Chemin de halage
Randonnée • Lannion

C’est au milieu du XVIIIe siècle que le port de Lannion prend l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui. Avec l’essor du commerce maritime puis du cabotage, la navigation sur le Léguer devenait parfois très difficile à remonter.
En 1825, les maîtres de barque demandèrent la construction, sur la rive droite du Léguer, d’un chemin de halage destiné à faciliter la navigation : nettoyer la rivière, aider les navires à progresser et réduire la durée comme le coût des transports.
Pour comprendre l’intérêt de ce chemin, il faut imaginer la difficulté de la navigation d’autrefois. Jusqu’au début du XIXe siècle, remonter le Léguer depuis l’aval jusqu’au port de Lannion pouvait prendre plusieurs jours selon les marées et les conditions. La rivière, sinueuse et bordée de bancs de sable, se révélait capricieuse, et l’on rapporte qu’il fallait parfois douze à quinze jours aux marins pour parcourir, dans un sens ou dans l’autre, ce tronçon délicat. Pour une cité dont la prospérité reposait sur le commerce maritime et le cabotage, ces lenteurs avaient un coût considérable. La création d’un chemin de halage répondait donc à une nécessité économique autant qu’à un souci de sécurité pour les équipages.
Le halage consistait à tirer les bateaux depuis la berge, à l’aide d’hommes ou d’animaux de trait, lorsque le vent ou le courant ne permettaient pas de progresser. L’aménagement débuta en 1825 sur la rive droite, à partir du quai de la Corderie, et se poursuivit par phases successives. Les premières années furent surtout consacrées au nettoyage du lit de la rivière, financé en partie par des ateliers de charité destinés à employer la main-d’œuvre démunie. Faute de moyens suffisants, les travaux s’étalèrent sur près d’un demi-siècle, et le chemin ne fut véritablement achevé que vers 1875. Cette longue gestation illustre l’ampleur de l’ouvrage et l’importance qu’il revêtait pour la vie du port.
Aux XVIIIe et XIXe siècles, Lannion était un port actif, tourné vers le négoce des toiles, des grains et des marchandises diverses, en lien avec les autres ports de la Manche. Le cabotage y faisait vivre marins, armateurs et artisans, et rythmait la vie de la ville au gré des marées. L’essor du chemin de fer, à la fin du XIXe siècle, devait peu à peu détourner ce trafic et faire décliner l’activité fluviale. Le chemin de halage, devenu inutile à la navigation commerciale, a alors trouvé une seconde vie : celle d’une promenade patrimoniale, témoin paisible d’une époque où la rivière était une véritable artère pour la ville et son arrière-pays.
Long d’environ cinq kilomètres, le chemin part du quai de la Corderie pour rejoindre le lieu-dit Porzh Nevez, en suivant fidèlement la rive droite du Léguer. Réservé aux piétons, plat et largement ombragé, il convient à tous les promeneurs, y compris en famille, et révèle au fil de l’eau la faune et la flore des berges.
Aujourd’hui, ce chemin se prête à une promenade paisible au fil de l’eau, entre la ville et l’estuaire, offrant un beau point de vue sur la rivière et ses berges boisées.
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