Allée couverte de Crec'h Quillé

Mégalithes & préhistoire • Saint-Quay-Perros

Allée couverte de Crec'h Quillé

L’allée couverte de Crec’h Quillé est une sépulture collective de la fin du Néolithique, datée d’environ 2 200 ans avant notre ère, sur la commune de Saint-Quay-Perros.

Redécouverte en 1961 par un instituteur, elle a fait l’objet de fouilles puis d’une restauration entre 1963 et 1966. Les recherches ont livré des outils polis et en silex, ainsi que des vases, des bols et des éléments de parure en schiste.

Pour mesurer l’intérêt de Crec’h Quillé, il faut se replacer dans le contexte du mégalithisme breton. La région compte parmi les territoires les plus riches d’Europe en monuments de pierre dressée, témoins des sociétés agricoles du Néolithique. Les allées couvertes, plus tardives que les premiers dolmens, sont des sépultures collectives où l’on déposait plusieurs défunts au fil du temps. Leur construction, fondée sur de lourds blocs de granite, supposait une organisation collective et un savoir technique remarquables pour l’époque. À Saint-Quay-Perros, le monument s’inscrit dans cette longue tradition funéraire et symbolique. Le découvrir, c’est toucher du regard plus de quatre millénaires d’histoire et entrer dans l’univers spirituel d’hommes et de femmes dont nous comprenons encore mal les croyances exactes.

L’architecture du monument mérite qu’on s’y attarde. Bâti pour l’essentiel en granite local, complété de quelques pierres de dolérite, l’ensemble s’appuie sur une douzaine d’orthostates, ces grandes dalles plantées verticalement qui dessinent les parois de la chambre. Plusieurs tables de couverture subsistent dans la partie orientale, laissant deviner la silhouette d’origine. L’entrée se fait sur le côté, disposition caractéristique d’une famille de sépultures dites à entrée latérale, particulièrement représentée dans l’Ouest armoricain. La masse des blocs, leur agencement précis et la longueur de la galerie impressionnent encore aujourd’hui. On imagine sans peine l’effort déployé pour acheminer, dresser et caler de telles pierres avec les seuls moyens du Néolithique, à une époque dépourvue d’outils métalliques et d’engins de levage.

Le mobilier mis au jour lors des fouilles éclaire le mode de vie des bâtisseurs. Les archéologues ont recueilli des haches de pierre polie, des lames et grattoirs en silex, plusieurs pendeloques en schiste ainsi qu’une série de vases en céramique. Ces objets, déposés auprès des défunts, témoignent de pratiques funéraires soignées et d’une certaine maîtrise artisanale. Les spécialistes y reconnaissent l’influence d’un courant culturel rattaché au groupe Seine-Oise-Marne, ce qui inscrit Crec’h Quillé dans un réseau d’échanges dépassant largement le cadre local. Étudier ces vestiges permet de reconstituer, pièce par pièce, les gestes, les croyances et les relations de communautés disparues. Chaque trouvaille devient ainsi un fragment de récit, patiemment interprété pour mieux comprendre la fin du Néolithique en Bretagne.

L’élément le plus marquant reste la stèle anthropomorphe, sculptée sur l’une des dalles faisant face à l’entrée. On y distingue deux seins en faible relief surmontant un collier gravé, figuration que les chercheurs interprètent comme une représentation de divinité féminine protectrice, souvent appelée déesse-mère. Ce type de figuration demeure rare et confère au site une valeur scientifique particulière, car il révèle la dimension symbolique et religieuse de l’architecture funéraire néolithique. La présence de cette image au seuil de la chambre n’a sans doute rien de fortuit : elle suggère un rôle de gardienne du monde des morts. Pour le visiteur d’aujourd’hui, c’est une émouvante invitation à imaginer les croyances de ces lointaines populations, entre culte des ancêtres et figures tutélaires.

Aujourd’hui restauré et accessible, le monument se découvre librement, en plein air, dans un cadre champêtre proche de Perros-Guirec et de la Côte de Granit Rose. Sa visite se combine aisément avec celle d’autres sites du Trégor, dans une journée mêlant patrimoine, nature et littoral. Mieux vaut s’y rendre par temps clair pour bien observer le grain du granite et les reliefs gravés. Prendre le temps de faire le tour de l’allée, d’en parcourir la galerie du regard et d’imaginer les rites d’autrefois transforme une simple halte en véritable voyage dans le temps. Modeste par sa notoriété mais riche de sens, Crec’h Quillé offre une plongée saisissante aux origines lointaines de l’histoire bretonne.

Orientée d’est en ouest, l’allée s’ouvre par une entrée latérale, face à laquelle a été sculptée une représentation de déesse-mère.

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