Tour Hélios
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À Trébeurden, l’immeuble Hélios est construit de 1952 à 1962 par Roger Le Flanchec, architecte établi dans la commune, pour l’industriel parisien Maurice Naëder.
L’architecte conçoit un immeuble de vingt-quatre appartements sur treize niveaux, posé sur pilotis et coiffé d’un toit-terrasse, inspiré des unités d’habitation de Le Corbusier qu’il adapte à la villégiature balnéaire.
Roger Le Flanchec, né à Guingamp en 1915 et installé à Trébeurden, demeure une figure singulière de l’architecture bretonne. Autodidacte revendiqué, profondément indépendant, il est souvent décrit comme un franc-tireur du mouvement moderne en France. Sa trajectoire, marquée par de nombreux refus de permis et des chantiers contrariés, n’a laissé aboutir qu’une part réduite de ses très nombreux projets dessinés. L’immeuble Hélios constitue de ce fait l’une de ses réalisations les plus visibles et les plus abouties. Il y exprime sa fascination pour Le Corbusier, dont il transpose les principes au bord de la mer. À ce titre, la silhouette d’Hélios raconte autant l’histoire d’un bâtiment que celle d’un créateur à part dans le paysage architectural local.
L’inspiration corbuséenne se lit dans la structure même de l’édifice. Le Flanchec reprend le principe de l’unité d’habitation expérimentée par Le Corbusier à Marseille puis à Rezé, près de Nantes : un grand volume posé sur pilotis de béton, libérant le sol, et coiffé d’un toit-terrasse offrant une cinquième façade. Onze niveaux carrés s’élèvent ainsi, rythmés par sept travées et desservis par un ascenseur prévu dès l’origine. Sur la façade tournée vers le large, les neuf étages supérieurs s’ouvrent par des loggias qui captent la lumière et cadrent l’horizon. Cette écriture, rare sur le littoral des Côtes-d’Armor, fait d’Hélios un témoin direct de la diffusion des idées modernes dans l’architecture de villégiature balnéaire bretonne.
À l’intérieur, l’immeuble avait été pensé comme une véritable petite ville verticale. Le programme initial conçu pour Maurice Naëder réunissait vingt-quatre appartements de tailles variées, capables d’accueillir une centaine de personnes, mais aussi des commerces, des bureaux, un centre médical en mezzanine et un restaurant. Les logements, vendus bruts, furent ensuite aménagés au gré des propriétaires, certains studios adoptant un agencement compact et fonctionnel rappelant l’aménagement d’une cabine de bateau. Tous étaient orientés vers la mer, afin que chacun profite de la vue. Cette ambition d’autonomie, où l’on aurait pu vivre, se soigner et se distraire sur place, donne aujourd’hui à Hélios sa valeur de manifeste, témoin d’une certaine utopie domestique des années 1950.
L’histoire du chantier explique en partie la silhouette actuelle de l’édifice. Après l’obtention du permis en 1952, les travaux furent interrompus durant quatre ans, le gros œuvre s’arrêtant un temps en cours d’élévation, avant de reprendre en 1957. Le décès du commanditaire et les nombreuses difficultés administratives entraînèrent l’abandon des équipements collectifs prévus sous les pilotis : commerces, restaurant et centre médical ne virent jamais le jour. En 1980, Le Flanchec aménagea pour lui-même un logement sur le toit-terrasse, qu’il baptisa Inis Gwirin, « l’île de verre ». Resté propriété privée, l’immeuble continue d’intriguer par son allure de paquebot dressé face au large, fruit d’un compromis entre rêve d’architecte et contingences du réel.
Le cadre dans lequel s’inscrit Hélios ajoute à sa singularité. Trébeurden est une station balnéaire intime de la Côte de Granit Rose, à quelques kilomètres de Lannion et de Perros-Guirec, réputée pour ses plages comme Tresmeur et ses paysages de chaos granitiques. Tout près, l’isthme du Castel ouvre la marche vers l’île Milliau, accessible à marée basse, et marque la porte sud de la Côte de Granit Rose. Depuis ses loggias tournées vers le couchant, l’immeuble embrasse cet horizon marin parsemé d’îlots roses. C’est dans ce décor de villégiature, entre rochers sculptés par la mer et lumière changeante, que la tour déploie pleinement la logique de son architecture, pensée pour offrir la vue à chacun.
Les travaux s’étirent jusqu’en 1962, en raison de difficultés administratives et du décès du maître d’ouvrage ; le projet initial prévoyait des équipements commerciaux et publics sous les pilotis, finalement clos.
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