Halle Garnier et Street Art de Redon
Art & création contemporaine • Redon

À deux pas du port de plaisance de Redon, les bâtiments de l’ancienne usine Garnier constituent l’un des sites de street art les plus singuliers de Bretagne. Fondée en 1862, cette manufacture de machines agricoles a été à son apogée l’une des plus importantes de France, employant jusqu’à 900 personnes avant de fermer définitivement ses portes en 1980. Ses immenses façades, qui courent sur plusieurs centaines de mètres entre la Vilaine et le port, ont ensuite progressivement été investies par les artistes de rue, se transformant en une galerie monumentale et évolutive, accessible gratuitement et en permanence.
La figure centrale de cette scène est l’artiste redonnais Jef Graffik, de son vrai nom Jean-François Guibillon. Sa marque de fabrique : des portraits de femmes au regard direct et pénétrant, peints en grand format avec une précision de trait saisissante. On lui doit des dizaines d’œuvres sur les murs de la halle, parmi lesquelles deux portraits de Frida Kahlo réalisés à deux ans d’écart, posés côte à côte comme pour illustrer l’évolution d’un style. Il arrive à Jef Graffik de s’associer à d’autres muralistes, donnant naissance à des pièces hybrides particulièrement réussies, où le réalisme de ses portraits dialogue avec des compositions plus graphiques ou abstraites.
Mais la Halle Garnier ne se résume pas à un seul artiste. Diaspora Crew y a peint en 2018 la fresque « Solidaires », hommage à Yaya Diallo, jeune Guinéen de dix-neuf ans menacé d’expulsion — une prise de position publique rare dans l’espace urbain breton. Moker Crew a investi les surfaces avec de grands lettrages typographiques, Lélé a peint un cosmonaute-gorille impressionnant, et Charles Cantin a semé sur les parois ses personnages bleus aux formes rondes, les « Oides ». Certaines œuvres sont respectées année après année, comme « Tank Girl », créée en 2017 et toujours visible plusieurs saisons plus tard, tandis que d’autres disparaissent sous de nouvelles couches de peinture, emportées par le renouvellement naturel d’un lieu vivant.
La visite se fait à pied, librement, en longeant les façades côté port. La lumière de fin d’après-midi est particulièrement propice aux photographies : les tons chauds font ressortir les détails des portraits et la texture des murs industriels. On peut prolonger la balade en remontant vers le Passage Chet Baker, où d’autres fresques et un petit skatepark animent les abords du cinéma Manivel. L’office de tourisme de Redon propose également un circuit street art pour structurer la découverte dans les quartiers adjacents. Compter environ une heure pour faire le tour de l’ensemble, davantage si l’on prend le temps d’observer chaque pièce.
Le site est aujourd’hui au cœur du projet urbain « Confluences 2030 », vaste programme de réaménagement du quartier portuaire porté par la ville de Redon et l’agglomération. Les études et les travaux préparatoires — dont une opération de décontamination au plomb des structures métalliques menée au printemps 2025 — précèdent une transformation qui verra naître une halle événementielle, des espaces publics et des logements. La grande nef sera préservée dans ses grandes lignes, mais le décor de fresques tel qu’il existe aujourd’hui est promis à disparaître progressivement. Pour qui apprécie l’art urbain éphémère, c’est d’autant plus une raison de ne pas remettre la visite à demain, avant que Redon ne tourne définitivement la page de ce chapitre industriel et artistique hors du commun.
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