Palais du Parlement de Bretagne
Châteaux & manoirs • Rennes

Dressé sur la place qui porte son nom depuis le milieu du XVIIe siècle, le Palais du Parlement de Bretagne est l’un des monuments civils les plus remarquables de France. Sa construction débute en 1615 sur les plans de Salomon de Brosse — le même architecte qui conçoit le Palais du Luxembourg à Paris — et s’achève en 1655, après quarante ans de travaux rythmés par les guerres, les épidémies et les querelles budgétaires. Le bâtiment incarne l’ambition d’une institution hors du commun : le Parlement de Bretagne, créé en 1554 à la suite de l’union de la Bretagne à la France, était la cour de justice la plus puissante de la province, chargée d’enregistrer les édits royaux et de rendre la justice au nom du roi. Son architecture mêle le granit sombre du sous-sol breton à la pierre blanche du premier étage, les deux matériaux se faisant écho sur une façade sobre et majestueuse. Au siècle suivant, Jacques V Gabriel, architecte de Louis XV, dessine la place royale qui entoure le palais, donnant à l’ensemble sa belle ordonnance urbaine que l’on perçoit encore aujourd’hui.
L’intérieur est d’une richesse qui coupe le souffle. La Grand’Chambre, cœur symbolique du palais, est généralement décrite comme la plus grande décoration civile du règne de Louis XIV encore en place. Son plafond à caissons a été conçu par Charles Errard, premier directeur de l’Académie de France à Rome, et peint entre 1656 et 1665 par Noël Coypel : les toiles allégoriques furent réalisées à Paris puis acheminées à Rennes par voie maritime pour être installées dans les compartiments du plafond. L’ensemble, habillé de rouge et d’or, dégage une solennité impressionnante. Les tapisseries qui ornent les murs de la Grand’Chambre racontent l’histoire de la Bretagne ; fabriquées par la Manufacture des Gobelins vers 1900 d’après des cartons d’Édouard Toudouze et d’Auguste-François Gorguet, elles ont connu elles aussi un destin tourmenté. La Salle des Pas-Perdus, longue de trente-six mètres et haute de treize, servait autrefois de salle d’attente aux plaideurs et aux avocats ; entièrement reconstruite après 1994, elle impressionne par ses proportions et ses colonnes à chapiteau corinthien. La visite dévoile aussi la Salle des Enquêtes, décorée en 1706 par Louis Ferdinand Elle le Jeune et gardée par une horloge du XVIIIe siècle toujours en état de marche — mais arrêtée lors des procès —, ainsi que la Salle Jobbé-Duval, ancienne chancellerie ornée d’un « Triomphe de la Vérité » aux accents des Lumières.
Le monument a traversé les siècles avec une résistance que les Rennais auraient pu croire inébranlable. Il survit au grand incendie de 1720 qui ravage une grande partie de la ville, il traverse la Révolution française sans être détruit — il devient alors siège de la Cour d’appel de Rennes en 1804, fonction qu’il conserve jusqu’à aujourd’hui —, et résiste aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Mais dans la nuit du 4 au 5 février 1994, tout bascule : lors d’une manifestation de marins-pêcheurs protestants contre l’effondrement des prix du poisson, des fusées de détresse tirées en direction du bâtiment percent les ardoises du toit et enflamment la charpente en bois. Plus de cent cinquante pompiers sont déployés ; la toiture s’effondre entièrement sur le premier étage, emportant le bureau du procureur général, la bibliothèque des magistrats (dont seuls vingt-cinq volumes sur des milliers seront sauvés) et une partie des tapisseries. Paradoxe de l’histoire : l’incendie, qui traumatise la Bretagne entière, suscite aussi un élan de solidarité sans précédent — un concert en mars 1994 réunit trente millions de francs pour financer la restauration, et le monument, jusque-là relativement ignoré des touristes, devient soudainement un symbole identitaire fort.
La restauration dure cinq ans et représente un chantier exceptionnel, associant des dizaines d’artisans spécialisés dans les techniques d’Ancien Régime : doreurs sur bois, staffeurs, peintres en décor, tapissiers, charpentiers en chêne. La Grand’Chambre, protégée par un lit de briques réfractaires posé sous la charpente lors d’une restauration au XIXe siècle, avait été épargnée par les flammes ; les tapisseries, elles, avaient pour la plupart été évacuées avant que les toits ne s’effondrent, mais un second sinistre, survenu en 1997 dans un atelier parisien de restauration, détruisit la plupart des pièces récupérées. Seule la tapisserie représentant la mort du connétable Du Guesclin sortit indemne. Pour les autres, une enquête minutieuse permit de retrouver dans un grenier préfectoral le carton original du mariage d’Anne de Bretagne, peint par Édouard Toudouze, ce qui rendit possible leur recréation fidèle. Le palais rouvre ses portes en 1999 et accueille depuis lors à la fois les séances de la Cour d’appel et les visites du grand public, grâce à une convention signée entre l’Office de tourisme et le ministère de la Justice.
La visite se fait exclusivement en visite guidée organisée par l’Office de tourisme de Rennes, avec réservation préalable recommandée : les groupes sont encadrés strictement, les accès contrôlés, et un court film introductif retrace l’histoire de l’incendie et de la restauration avant le parcours. Comptez une heure trente pour découvrir l’ensemble des salles accessibles. Le bâtiment est équipé d’un ascenseur et reste accessible aux personnes à mobilité réduite. L’accès est facilité par les lignes de métro A et B (station Mairie-Opéra) et par les lignes de bus du réseau STAR ; le parking Hoche, à proximité immédiate, accueille les visiteurs arrivant en voiture. Au-delà du palais lui-même, la place du Parlement de Bretagne constitue l’une des plus belles réussites urbanistiques de Rennes, et le quartier médiéval avec ses maisons à colombages se visite idéalement à pied depuis ce point de départ.
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