Château et parc de Kerroué
Châteaux & manoirs • Loguivy-Plougras
Le domaine de Kerroué, à Loguivy-Plougras, rassemble plusieurs bâtiments de la période dite « Renaissance bretonne ». Pièce maîtresse de l’ensemble : un demi-château resté inachevé, daté du dernier quart du XVIe siècle.
On lui prête pour bâtisseurs Pierre du Dresnay et son épouse Anne de la Haye. Tout autour s’égrènent une chapelle du XVIe siècle, une grange élevée entre la fin du XVIe et le début du XVIIe, et un manoir de la première moitié du XVIIe siècle.
Niché dans la campagne vallonnée de Loguivy-Plougras, le domaine de Kerroué offre un témoignage rare de l’architecture de la Renaissance bretonne. Sa pièce la plus singulière est sans conteste son demi-château, un corps de logis ambitieux édifié vers 1580 mais jamais achevé, dont les lignes interrompues intriguent aujourd’hui encore le visiteur. Kerroué partage ce destin avec d’autres grandes demeures bretonnes restées en suspens, tel le château de Maillé en Léon ou le manoir du Lemay en Morbihan. Loin de nuire à son charme, cet inachèvement confère à l’ensemble une atmosphère particulière, où l’on devine les rêves de grandeur d’une famille interrompus par le cours de l’histoire.
On attribue ce projet à Pierre du Dresnay et à son épouse Anne de la Haye, issus d’une branche cadette d’une lignée bien implantée dans la région. La famille du Dresnay posséda Kerroué de 1464 à 1713, après que les terres eurent appartenu aux Beaucours au début du XVe siècle. Soucieux d’asseoir leur rang, ces seigneurs entreprirent une résidence à la mesure de leurs prétentions, dont l’ampleur dépassa finalement les moyens. C’est Charles du Dresnay et son fils Chrétien qui firent par ailleurs édifier une chapelle et acquirent la seigneurie voisine de Keraenor, témoignant de l’enracinement durable de cette maison au cœur du Trégor intérieur.
Autour du logis principal s’organise un ensemble de bâtiments d’époques proches qui complètent harmonieusement le tableau : une chapelle du XVIe siècle, une grange élevée entre la fin du XVIe et le début du XVIIe siècle, et un manoir de la première moitié du XVIIe siècle. La chapelle conservait encore, au milieu du XXe siècle, un autel de type Renaissance et un plafond peint de bleu, semé d’étoiles, vestige d’un décor raffiné ; elle a été déplacée en 1998 pour être rapprochée du château. Ce dialogue d’édifices, échelonnés sur près d’un siècle et demi, fait de Kerroué un véritable petit ensemble seigneurial figé dans la pierre.
Longtemps laissé à l’abandon, le domaine a connu une nouvelle vie à partir de 1992, lorsque la famille de la Morinière en fit l’acquisition et entreprit un patient travail de restauration. Cet engagement a permis de sauvegarder un patrimoine fragile et a valu à l’ensemble d’être classé au titre des monuments historiques dès 1993. Aujourd’hui, le parc et ses bâtiments composent un cadre paisible et romantique, où la nature dialogue avec les pierres anciennes. La visite, lorsqu’elle est possible, plonge le promeneur dans l’ambiance feutrée des demeures d’autrefois et invite à imaginer ce qu’aurait pu être ce château si son chantier avait été mené à son terme.
Le site comptait aussi un colombier, construit vers 1655 par François du Dresnay et sa seconde épouse Antoinette Le Lay, mais démoli aux alentours de 1850. Dès le XVe siècle, Kerroué figurait déjà parmi les possessions seigneuriales du secteur.