permettent d’étudier les motifs d’une dalle disparue depuis lors.

L’histoire du monument au XIXe siècle est celle de nombreux mégalithes bretons : fouilles sauvages, dégradations progressives, puis prise de conscience patrimoniale tardive. Après une exploration en 1813 qui vida le couloir de ses rares vestiges — quelques ossements, des fragments de céramique et des percuteurs en quartz — le dolmen fut livré à lui-même pendant des décennies. L’État l’acquit auprès de l’Hospice d’Auray pour 600 francs avant 1892, date à laquelle des travaux de consolidation furent entrepris. Il fut classé monument historique en 1889. En 1942, le monument faillit disparaître sous les remblais du Mur de l’Atlantique ; il en réchappa de justesse. Depuis quelques années, il est intégré au dossier de classement au Patrimoine mondial de l’Unesco qui couvre l’ensemble des mégalithes néolithiques de la région.

Aujourd’hui propriété de l’État, géré par le Conservatoire du Littoral, le site est accessible librement et gratuitement toute l’année. L’accès à l’intérieur du couloir est protégé par un filin : l’air marin humide et les vents du large altèrent lentement la pierre, et toucher les gravures les endommagerait irrémédiablement. On peut en revanche longer l’ensemble du monument et observer depuis l’extérieur la disposition des dalles et la silhouette basse du couloir. Du parking du bourg, une promenade de 80 mètres suffit pour rejoindre le site. Pour une visite plus complète, le sentier côtier qui relie les Pierres Plates au Site des Mégalithes de Locmariaquer — où se trouvent le Grand Menhir Brisé, la Table des Marchands et le Tumulus d’Er Grah — forme un circuit d’environ 5 kilomètres le long de l’estuaire de la rivière d’Auray. La lumière de fin de journée, rasante et dorée sur les dalles de granit, en fait l’un des moments les plus saisissants de la péninsule.

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